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Vincent Geisser: “Ennahdha est en train de se “salafiser” et c’est regrettable pour la Tunisie…”

Ennahdha est-il réellement le mouvement de la situation en Tunisie, à même d'amorcer ce virage démocratique crucial pour l’avenir du pays, dont les deux prochaines étapes majeures seront l’élaboration d’une nouvelle constitution et la tenue de l’élection présidentielle à l’horizon 2013?

Sur les ondes d’Expressradiofm, le politologue Vincent Geisser, spécialiste de la Tunisie et chercheur à l'Institut français du Proche-Orient, s’est montré très critique vis-à-vis du parti plébiscité par les urnes et chapeautant une Troïka où les dissensions sont sensibles. Alimentant tous les débats et au cœur d’un véritable enjeu de société, la délicate question du salafisme est dans tous les esprits, Vincent Geisser remettant directement en cause l’arbitrage par trop complaisant d’Ennahdha en la matière, qui pourtant s'en défend. 

Les récentes interventions de Rached Ghannouchi à l’AFP, dans lesquelles il s’est engagé à "serrer la vis" pour contrer des salafistes djihadistes qualifiés de "danger", notamment après l'attaque de l'ambassade américaine, soulignant que "Ces gens-là représentent un danger non seulement pour Ennahda, mais pour les libertés publiques dans le pays et pour sa sécurité, c'est pour cela que, tous, nous faisons face à ces groupes, mais avec des outils respectueux de la loi", ne constituent pas, aux yeux du politologue, des gages politiques suffisants susceptibles de rassurer sur les intentions du parti tunisien majoritaire.

Aujourd’hui, alors que la Tunisie mène une situation économique et sociale particulièrement dure, on parle beaucoup de religion et notamment de la fameuse question salafiste; devenue le centre des débats publics” a déclaré Vincent Geisser.

il y a une gestion opportuniste et populiste de la question salafiste de la part du gouvernement" a poursuivi ce dernier, commentant : “Le mouvement Ennahdha, à vouloir trop protéger les salafistes, risque de perdre son âme dans ce combat politique”.

A propos du salafisme djihadiste, Vincent Geisser a indiqué que “le mouvement Ennahdha a collaboré à la lutte contre le djihadisme en travaillant avec certains services de sécurité. De plus, ledit parti a participé à lutter contre le djihadisme à Londres et à Paris”.

Il a par ailleurs ajouté “qu’on voit bien la difficulté d’un certain nombre de leaders du mouvement Ennahdha de faire la part des choses entre leur position spirituelle et celle politique. Ceci dit, le mélange des deux, produit une incohérence totale”.

Et ciblant plus particulièrement le long règne de Rached Ghannouchi, le sociologue a lancé :“on ne peut pas dire qu’on va lutter contre la présidence à vie et être soi-même depuis 30 ans à la tête du même mouvement”.

 

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