Oumma.com Version mobile  Newsletter  Lien RSS
Vendredi 5 Septembre 2008
Articles
Abdelkader Barakrok : un musulman démocrate désolé par « la cécité française sur l’Islam »

mardi 21 novembre 2006 - par Sadek Sellam

Abdelkader Barakrok (1915-2006) est décédé le 31 octobre à Paris à l’âge de 91 ans. Avec lui disparaît un témoin important de trois quarts de siècle d’histoire franco-algérienne. Il en a été aussi un acteur à différents niveaux de responsabilité, et à des périodes très mouvementées.

Né en 1915 à Khangat-Sidi-Nagi au sud de Khenchela dans les Aurès, il a fréquenté l’école coranique et l’école publique. Bâchelier au lycée de Constantine, il devient médecin auxiliaire à sa sortie de la Faculté de médecine d’Alger. En 1937, il est chargé de l’Aide Médicale Gratuite dans les Aurès. Il introduit la médecine moderne dans des régions accessibles seulement par les chemins muletiers, où il a croisé l’ethnologue Germaine Tillon.

Témoin des succès dans les Aurès de l’association des Oulamas(dont le vice-président, Larbi Tébessi était un parent de sa mère), il est sensibilisé à la politique par les débats sur le projet Blum-Viollette de 1936. Après 1948, il a plusieurs mandats électifs à la mairie de Khenchela, au conseil général de Constantine, et à l’Assemblée algérienne. Il se consacre à l’ouverture des écoles et au développement rural et manifeste un courage dans le combat contre la corruption. Ses électeurs le réélisent, quand d’autres se contentent du bourrage des urnes.

En février 1956, il fait partie d’une délégation d’élus musulmans qui se démarquent de l’hostilité à Guy Mollet des activistes à Alger. Il est reçu par le président du conseil du Front Républicain qui promettait la paix en Algérie. Guy Mollet s’est intéressé au discours atypique de Barakrok qui a lui cité abondamment les « Conditions de la Renaissance »(Alger, 1949) du philosophe algérien Malek Bennabi. Le projet de Guy Mollet de le nommer au gouvernement n’aboutit qu’après l’investiture de Maurice Bourgès-Maunory en mai 1957.

Barakrok vient pour la première fois à Paris pour y occuper le poste de secrétaire d’Etat à l’Algérie. Il présente le premier projet de loi-cadre que rejettent en novembre 1957 les députés de la gauche coloniale, qui y voient une étape vers l’autonomie interne de l’Algérie. Secrétaire d’Etat à la Santé dans le gouvernement Félix Gaillard, Barakrok obtient la création du Fonds d’Action Sociale et favorise l’amélioration des conditions de logement des immigrés.

Fin 1957, il rencontre secrètement le général De Gaulle qui voulait connaître par son intermédiaire l’état d’esprit de « l’Algérie des profondeurs ». Se souvenant de sa franchise, le fondateur de la V° République le reçoit en septembre 1958 et le recommande à Edmond Michelet pour les contacts secrets avec « ceux d’en -face ». Après plusieurs tentatives auxquelles s’intéresse Antoine Pinay, il a des entretiens approfondis avec des émissaires du GPRA rencontrés fin décembre1960 à Genève. Le rapport remis au général De Gaulle le persuade de dépêcher G. Pompidou à Lucerne pour préparer avec Tayeb Boulahrouf l’ouverture des négociations à Evian en mai 1961.

Après sa nomination comme inspecteur de la santé, Barakrok alerte régulièrement les pouvoirs publics sur la situation des Français musulmans, et le statut de l’Islam. En mai 1962, il demande des explications à Louis Joxe, signataire du télégramme hostile à la venue en France des supplétifs musulmans.

A sa demande, le maréchal Juin intercède auprès de Ben Bella en faveur des harkis. Après le mouvement de contestation de 1975, ses interventions persuadent Michel Poniatowski , ministre de l’Intérieur du président Giscard d’Estaing de confier la présidence d’une commission au préfet Mehdi Belhaddad. Il siège lui-même dans la Commission Nationale des Français Musulmans que préside à partir de 1977 le secrétaire d’Etat aux rapatriés, Jacques Dominati. Avec les préfets Ourabah et Moqdad, et les islamologues Mérad et Turki, il inscrit l’Islam à l’ordre du jour de cette commission qui s’intéresse de près à la Société des habous de la mosquée de Paris.

La commission obtient la suppression des subventions que versaient plusieurs ministères à « l’Institut » fictif de la mosquée. Barakrok reste attaché à une organisation de l’Islam en France autour de la mosquée de Paris, mais avec comme préalable la réforme de la Société des habous, ce « monstre juridique », selon un conseiller ministériel. Il expose inlassablement ce point de vue, notamment à J.P. Chevènement qui l’a reçu en janvier 1998. Pour avoir omis ce préalable, la création du CFCM lui paraissait être une occasion manquée supplémentaire. L’échec patent de ce conseil a hélas donné raison à ce musulman démocrate que désolait « la cécité française concernant l’Islam », déplorée par Jacques Berque.

Mots clés

Sadek Sellam

Historien de l’Islam Contemporain. Auteur de plusieurs ouvrages sur l’Islam, dont « l’Islam et les musulmans en France » (éditions Tougui 1987) (cliquez ici pour vous procurer ce livre sur Amazon.fr) et « Etre musulman aujourd’hui » (éditions Nouvelle cité, 1989) (cliquez ici pour vous procurer ce livre sur Alapage.com).

Un ouvrage est actuellement sous presse chez Fayard : « la France et ses Musulmans. Un siècle de politique musulmane ».

Du même auteur, à lire sur oumma.com :

Vos réactions et commentaires sur cet article : Abdelkader Barakrok : un musulman démocrate désolé par « la cécité française sur l’Islam »

9 juin 2008
salah benmohamed a dit :
C’est pour quand l’ouvrture des dossiers de l’histore de l’Algérie ? nous aimons connaitre les positions des intellectels tel Bennabi, nous aimons aussi savoir dans quelles conditions Laghrour abbes et les autres grands patriotes sot été éliminé ?
22 novembre 2006
nada a dit :
merci à Salim pour son commentaire du 21 /11
22 novembre 2006
Bennani Karim Tajeddine a dit :
Pour répondre au commentaire d’Ahmed, concernant les ingénieurs qui discutent de la religion, je dois signaler qu’au cours des cinq premiers siècles où la civilisation musulmane laissa des traces mémorables dans le cadre du Patrimoine universel de l’humanité, les savants distingués connaissaient aussi bien la théologie que les mathématiques, l’éthique aussi bien que la médecine. Or, on ne les a jamais accusé de n’être pas qualifié pour parler de la religion. Il est certain que l’une des crises de la civilisation musulmane est d’avoir négligé d’harmoniser la Foi avec les sciences. Quand on verra les ingénieurs et les théologiens se compléter, alors ça sera un début dans la voie de l’harmonie.
21 novembre 2006
ahmed a dit :
Que pensez de "l’islam des ingénieurs" ? on voit souvent des "intellos" venir nous parler de l’islam dans les médias sans etre qualifiés et sans compétents !!!
21 novembre 2006
abdennour a dit :

c’est vrai qu’on connait mal nos ainés toute fois malgré mes origines algériennes je me sens pleinelenemt fraçais et de culture occidental j’ai grandi en apprenant l’histoire française et j’ai regardé à la télé les chevaliers du zodiaque ..mais mes parents ne m’ont laissé qu’un maigre héritage de la culute arabo-islamique a cause qu’eux mem soient illétrés et ils s sont nés pdt la guerre de libération de l alagérie..alors j’ai un probléme

Avant de connaitre la civilsation arabe j’aimerait faire les choses dans l’ordre connaitre déjà les grands figures algériennes comme l’emir , puis bOUAmama, ibn badis , abanne ramadanne, l’histoire du communisme en algerie

en fait tout ça c’est trés compliqué

21 novembre 2006
Salim a dit :

Effectivement, le statut de la mosquée de Paris mériterait d’êtremieux connu : la France a soutenu la création à Alger, en 1917, d’une « Société des habous des lieux saints de l’Islam », dont le but premier était d’acquérir des hôtelleries à La Mecque et à Médine pour héberger les pèlerins de nos colonies lors du Pèlerinage. Les 100.000 morts maghrébins entre 1914 et 1918 ont fait naître l’idée d’un geste supplémentaire à l’égard des musulmans : une loi de 1921 a créé l’Institut Musulman de la Mosquée de Paris (avec une subvention de 500.000 F et l’acquisition d’un terrain dans le V° arrondissement) ; la loi de 1905 interdisant la construction d’un lieu de culte directement par la puissance publique, on confia à la Société des Habous cette construction et la gestion de celle-ci ; société de droit musulman, elle dut alors modifier ses statuts pour devenir une association déclarée de la loi de 1901. Ces statuts allaient se révéler être une source de difficultés ultérieures par la confusion des fonctions de président de l’association, de directeur de l’Institut et de directeur de la Mosquée et surtout par l’absence de dispositions concernant le remplacement des membres fondateurs.

Inaugurée en 1931 par le Président DOUMERGUE lors de l’exposition coloniale, la mosquée de Paris allait connaître les soubresauts de la décolonisation, chacun des nouveaux Etats du Maghreb en revendiquant la direction ; la guerre d’Algérie allait encore compliquer les choses : après avoir écarté le neveu du premier Président-directeur, Guy MOLLET nomma par décret Si Hamza BOUBAKEUR, professeur d’arabe et député (père de l’actuel recteur) ; celui-ci, profitant de la confusion des fonctions évoquées plus haut créa une nouvelle association en 1958 : « la Société des habous et Lieux saints de l’Islam », dont les statuts, déposés à Alger, lui assuraient les plus larges pouvoirs et prenait à l’occasion le titre de « recteur ». Les relations avec les pouvoirs publics français n’étant pas faciles, les subvention de la Mairie de Paris et du Ministère de l’Intérieur ne couvrant pas les frais d’entretien et de fonctionnement, S.H. BOUBAKEUR, en contre partie de la restitution de ses biens confisqués lors de l’indépendance de l’Algérie, accepta de s’effacer devant un recteur nommé par le gouvernement algérien tout en devenant « président d’honneur ». L’Algérie s’est considérée depuis comme légitime propriétaire de la mosquée, qu’elle a entretenue ainsi qu’un petit réseau d’imams. Il peut être utile de préciser ici que les recteurs successif, le Cheikh ABBAS et le Dr Tidjani HADDAM avaient rang de ministre en Algérie…

Cette orientation exclusivement pro-algérienne de la Mosquée de Paris ne manquait pas de susciter des oppositions au sein du monde musulman français, ainsi que chez les orientalistes qui soulignaient le paradoxe qu’il y avait, pour la France, de soumettre la gestion du statut religieux de ressortissants français à une puissance étrangère.

Ces éléments sont à l’origine de l’éclatement actuel du paysage musulman national et du discrédit relatif dans lequel est tombée la Mosquée de Paris, notamment auprès des jeunes musulmans, comme l’ont montré les élections en vue de l’organisation de ce culte.

Voilà la réalité, derrière le discours sur "l’islam français"...

21 novembre 2006
momo a dit :
Le pouvoir algérien, a depuis l’indépendance fait en sorte de faire disparaitre de l’histoire contenporaine les noms de ceux qui se sont sincèrement battus pour leur pays.Ce pays est dirigé depuis au mieux par des bergers au pire par des brigands sans foi ni loi comme c’est le cas actuellement.Que Dieu protége le peuple algérien.
21 novembre 2006
kamel a dit :
C’est dommage d’apprendre l’existence de ce monsieur juste après sa mort ;malheureusement c’est chose courante chez nous(les franco-algeriens)d’ignorer notres histoires et les acteurs qui ont fait l’histoire contemporaine de l’algerie.On cultive la "non-mémoire" chez nous et tot ou tard cela nous sera trés dommageable....Kamel

Réagissez !

modération à priori

Ce forum est modéré à priori : votre contribution n'apparaîtra qu'après avoir été validée par un administrateur du site.

Un message, un commentaire ?

(Pour créer des paragraphes, laissez simplement des lignes vides.)

Lien hypertexte (optionnel)

(Si votre message se réfère à un article publié sur le Web, ou à une page fournissant plus d'informations, vous pouvez indiquer ci-après le titre de la page et son adresse.)

Qui êtes-vous ? (optionnel)

 
Oumma Television
» Mentions légales » Qui sommes-nous ? » Plan du site » Agenda » Coran
» Nous contacter » Revue de presse » Horaires des prières » Culte