A Tunis, un week-end de répressions policières

Notre envoyé spécial en Tunisie constate que malgré le départ de Ben Ali, le système des milices et la r

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mardi 1 février 2011

A Tunis, un week-end  de répressions policières

Malgré le départ de Ben Ali, le système des milices et la répression policière semblent se perpétuer. Comme vendredi 28 et Samedi 29 janvier dernier

Au moment où le monde est désormais tourné vers l’Égypte, les protestataires tunisiens réclamant la dissolution complète du RCD ainsi que le départ du premier ministre Mohammed Ghannouchi ont été sévèrement réprimés vendredi 28 et samedi 29. Plusieurs sources font même état de morts.

Une partie des manifestants occupait pacifiquement depuis plusieurs jours la place de la Kasbah, où se trouve la résidence du premier ministre. L’ avenue Habib Bourguiba était quand à elle l’objet de défilés fréquents. Ces manifestants étaient pour partie composés de la "caravane de la liberté" partit des villes de Sidi Bouzid, Kasserine, Metlaoui et Gafsa, ainsi que par le "mouvement du 14 janvier", constitué de partis politiques opposants, syndicats et associations de la société civile.

Nous avons pu observer vendredi 28 de petits groupes de milices-faux manifestants armés de bâtons et autres objets contondants s’immiscer dans la foule des protestataires pour y semer la pagaille et ouvrir la voie à la légitimation de la violence policière. Cette technique avait cours sous le règne de l’ex président Zine el Abidine Ben Ali.

Une trentaine de grenades lacrymogènes ont été lancées vendredi 28 tout le long de l’avenue Bourguiba entre 17h00 et 18h00, certaines personnes roués de coups, puis embarquées dans un fourgon. Du côté de Kasbah, la répression a été violente. Il s’agissait de nettoyer tous les abords du Ministère, de la présence des manifestants.

Corps gisants enlevés par la police

Samedi, les abords de la Kasbah étaient totalement bouclés par la police, les militaires, ainsi que par de jeunes gens sans insignes particulières postés derrière des barrières. Selon l’avocat tunisien Maitre Mohammed Ali Hichri, avec lequel nous nous sommes entretenu devant le palais de justice de Tunis, samedi 29 janvier entre 17h15 et 18h00, trois de ses collègues de l’ordre des avocats ont constaté hier qu’au moins deux corps gisant ont été enlevés par la police lors de la répression place de la Kasbah. Ces avocats sont Me Ahmed Seddiq, Me Saïda el Haqmi, ainsi qu’un troisième de leur collègue, qui ont signé une déclaration officielle que nous avons consulté (reproduite ci-dessous).

Maître Hichri nous indique par ailleurs que le contenu de caisses d’armes blanches et bâtons aurait été dispersé par la police et les milices dans les rues avoisinant la Kasbah afin de simuler des preuves de menées subversives de la foule de manifestant, afin, là encore, de mieux légitimer une action violente pour "libérer" les lieux.  

Devant le palais de justice de Tunis, se trouvaient une vingtaine d’inculpés qui comparaissaient pour avoir manifesté entre mardi et vendredi (jour de la répression la plus féroce). Ils arboraient de multiples contusions, visages tuméfiés, et pour l’un d’entre eux, des marques de brûlures et de lacérations au couteau sur tout le torse (voir nos photos).

  Si l’on se réfère aux avocats, à certains cadres d’associations de la société civile ainsi qu’à des manifestants interrogés samedi 30 et qui se trouvaient à Kasbah la veille, la répression aurait fait au moins 3 morts. L’ordre des avocats a déposé une demande d’enquête au parquet.

La plupart journalistes étrangers ont quitté le territoire tunisien pour rejoindre Le Caire. Les médias locaux quant à eux, comme "La Presse" ou "Nesma TV", ne se sont pas fait écho des ces informations et n’ont pas interrogé les avocats.

Sur son profil facebook, le journaliste et écrivain tunisien Soufiane Ben Farhat indiquait qu’il venait de décliner l’invitation sur le plateau de Nessma TV, pour protester contre "un reportage diabolisant les protestataires de La Kasbah et justifiant les violences à leur encontre".

Un début de week-end qui semble malheureusement donner raison au slogan postrevolutionnaire parmi les plus populaires : « L’Bhim fi Saoudiya, wa-l qarita hiya hiya (1) ».

(1) « L’âne est en Arabie Saoudite, mais la charrette reste la même. »

Photos Jacopo Granci.

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Chercheur postdoctorant au Centre Jacques Berque.(www.cjb.ma) et journaliste indépendant. Il est co-auteur de "Profession imâm" (Albin Michel, 2009).

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