La Malaisie a réussi là où peu de pays musulmans ont véritablement percé : faire du halal non plus seulement un cadre religieux, mais un levier d’influence internationale. Grâce à JAKIM et à la Halal Industry Development Corporation, le pays a transformé la certification halal en marque de confiance, au croisement de l’économie, de la diplomatie et du soft power.
Depuis Mahathir et Vision 2020 jusqu’à Anwar Ibrahim aujourd’hui, Kuala Lumpur a bâti une stratégie cohérente : présenter un modèle de modernité musulmane ancré dans la rigueur, l’éthique et l’efficacité administrative. Le halal est ainsi devenu un “label Malaysia”, visible dans l’alimentation, la finance, le tourisme, les cosmétiques ou encore la logistique. La valeur du halal mondial – estimée déjà à près de 2 000 milliards de dollars en 2021 – devrait presque doubler d’ici 2027, un terrain où la Malaisie entend rester en tête.
Face à elle, l’Indonésie tente de s’imposer. Elle a centralisé son système de certification et dispose d’un poids démographique incomparable. Mais malgré son ambition, la fragmentation institutionnelle et la faible visibilité internationale l’empêchent, pour l’instant, de rivaliser avec la machine malaisienne. À titre d’exemple, les exportations halal de la Malaisie ont atteint 55 milliards de ringgits (environ 13,2 milliards USD) en 2023, alors que l’Indonésie peine encore à stabiliser son système de certification obligatoire.
Pour conserver son avance dans un marché halal devenu très concurrentiel, la Malaisie mise désormais sur un repositionnement : un halal aligné sur les critères ESG, plus éthique et durable, appuyé par une coopération régionale qui pourrait passer, demain, par un standard halal commun à l’ASEAN. Kuala Lumpur vise par ailleurs 80 milliards de ringgits (près de 19,2 milliards USD) d’exportations d’ici 2030, preuve que le secteur reste un pilier politique et économique.
Cette ambition n’efface pas les zones d’ombre du système. En Malaisie, la certification halal reste un terrain sensible, parfois instrumentalisé dans les débats publics. Des polémiques comme celle du sandwich “ham” vendu dans une supérette universitaire ont montré les failles : logos non autorisés, contrôles insuffisants, soupçons de rigidité bureaucratique. Autant de signaux qui rappellent que la crédibilité du label repose autant sur la rigueur institutionnelle que sur la confiance du grand public.
En parallèle, la multiplication des standards à travers le monde – du Golfe à l’Asie du Sud-Est en passant par la Thaïlande ou le Japon – fragmente un marché déjà complexe. Des pays non musulmans comme le Brésil et l’Australie figurent désormais parmi les premiers exportateurs mondiaux de viande halal, signe que le marché s’est mondialisé au-delà de son terreau religieux. Pour rester la référence, la Malaisie devra moderniser ses outils, notamment grâce à la traçabilité numérique, et renforcer les alliances. C’est en incarnant un acteur ouvert et fédérateur que Kuala Lumpur pourra préserver son statut de capitale mondiale du halal



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