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Quand les services américains soutenaient les Frères musulmans

Reprenant l’adage qui veut que les ennemis de mes ennemis soient mes amis, les nazis, puis les services américains et occidentaux, ont voulu, à une époque, utiliser les musulmans contre l’URSS et leurs satellites (Egypte, Syrie) dans le monde arabe.

Amin Al-Husseini, le grand mufti de Jérusalem, est un personnage très controversé. S’il jouissait d’une grande popularité en Palestine, c’était aussi un antisémite forcené. Des photos datant de la Seconde guerre mondiale le montrent tour à tour avec Hitler, avec des volontaires musulmans de l’armée allemande à l’occasion de l’Aïd el-kébir, et passant en revue des Waffen-SS bosniaques (1).

L’ouvrage du journaliste américain Ian Johnson, « Une mosquée à Munich. Les nazis, la CIA et la montée des Frères musulmans en Occident » (2), révèle que le grand mufti de Jérusalem « entre en contact avec les nazis dès 1933 en insistant sur la nécessité de se débarrasser de l’influence des juifs en économie comme en politique ». Amin Al-Husseini, hostile à l’installation massive de juifs en Palestine, compte sur le soutien des nazis. En contrepartie, il encourage les musulmans vivant en URSS à se révolter contre les communistes.

Saïd Ramadan à la Maison-Blanche

Après la défaite de l’Allemagne, les musulmans, engagés dans les rangs nazis, sont contraints de se réfugier en Allemagne de l’Ouest, et notamment à Munich. Dès la fin de la Seconde guerre mondiale, et le début de la guerre froide, les Etats-Unis, en particulier la CIA, vont les utiliser pour des émissions de propagande en direction de l’URSS. Ou pour des missions d’infiltration dans les pays communistes.

Après avoir évoqué les liens qui unissaient Amin Al-Husseini et Hassan Al-Banna, le fondateur des Frères musulmans égyptiens (assassiné en 1949), Ian Johnson braque les projecteurs sur Saïd Ramadan, le gendre d’Hassan Al-Banna. Dès 1953, il est invité aux Etats-Unis. En compagnie d’autres personnalités musulmanes, il est même reçu par le président Dwight Eisenhower à la Maison-Blanche. L’information est connue. La photo de cette rencontre a été publiée dans le livre « Les révolutions arabes et la malédiction de Camp David » de René Naba (3). Plus récemment, le journaliste est revenu sur « le rôle mobilisateur de Saïd Ramadan », sur le site d’Oumma, le 28 octobre dernier.

Soutien de la Ligue islamique mondiale

Saïd Ramadan, fuyant le régime de Nasser, se réfugie en Suisse, avec sa famille, en 1959. « Une mosquée à Munich » raconte, preuves à l’appui, que celui qui était alors considéré comme le responsable des Frères musulmans en Europe noue rapidement des relations étroites avec les services de renseignements américain et européens. En particulier avec Bob Dreher, le responsable de la CIA à Munich.

« La renommé croissante de Ramadan servait les Etats-Unis (…) Le rôle de Ramadan, au sein de la Ligue islamique mondiale confirma son orientation anticommuniste, comme le voulait Washington. Beaucoup à l’époque voyaient en l’islam l’ennemi naturel du communisme », résume l’auteur. Saïd Ramadan, fondateur du Centre islamique de Genève, travaille également main dans la main avec les Saoudiens, qui financent la Ligue islamique mondiale.

Un passeport diplomatique jordanien

Les archives fédérales suisses ne font pas mystère des bonnes relations qu’entretenait Saïd Ramadan avec les services occidentaux. Dans une note de la police en date du 29 juin 1967 on peut lire : « Je suis persuadé que Saïd Ramadan est, entre autre, un agent d’informations des Anglais et des Américains. De plus, je crois savoir qu’il a rendu des services – sur le plan d’informations – à la BUPO ». La BUPO était à l’époque la police fédérale sur la protection de l’Etat.

Le gendre d’Hassan Al-Banna était-il payé par la CIA ? L’écrivain-journaliste René Naba croit davantage à une sous-traitance par l’Arabie Saoudite et par la Jordanie. Pour preuve, alors que Saïd Ramadan a été privé de son passeport égyptien par le régime de Nasser, il voyageait avec un passeport diplomatique jordanien.

Saïd Ramadan ne ramène plus d’argent

Toutefois, même s’il ne se montre guère complaisant avec Saïd Ramadan, le journaliste américain Ian Johnson reconnaît que ce dernier ne s’est jamais vraiment laissé manipuler par la CIA, ni d’ailleurs par les Saoudiens. Fâchés de ne pouvoir mettre la main sur le Centre islamique de Genève, et sur son journal, « Al-Muslimonn », les Saoudiens vont peu à peu le lâcher.

« En dépit de son indéniable popularité auprès des islamistes, Ramadan ne ramenait pas beaucoup d’argent : nul n’avait encore vu la couleur de la somme promise à l’occasion de son pèlerinage à La Mecque l’année précédente », raconte l’ouvrage. Résultat, la construction de la mosquée de Munich se fera sans lui. Le père de Hani et de Tariq Ramadan est décédé en 1995 à Genève. Il ne jouait alors plus aucun rôle chez les Frères musulmans.

Notes :

(1) Roger Faligot, Rémi Kauffer, « Le croissant et la croix gammée », Albin Michel, mai 1990.

(2) JC Lattès, septembre 2011.

(3) Editions Bachari, mai 2005.

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