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S’indigner et se réconcilier, tient de la dignité !

C’est à l’heure de la prière du Maghreb, que le temps s’est arrêté pour le cheikh Abdellah Dahdouh, que Dieu lui fasse miséricorde, asphyxié dans l’incendie criminel de la mosquée Imam Reda, à Bruxelles. Noyé dans le mal façonné par l’histoire d’un fou emporté par l’insouciance de ses actes, l’Imam a été humilié pour une spiritualité. Nos sincères condoléances lui sont vouées, pour lui, le martyre de la dignité. Et, que nos prières et humbles respects accompagnent son âme. Amen.

La vie est une passoire, un filtre de choix de liberté, par lequel on se purifie de l’histoire, pour mourir en l’éternité. La vie blesse et forge dans l’épreuve. Quel est l’objectif de cet acte ignoble ? Est-ce celui d’instrumentaliser la peur, ou de normaliser le mépris d’autrui ? Accepter la rupture reviendrait à démissionner face à une haine incontrôlable.

Ce crime relève le défi du triomphe de la fraternité, pour ne pas s’unir uniquement quand il y a des morts. Il nous faut alors investir les réalités qui semblent nous échapper, face à cette hideuse prétention à détenir la vérité absolue, cette machination de la mort et du sectarisme fanatique. Face à cette douleur, il nous faut faire revivre notre fraternité meurtrie, par une fraternelle vie.

Que disent et font les leaders religieux ? Jouent-ils l’insouciance ou bien promeuvent-ils la diversité ? Il est temps de sortir des ghettos religieux exclusivistes, et de refuser toute forme de discours de stigmatisation qui normalise la haine et présente nos perceptions respectives comme des divisions. C’est cette rhétorique démagogue qui engendre des dérives et éradique l’espérance.

Les discours du cri de la jungle, du haut de nos tours d’ivoire érigées en mosquées, où l’on y devient loup, et où l’hostilité, dans une passivité, crée la démission, surfe sur la vague de la peur, nourrit la division, et refuse le débat conciliant. Honte à nous, si dans l’abime le plus obscure, où tout musulman est victime de l’effroyable cruauté, nous n’arrivons pas à nous unir pour tisser des ponts et avancer.

Ce discours masque-t-il son incapacité à répondre aux défis contemporains en surinvestissant la dimension affective ? Tire-t-il sa légitimité d’une rhétorique labellisée d’une prétention universaliste ? Quels débats veulent entendre les négationnistes du mépris et de la stigmatisation ? Voient-ils ce qui se produit comme inhumanité, aujourd’hui à Gaza, en Afghanistan, en Syrie, ou en Irak ? Leur compassion sélective n’est rien d’autre que du négationnisme d’injustice réelle, et une sélectivité qui entretient la haine et produit des monstres en route pour de nouvelles horreurs.

Leurs propos étant dans la droite ligne des dérives discursives, qui fragilise une atmosphère par des gesticulations démagogues, définissant le chiite, le salafi, le soufi, ou le sunnite, de bouc émissaire, sont devenus le créneau d’un art discursif irresponsable, qui se livre à une surenchère de mécanismes de radicalisation. Sur le plan sémantique, la catégorisation dramatise la réalité en normalisant des propos stéréotypés. Une école de pensée et de droit juridique ne peut s’ériger en sanctuaire fermé sur des dogmes exclusivistes. Cela imposerait de confesser un nouveau credo idéologique, attiserait les divisions, inciterait au clivage religieux, et engendrerait un raidissement intra-communautariste.

Ainsi, interdire la promotion de la haine s’impose alors, par l’instauration d’un lieu de réflexion, qui oserait interroger les erreurs du passé, en vue de surmonter l’apologie de la « pureté spirituelle » développée par le juridisme desséché des théologiens renfermés dans leurs écoles juridiques ou philosophiques.

Les consciences sont blessées, et les culpabilités éveillent le malaise face à cette lâcheté qui tue. Ne soyons pas des spectateurs du destin, ne démissionnons pas, mais continuons ensemble, à éduquer et instruire, et arrêtons, chers prédicateurs et imams, de parler de paix sans effort. Quant certains expriment, par la terreur, une folie qui n’a pas de spiritualité, ayons, avec vigueur, une condamnation absolue. Personne ne peut se prévaloir d’une foi pour justifier la violence ou pour fracturer l’unité en clans. Malheureusement, la frilosité discursive de certains imams, qui s’érigent en fonctionnaire de l’Absolu, du haut de leur chaire, anesthésie les fidèles lors du sermon du vendredi, par un propos de circonstance.

A quand un discours citoyen engagé dans la promotion du vivre ensemble, loin du ponctuel et simple voeu pieu ? Quelles sont, chers leaders, les valeurs que vous défendez contre le clash, et contre les alliances objectives du politiquement correct ? Où est le courage d’un engagement, non pas pour le pouvoir mais pour la justice ? Où se situe l’éthique d’une raison de vivre et non pas celle d’une norme de vie ?

Pouvons-nous espérer, en votre détermination, une conscience éveillée, à la manière du Rabbin Moshé Menuhin, de l’Abbé Pierre, ou encore de l’Imam Sadek Charaf, que Dieu fasse reposer à chacun son âme en paix, pour devenir de nobles résistants au service de la dignité ? Pouvez-vous, là où certains répandent la suspicion, vous engager à établir la confiance, et là où certains expriment l’émotion, que vous agissiez rationnellement pour agir humainement ?

Le dialogue intracommunautaire est un savoir être en partage mutuel, en vue d’approfondir sa propre fidélité et d’éviter une pauvreté fraternelle. Il s’agit d’un itinéraire guidé par la compréhension de l’autre pour déconstruire le discours exclusiviste et en dévoiler les arguments fallacieux. La foi est une identité ouverte, un creuset de l’intégration de la vision d’autrui. Elle fait du musulman un chiite dans son amour des membres de la demeure prophétique, Ahl al Bayt, sur eux la paix, un salafi dans sa rigueur de référence aux sources scripturaires, un soufi dans son aspiration à la pureté intérieure, et un sunnite dans son cadrage de l’exemplarité des compagnons prophétiques, que Dieu les agrée.

C’est avoir là, une volonté de comprendre et de réfléchir de par soi-même, pour marcher vers la symphonie de la communauté de la transcendance. C’est tenter la réalisation d’une commune référence, loin de tout sectarisme d’une prétention à être le groupe sauvé, le peuple élu ou la culture suprême. Parler de clash contre la rencontre est un positionnement idéologique qui dévoile une perception binaire, le nous et le eux. Dialoguer c’est questionner nos compréhensions, interroger nos appartenances, et faire progresser la communication.

Il ne suffit pas de dialoguer et d’être ouvert sur autrui, mais il faut encore comprendre en toute objectivité la détermination dans la dignité. S’unir c’est percevoir les choses par le coeur et les désigner dans les termes de l’action. Le dialogue, c’est se débarrasser du sentiment du solitaire héritier de la vérité, tout en étant authentique dans les nuances de son identité et capable de se décentrer face à sa propre logique.

La diversité est une épreuve dont la gestion en est un défi. Se libérer d’une approche sectaire ne suffit pas tant que les idéologies sous-jacentes ne sont pas réinterrogées, voire même réfutées. C’est là, l’espoir d’un lendemain glorieux, qui reconnaît en Dieu la source de l’amour fraternel.

Dans la conscience de l’unité de Dieu, il y a la multiplicité des façons de Le vivre. Peu de fondements séparent dans la pluralité, et beaucoup de principes unissent sans exclusivité. Ne nous enfermons pas dans une tradition tournée vers l’exclusion et le refus de l’altérité. La spiritualité construit une raison collective qui sauvegarde une pluralité de référence identificatoire, en vue de permettre à chacun de vivre la diversité de ses mémoires.

C’est ce qui implique d’écouter pour respecter et de connaître pour aimer, car comme le dit le philosophe Roger Garaudy, « l’humanité n’est pas une aventure solitaire ». Et, avec Maître Sadek Charaf, sainteté sur son âme, nous proclamons que « le dialogue n’est pas l’extinction de soi en l’autre, mais une construction perpétuelle de soi avec l’autre ». Inshâ Allâh !

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