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Sevil Shaiddeh : la première femme et première musulmane à être nommée Premier ministre de Roumanie

Sa nomination à la haute fonction de Premier ministre crée la surprise en Roumanie, Sevil Shhaideh, 52 ans, propulsée sur le devant de la scène publique depuis mercredi, pourrait réussir le tour de force d’être la première femme et la première musulmane à se hisser au sommet du pouvoir, sous réserve que le président et le Parlement roumains consentent à ce qu’elle entre par la grande porte dans l’histoire politique nationale.

Considérée davantage comme une technocrate que comme une politicienne par nombre de fins observateurs de Bucarest, cette ancienne secrétaire d’Etat au ministère du développement, mariée à un homme d’affaires syrien, qui a succédé en 2015 au ministre démissionnaire, Liviu Dragnea, dont elle était la proche conseillère, a passé la majeure partie de sa carrière à Constanta, un port sur la mer Noire, s’illustrant par un parcours sans faute.

Economiste de formation, Sevil Shhaideh peut se targuer d’avoir déjoué toutes les prédictions des experts, à l’instar de Sergiu Miscoiu, professeur de sciences politiques, qui n’en revient toujours pas que le Parti social-démocrate auquel elle appartient, devenu majoritaire au Parlement depuis sa victoire retentissante aux élections générales du 11 décembre, lui ait offert le poste suprême sur un plateau d’argent.

La stupeur des premiers instants passés, des explications se font jour de la part de ces mêmes spécialistes, bousculés dans leurs certitudes, alors que d’aucuns prédisent déjà que Sevil Shhaideh, une fois aux commandes du pays, s’attirera les foudres d’une certaine frange de l’électorat.

L’explication la plus largement répandue étant que le Premier ministre pressenti, Liviu Dragnea, leader des sociaux-démocrates, a été rattrapé par sa condamnation pour fraude électorale qui lui a valu deux ans de prison avec sursis, en avril dernier. De quoi l’écarter irrémédiablement du pouvoir aux yeux du président Klaus Johannis, qui avait annoncé qu’il mettrait un point d’honneur à entériner le choix d’un Premier ministre digne de confiance et irréprochable.

Dans une Roumanie où 80% de la population est d’obédience chrétienne orthodoxe, Sevil Shhadeih ferait assurément une ambassadrice de poids représentant la minorité musulmane (1%), et s’inscrirait dans la lignée des rares femmes de confession musulmane à avoir laissé leur empreinte sur les plus hautes fonctions politiques. Ainsi, les noms de Tansu Ciller, Premier ministre de la Turquie dans les années 90, et Atifete Jahjaga, présidente du Kosovo de 2011 à 2016, sont gravés dans le marbre et la mémoire collective de leurs pays respectifs.

Pour l’ancien diplomate roumain Paul Ivan, qui officie aujourd’hui en tant qu’analyste politique au sein du Centre européen de stratégie politique à Bruxelles, la religion de Sevil Shhadeih ne cristallisera ni les peurs, ni les passions de ses concitoyens, car comme il l’assure « l’islam pratiqué par la communauté musulmane de Roumanie, les Turcs et les Tatars, est très modéré »., ajoutant pour étayer ses dires : « Ils ont vécu pendant plus de cent ans dans un pays non-musulman, sous un régime socialiste ». La meilleure preuve en est, selon lui, l’apparence extérieure de l’étoile montante du Parti social-démocrate, sans voile sur la tête qui rendrait son islamité visible.

Sevil Shhadeih marchera-t-elle sur les traces de ses illustres coreligionnaires, Tansu Ciller et Atifete Jahjaga ? La décision imminente revient, à présent, au président et au Parlement de Roumanie.

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