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Suède : des femmes musulmanes manifestent pour le 1er mai pour le droit de travailler voilées

En Suède, la célébration de la Fête du travail, lundi 1er mai, a pris une coloration revendicative inédite, sous l’impulsion de femmes musulmanes qui ont profité de cette journée internationale des travailleurs pour briser la chape de plomb du silence qui a entouré l’arbitrage rendu par la Cour de justice européenne (CJUE), le 14 mars dernier, au sujet du port du voile dans la sphère professionnelle et pèse désormais sur elles.

De Stockholm à Malmö, en passant par Göteborg, Vasteras, Sala et Umea, elles sont descendues nombreuses dans les rues pour exprimer leur mécontentement, teinté d’inquiétude, face à une décision judiciaire qui autorise les employeurs du secteur privé à interdire les signes religieux au sein de l’entreprise, en d’autres termes qui légalise la mise à l’index des femmes revêtues d’un hijab dans le monde du travail.

Alors que leurs concitoyennes non musulmanes se heurtent encore et toujours à des plafonds de verre indestructibles, ces Suédoises voilées, à l’instar de leurs coreligionnaires disséminées dans les autres pays européens, sont confrontées à des freins non pas invisibles, mais bel et bien visibles, qui nuisent à leur accession à l’emploi dans l’indifférence générale, voire pire encore, avec l’assentiment du plus grand nombre.

« Mon hijab n’est pas votre affaire », ou encore « Travailler, c’est notre droit », c’est en scandant ces slogans à la forte résonance qu’elles ont manifesté dans l’ensemble du pays, se mêlant à une foule hétéroclite mue par d’autres exigences, emmenées par leur chef de file, Maimuna Abdullahi, l’une des chevilles ouvrières de ce rassemblement qui a déjà fait date.

« Les femmes musulmanes n’ont pas l’habitude de participer à des manifestations, d’autant plus de cette ampleur, et il était essentiel qu’elles aient une visibilité, en ce 1er mai emblématique, parmi les autres manifestants, issus de tous les horizons, qui luttent traditionnellement pour les droits du travail », a expliqué Maimuna Abdullahi dans un entretien accordé à Al Jazeera.

« J’ai marché parce que j’ai le droit de m’habiller comme bon me semble. Cette marche avait vocation à  éveiller les consciences et à rompre l’omerta qui entoure les droits des musulmanes dans l’entreprise », a insisté Khaali Mohammed, tandis que Maimuna Abdullahi déplorait, de son côté, l’inertie avec laquelle la Suède, « ce pays salué pour son respect des droits de l’Homme », a accueilli le verdict de la Cour de justice européenne, tombé comme un couperet sur les minces espoirs des femmes voilées.

Toutes deux arboraient fièrement à leur boutonnière le logo spécialement conçu pour la manifestation par Aftab Soltani, représentant une femme musulmane « visiblement forte et engagée », capable de lutter pour ses droits fondamentaux, à mille lieues de l’image dévalorisante de la femme musulmane, éternelle victime expiatoire, qui est ancrée dans l’inconscient collectif.

« Lorsque nous avons téléchargé une vidéo appelant à l’action le 1er mai, plusieurs personnes à travers le pays, musulmanes et non musulmanes, nous ont contacté pour organiser leur propre marche, conscientes que cette décision judiciaire est foncièrement injuste », s’est réjouie Maimuna Abdullahi, heureuse que ce premier rassemblement, placé sous le signe de la défense des droits des travailleuses voilées sérieusement mis à mal, ait à ce point marqué les esprits.

Le logo puissamment évocateur de la manifestation

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