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Soufisme et psychologie

La Fondation Conscience Soufie organise un séminaire sur ce thème le week-end des 23 et 24 juin. Il sera animé par Marie-Odile Delacour et Eric Geoffroy.
Pourquoi un tel séminaire ? L’expérience multiséculaire montre qu’on ne peut pas suivre une voie d’éveil spirituel, et donc une voie verticale, si l’assise psychique du sujet n’est pas solide, si elle est trop perturbée.
Il faut donc au préalable assainir le terrain de la psyché, l’âme, l’ego, ce que la tradition islamique appelle la nafs. L’âme humaine présente en effet un large spectre, par la faculté du « choix » qui lui a été dévolu. Par contraste, les autres règnes de la création, du minéral à l’angélique, ont une programmation de vie et de conscience plus déterminée ; ils n’ont d’autre choix en quelque sorte que de proclamer la louange divine.
Le Coran fait état de l’élection divine dont l’être humain fait l’objet. Mais cette élection n’est pas dépourvue d’ambiguïté. En effet, si l’humain reste relié à la Réalité spirituelle qu’il a goûtée avant son incarnation sur terre, il est véritablement le « représentant de Dieu sur terre » (Coran 2 : 30), « l’Homme accompli » ou « universel » (al-insân al-kâmil). Par contre, s’il a perdu cette conscience originelle, il connaît différentes formes de dégénérescence dont le Coran nous donne maintes illustrations.
Le « travail », au sens soufi, consiste donc à travailler en priorité sur son ego, sur son âme charnelle. On ne peut en effet prétendre accéder à la Présence à partir d’une psyché troublée ou négative. La matière ‘‘terrestre’’ de la nafs ayant effectué ce devoir de conscience peut alors se réintégrer dans son origine, le rûh, l’esprit, de nature ‘‘céleste’’. Le Coran, on le sait, décrit cette évolution en trois étapes. « Le coeur rouille comme rouille le fer ; polissez-le donc par l’invocation de Dieu ! » disait le Prophète. La rouille, cela peut être le voile des habitudes, des illusions, de notre état de distraction de la Réalité…
Pour autant, la nafs est un don divin ; c’est en quelque sorte notre squelette psychique, sans lequel notre vie en ce monde serait impossible ; c’est une monture, et tout dépend de la manière dont on la dirige. Dans la tradition islamique, elle est perçue tantôt comme un ennemi, tantôt comme un élément qu’il faut plutôt apprivoiser, accompagner. Dans les deux cas, il faut la connaître. D’où la primordialité de cette sagesse, parfois attribuée au Prophète, et parfois à l’imam ‘Alî :
« Celui qui connaît son âme connaît son Seigneur.
Peut-être faut-il formuler ainsi :
 Seul celui qui connaît son âme connaît son Seigneur. »
La psychologie soufie tire son enseignement de la sagesse (hikma) du Prophète, qui a dû traiter maintes fois, tout au long de sa mission, avec l’âme humaine… Cela n’était possible que grâce à la miséricorde (rahma) qui l’habitait. C’est dans ce sillage prophétique que les cheikhs soufis ont été appelés « médecins de l’âme » (tabîb al-nafs).
Le soufisme a plus que jamais un rôle thérapeutique, car sa voie initiatique a pour préalable un processus de déconditionnement personnel. Les couches superficielles de notre être (habitudes, réflexes de défense, peurs profondes et refoulées…. ) forment un ensemble d’agrégats instables de représentations, qui nous viennent le plus souvent de l’extérieur, et auxquelles nous nous identifions. Il nous faut donc nous ‘‘désidentifier’’, nous débarrasser de nos fausses identités qui nous font souvent souffrir (familiale, sociale, politique, professionnelle, et même religieuse…), et ainsi retrouver notre « patrie originelle ». C’est en ce sens que l’islam est, selon le Prophète, la « religion de la pure nature originelle » (dîn al-fitra).
Dans son versant psychologique clinique, on s’aperçoit à quel point cet éloignement de la fitra est à la fois la cause et le résultat d’un « mal d’amour ». Les névroses – en milieu musulman ou non musulman – sont des blessures de l’amour, dans les relations parents/enfants, au sein du couple, etc. On s’interrogera en ce sens sur les points de convergence et de divergence qui existent entre la psychologie soufie traditionnelle et les méthodes psychanalytiques issues de la modernité occidentale. Quelles différences, par exemple, faire entre « singularité », « individuation », et retour au principe de l’Unicité ?
Une méthode verticale, qui peut nous éviter bien des dédales thérapeutiques, consiste précisément à se relier au Tawhîd, la re-connaissance de l’Unicité. Cela permet de trouver en soi son axialité, sa cohérence intérieure. La théologie islamique nous dit qu’il y a un seul réel Agent à l’œuvre dans le monde, Dieu. Le soufisme consiste à vivre cette réalité. Ainsi, qui agit en moi, qui me gère réellement, « je » ou « Je » ? Il y a là une réelle voie de libération.
Marie-Odile Delacour est psychanalyste, et elle-même engagée dans la voie soufie. Eric Geoffroy est islamologue spécialiste du soufisme, et président de la Fondation Conscience Soufie.
Le séminaire aura lieu du samedi 23 juin 2018 à 10h au dimanche 24 juin à 16h.
Renseignements et inscriptions sur le site « fondation conscience soufie »
 

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