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Parcours d’un chrétien à travers l’Islam

Partout sur la planète, la communauté musulmane se trouve au centre d’intenses débats sur la société. Avec la montée de l’islamophobie dans le monde occidental et  de l’extrémisme au nom de l’Islam dans le monde oriental – comme le montrent les violences sectaires dans des pays tels que l’Egypte, la Syrie et le Pakistan –, le débat est souvent présenté comme un affrontement entre les valeurs occidentales et le fondamentalisme islamique. Rares sont pourtant ceux qui ont connaissance du débat interne qui existe au sein-même de la communauté musulmane. Les anciennes idéologies sont aujourd’hui remises en cause, de nouveaux groupes se forment et des évolutions de toutes sortes ont lieu, qui ne rentrent pas dans la dichotomie grossière du laïcisme contre la religion ou la démocratie contre l’Islam, dichotomie à laquelle la politique et les médias adhèrent souvent lorsqu’il s’agit des affaires courantes.

Cette tendance peut paraître intrigante pour ceux qui possèdent  pas des connaissances en anthropologie ou en théologie. J’ai donc décidé de rechercher les guides spirituels et   les artistes du monde musulman les plus marquants afin de m’entretenir avec eux sur les changements cruciaux qui ont lieu au croisement de la religion, de la culture et de la société. Je souhaitais en savoir davantage sur les nouvelles idées qui jaillissent dans les sociétés musulmanes et espérais trouver le moyen de sortir du discours dichotomique actuel.

J’ai rassemblé ces conversations sur un site web  intitulé le projet “Halal Monk” (le moine halal). Il m’a semblé que le nom reflétait ces conversations inter-religieuses ainsi que mon parcours à travers l’Islam en tant que chrétien.

Dans mon rôle de « moine halal », j’ ai été  amené à rencontrer des personnes exceptionnelles. Je me suis entretenu sur la religion, l’amour et la peur avec Feisal Rauf, l’imam à l’origine de la mosquée de Ground Zero ; j’ai parlé de la musique soufi avec Abida Parveen, une chanteuse pakistanaise extraordinaire ; j’ai reçu une leçon sur l’autorité dans le monde islamique par professeur britannique Abdal Hakim Murad.

Lorsque j’ai demandé au professeur Murad quels étaient les points cruciaux de l’autorité, sa réponse, surprenante, a été de regarder au delà des puissances de ce monde et d’orienter l’attention sur les saints vivants. « Leur être a disparu et seule la forme prophétique demeure. La dignité, la sagesse antique, l’altruisme, l’amour des autres… Vous le voyez chez le prophète et vous le voyez chez le saint. »

La réponse du professeur est   un exemple des thèmes de mes rencontres. Presque toutes les personnes avec lesquelles j’ai eu l’honneur de m’entretenir ont souligné l’importance de ne pas se confiner au sens littéral – autant pour les religieux extrémistes que pour les fervents matérialistes. Mes interlocuteurs s’opposent à une société de  consommation excessive, mais ils dénoncent tout autant la rigidité religieuse. Ils sont fortement enracinés dans la tradition islamique sans limiter pour autant leur pratique religieuse à un ensemble de convictions, de règles et d’apparences physiques.

Ainsi, ils sont nombreux à sortir de la dichotomie et du conflit non seulement grâce aux mots, mais en aussi en donnant l’exemple. Ce ne sont pas leurs croyances spécifiques, mais leur intégrité, leur sens de la justice et leur cœur compatissant qui reflètent leur Islam.

Cette prise de conscience m’a amené à une réflexion plus profonde sur mon milieu culturel et mon éducation chrétienne. Je me suis rappelé à quel point la religion chrétienne a tendance à accentuer la foi comme étant son aspect central. Ce qui revient à dire qu’elle met l’accent sur la justesse d’une croyance. Et puisque beaucoup de nos valeurs, nos normes et nos éthiques nous viennent de la tradition chrétienne, j’ai observé que le monde occidental, de manière générale, était très porté sur la justesse des convictions.

C’est exactement pour cette raison que nous débattons sur la compatibilité de l’Islam et de la démocratie, ou que nous nous demandons pourquoi les convictions religieuses sont généralement traitées selon le fait qu’elles acceptent ou rejettent certaines découvertes scientifiques. Mon parcours à ce jour m’a appris ceci : dans une religion, il ne s’agit pas d’être juste, mais d’être bon.

Dès lors, nous ne devrions pas considérer les conflits contemporains entre “l’ Occident” et   le monde musulman en termes  d’affrontements d’idées ou d’incompatibilité.  Ces  arguments ne peuvent être détruits que si nous essayons tous d’être bons. Ce qui revient à tenter de respecter les règles morales générales, telles que celles de ne pas infliger la souffrance,  de ne pas mettre fin à la vie d’autrui et de  ne pas voler ; en définitive, nous devons essayer de vivre en accord avec la règle d’or selon laquelle nous ne faisons pas aux autres ce que nous ne voulons que l’on nous fasse.

Dès lors, demander aux musulmans d’être plus modérés n’a pas de sens. Au contraire, nous devrions encourager les musulmans à être de meilleurs musulmans, tout comme nous devrions encourager les juifs à être de meilleurs juifs et les chrétiens à être de meilleurs chrétiens. Compassion, justice et humanité ne sont pas le résultat de convictions modérées, ils sont le résultat de l’esprit et de l’âme.

En partenariat avec le CGnews

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