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Violences sexuelles : la grande diversion d’Éric Zemmour

Dans son dernier livre, le polémiste d’extrême droite Éric Zemmour met en cause le travail de notre rédaction sur les violences sexistes et sexuelles. Tout en omettant, à l’unisson d’une grande partie de la presse, les accusations qui le visent.

Faire des coups, saturer l’espace, dicter l’agenda : face à la stratégie sans surprise du futur probable candidat à la présidentielle Éric Zemmour, le pire serait de tomber dans le piège qu’il nous tend. Le polémiste d’extrême droite veut que l’on parle de lui. De lui et des thématiques qu’il impose dans le débat public jusqu’à la nausée.

Alors quand il évoque Mediapart dans son dernier livre (patiemment décrypté par Lucie Delaporte), la tentation est grande de hausser les épaules et de continuer notre chemin. Elle est aussitôt battue en brèche par le chiffre des ventes de ses ouvrages, et l’idée que des lecteurs ou lectrices pourraient s’interroger, de bonne foi, sur notre travail.

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Les propos de Zemmour s’inscrivent aussi dans un air du temps conservateur et réactionnaire, hostile par principe à la couverture des violences sexistes et sexuelles dans la presse. Une petite musique à laquelle plusieurs médias contribuent régulièrement.

« Mediapart est déjà sur ton dos »

Dans La France n’a pas dit son dernier mot (Rubempré, 2021), le polémiste met en scène des partisans qui le préviennent qu’en cas de candidature, sa « vie privée serait étalée à l’encan », ou qu’il risque un « contrôle fiscal »«“Mediapart est déjà sur ton dos, ils vont te trouver une fille qui t’accusera d’agression sexuelle, de viol ; c’est facile aujourd’hui. Il suffit qu’elle se déclare sous emprise. Et une femme sous emprise, qu’est-ce que c’est sinon ce qu’on appelait naguère une femme amoureuse ?” », écrit-il ensuite en reproduisant un dialogue reconstitué.

(…)

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Dans un autre passage, Zemmour suit le même raisonnement pour parler de Tariq Ramadan, mis en examen après plusieurs plaintes pour viol (voir le dossier de Marine Turchi)« Je ne sais rien de cette histoire, mais je demeure convaincu qu’il est tombé dans un piège », écrit le journaliste de CNews et du Figaro, dont les diatribes anti-musulmans (comme le rappellent cette chronique d’Antoine Perraud ou cette analyse d’Edwy Plenel) lui ont valu plusieurs procédures judiciaires (lire l’article de David Perrotin).

Si sa défense de Ramadan peut paraître incongrue, elle illustre le rapport aux puissants qu’entretient Zemmour. Si, à ses yeux, les hommes accusés publiquement sont victimes de vengeances et d’une masculinité bafouée, il n’a aucune hésitation, dans le même livre, à accuser les immigrés, notamment jeunes, d’être des agresseurs sexuels.

Plus largement, sa ligne, sur les femmes, la masculinité, la légitimation du viol, etc., est largement connue depuis des années, et singulièrement depuis la publication du Premier sexe (Denoël, 2006 – lire la page 3 de notre enquête).

Sept femmes l’accusent de violences sexuelles

Mais elle s’inscrit dans un contexte nouveau : entre-temps, Zemmour a lui-même été accusé par de nombreuses femmes de violences sexistes et sexuelles. Le polémiste se garde bien de les évoquer – il les balaie en discréditant par avance notre travail. Restent les faits, nombreux.

Mediapart

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