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L’islam total

Certains apologètes musulmans font valoir la vocation d’un islam idéal, prompt à solutionner tous les maux du monde dans toutes les dimensions de la vie sociale, au-delà de la stricte sphère privée. Un islam de panacée présenté comme un remède à la crise et à la souffrance et construit sur une trame alliant des acquis de la modernité communément admis avec des « valeurs » directement puisées dans « le modèle islamique » envisagé comme référence immuable[1]. On y trouve déployée une véritable islamisation de la modernité[2], adossée à des valeurs présentées comme « spécifiquement islamiques », et dont la préemption fait violence à la raison en ce qu’elle entretient une confusion générale de valeurs jamais définies.

Dans ses « Epîtres aux jeunes » datées de 1936, Hassan al-Banna, fondateur des Frères Musulmans, livrant sa définition du messianisme islamique, écrivait :

« Le monde entier est désorienté, s’agite, et tous les pouvoirs qui peuplent le monde sont impuissants à résoudre ces problèmes, car il n’y a pas de remède si ce n’est celui de l’islam. Soyez au premier rang, en prononçant le nom de Dieu, afin de délivrer ce monde car la totalité des hommes attend un sauveur, et celui-ci ne sera autre que le message de l’islam, dont vous porterez le flambeau et que vous annoncerez aux gens »[3].

Des décennies plus tard, se répandit l’idée nouvelle de raviver la dimension holistique de la culture musulmane en sorte que les valeurs émanant du crédo et de l’éthique islamiques puissent réinvestir progressivement tous les champs de la connaissance et de la praxis[4]. Dans l’histoire récente, on a tous à l’esprit la naissance de l’Etat wahhabite saoudien, la Révolution iranienne, les expériences tristement célèbres des Talibans en Afghanistan et de DAESH en Syrie. Un de leurs points communs en terme politique est de s’incarner dans une « globalisation de l’islam » avec son lot de bilans fortement négatifs qui, dans bien des cas, leur ont aliéné la sympathie de leurs propres peuples comme des oiseaux en cage dont les conséquences sont l’échec, la frustration, la répression, la résistance populaire comme en Arabie Saoudite et en Iran où des femmes luttent quotidiennement pour leurs droits.

Dans cette conception, l’islam est présenté comme un système englobant capable de résoudre les problèmes politiques, sociaux et économiques du monde. C’est l’idée d’un « islam total », aux ancrages intérieures, celles de la foi, et aux extensions extérieures portées sur l’engagement politique et militant. D’aucuns parlent de fonder « une éthique islamique » pour répondre aux « défis de demain » et dont l’expression rappelle la rhétorique alliciante « d’intellectuels » musulmans désireux d’émanciper les musulmans à la lumière « des principes islamiques immuables » (ṯawābit)[5] et de mener « un jihad global de la connaissance, de l’enseignement, du dialogue, de la communication et de la résistance »[6].

Approche étymologique et exégétique

L’islam englobant, dont il est question dans cet article, ne peut être réellement compris sans une clé de décodage : le concept d’intégralisme[7] dont la dérivation morphologique[8], en tant que qualificatif de l’islam, couvre le vaste sémantisme d’une validité appliquée à toute chose – espace, temps et autres contingences adventices – ce que nous pourrions remplacer de façon plus lapidaire par « globalisme », « universalité » ou « holisme »  de l’islam.

Sur le plan exégétique, l’apparition du terme provient d’une démarche herméneutique fondée sur l’interprétation de segments coraniques, le verset invoqué qui fuse immédiatement étant celui qui dit : « Nous n’avons omis dans le livre nulle chose »[9]. Si l’on prolonge la parabole de la petite graine implicite que l’on doit arroser pour en faire une plante, il est certain que plus d’un ont été tenté d’en étendre le champ de validité à toute praxis et à la politique en particulier, surtout après que cette notion fut conceptualisée et affinée par plusieurs passages au fourneau à l’époque d’al-Mâwardî (m. 1058)[10].

Loin de cette finesse sémantique traditionnelle, notre époque a elle aussi réinvesti ce terme dans les sphères musulmanes françaises, dont les bases de l’engagement éthique de l’individu par rapport au groupe reposent sur le devoir individuel de « ḥisba » lequel consiste à ordonner le « bien » et à interdire le « mal ». Celles-ci lui confèrent la même charge universaliste, mais en la refaçonnant aussi en tant qu’arme de conquête prédicative face à un monde de plus en plus areligieux et dans lequel trône l’esprit positiviste et scientifique. En invoquant l’islam global, ce discours néo-musulman espère abattre d’un même estoc deux adversaires : d’une part la suprématie des sciences – puisque le Coran en a forcément précédé et prédit les avancées – et d’autre part l’évolutionnisme sociopolitique – nul besoin, selon cet intégralisme, que l’islam suive ou s’adapte aux états de la société car c’est à celle-ci de venir a jube du codex et des modèles islamiques, car ils sont nécessairement immuables.

Approche légal : le fiqh des minorités

Le Xe siècle consacra la fixation du dogme de « l’abrogeant et de l’abrogé »[11] visant à dépasser les contradictions du discours coranique faisant prévaloir les sourates les plus tardives (dites « médinoises ») – composées majoritairement de commandements politiques et guerriers – sur les sourates « mecquoises » – composées, elles, d’appels à la tolérance. Cette doctrine permettra d’introduire la notion de « minorité/majorité musulmane » selon laquelle des musulmans sous autorité impie pourraient, à l’image de Muḥammad, promouvoir la tolérance tandis qu’en situation majoritaire, ils pourraient prôner le rapport de force.

Au XIXe, les réformistes embarrassés devant l’exemple des législations européennes, revinrent vers des concepts de droit[12] familiers de la jurisprudence islamique médiévale. Certains penseurs se tournèrent en particulier vers l’œuvre de l’Imam al-Shâtibî (m. 1388) dont deux des écrits portent sur la notion de « Principes Fondamentaux »[13] laquelle fut reprise par Muhammad ‘Abduh (m. 1905) et Rashid Rida (m. 1935)[14]. Selon ces deux derniers réformistes, le Fiqh des minorités repose sur deux principes fondamentaux : le principe de l’intégrité territoriale – « l’Islam comme religion mondiale » – et le principe juridique des « Décisions selon les intentions de la loi islamique » ou « Objectifs supérieurs ».

Plus tard, au tournant des années 1980, se fit jour l’idée d’une globalisation du panislamisme vers les territoires non-musulmans. Or, l’un des outils les plus apprêtés dont un tel prosélytisme devait faire un usage intensif fut le « fiqh des minorités »[15] qui constitue l’un des derniers axes dans des discours d’intellectuels de l’islam contemporain tels que Faysal Mawlawi[16]. Ce champ récemment ouvert est labélisé de différentes manières et il est par exemple fréquent d’employer à son sujet les termes de « Fiqh al-Ṭawṭin »[17] quant au thème et de « Dar al-Shahada »[18] quant à l’espace où vivent les diasporas musulmanes et diverses minorités musulmanes.

Il fut alors tenu pour valide que celui-ci fournira le meilleur pivot possible à une telle entreprise, en Occident par exemple, là où furent déjà installées des minorités musulmanes parfois arabophones et de surcroît en situation de risques « d’acculturation totale ». Il s’ensuivit naturellement une fervente activité d’élaboration d’outils pédagogiques ad hoc. Les mots-clés de l’époque furent la traduction[19], l’arabisation[20] et l’enseignement de l’islam et de l’arabe aux allophones[21].

Cette doctrine affirme que les minorités musulmanes, en particulier ceux vivants en Occident, méritent une discipline juridique nouvelle et spécifique pour répondre à leurs besoins religieux qui sont différents de ceux des musulmans vivant dans les pays islamiques. Le Fiqh al-aqalliyyat traite en effet des problèmes quotidiens auxquels sont confrontés les musulmans d’Occident. Il prétend résoudre les tensions existantes entre le droit islamique traditionnel/actuel et la culture musulmane d’un côté et les valeurs des sociétés d’accueil de l’autre[22]. L’expression apparut dans les années 1980 aux États-Unis avec les écrits de l’Égyptien Fathi Osman[23] mais se concrétisa lorsque Taha Jabir al-Alwânî fonda en 1988 le conseil du fiqh d’Amérique du Nord.

Né en 1935 en Irak, Al-Alwani est titulaire d’une thèse obtenue en 1973 sur les principes de la jurisprudence musulmane (usul al-fiqh) à l’Université islamique d’Al-Azhar. Aumônier et enseignant de sciences islamiques dans les années 1960 à l’Académie militaire irakienne, il enseigna jusqu’au milieu des années 1980 le droit islamique à l’Université de Riyad[24]. Durant la même période, il s’installa aux États-Unis, et fonda en 1988 le Conseil du Fiqh d’Amérique du Nord avant de participer à la création en 1997 du Conseil européen de la fatwa et de la recherche, dirigé par Yusuf al-Qaradawi. Or, ces deux institutions du droit islamique sont affiliées à l’Organisation de la coopération islamique (OCI) dont il demeure un membre de longue date. Enfin, al-Alwani assura de longues années la présidence de l’Institut international de la pensée islamique basé en Virginie laquelle dispose de plusieurs antennes réparties dans le monde[25].

Yusuf al-Qaradawi, quant à lui, est une autorité reconnue aussi bien dans le monde musulman qu’en Occident (notamment en France où il est . Né en 1926, Al-Qaradawi est un théologien musulman égyptien, qatari de naturalisation et titulaire d’un doctorat soutenu en 1973 à al-Azhar. Il s’installa au Qatar en 1961 où il contribua à la création de nombreuses institutions islamiques. En 1997, Al-Qaradawi fonda le Conseil européen de la fatwa et la recherche (CEFR) afin d’offrir des réponses juridiques islamiques aux minorités musulmanes d’Occident. Il participe régulièrement à une émission de la chaîne satellitaire al-Jazira intitulée « Al-Charia wal-Hayat » (« la loi islamique et la vie »). Outre un site internet à son nom, www.qaradawi.net, il contribue aux activités de nombreux sites Web comme www.Islamonline.net.

Si nous pouvons dire que la conquête prédicative de l’espace européen prenait ses sources lointaines dans les grandes idéologies du panislamisme et du panarabisme, au tournant des années 1980’s, cette entreprise aux origines éclatées mais confluentes façonna ses premières armes réelles. Or, parmi les plus actives figurèrent justement les volées de ressources et modalités pédagogiques (manuels, abécédaires, guides de l’enseignant, réseaux de librairies, etc.) destinées à lancer réellement un enseignement islamique de la nature que nous avons évoquée.

La France, qui dans cette décennie est l’objet de biens des attentions – l’Institut du monde Arabe est fondé en 1980 – sera aussi perçue comme une cible centrale par les adeptes de cet intégralisme, qui investirent avec une grande facilité le marché français dans lequel vient de prendre pied une large réseau de librairies d’écoles et d’instituts, ceux-ci de surcroît ayant étendu leur rayon d’action de la capitale[26] vers les métropoles de province en l’espace d’une décennie.

Approche discursive : l’islam de panacée

De cette vaste entreprise, émergea un discours de panacée qui occupe la majeure partie des actions prédicatives et s’articule sur deux niveaux. Le premier niveau de discours s’apparente à une phase de nosologie et de diagnostic. Les thématiques se trouvent formulées dans des intitulés comme « comment trouver la paix ? »[27] ; « comment vaincre sa colère ? »[28], « comment résoudre problèmes de société ? »[29]. Cette veine d’écriture est en outre assez fréquente sur les sites internet islamiques dédiés à la prédication. Il n’est pas rare de croiser dans ces discours, par exemple, des réflexions par maïeutique et des débats qui imposent une vision islamique des solutions aux problèmes contemporains sur des sujets aussi variés que les problèmes de société, le chômage, le racisme, le terrorisme, le féminisme, la violence… le tout se justifiant islamiquement[30].

De ce premier discours diagnostic, va découler une galerie des maux de l’époque tels que le mal-être ambiant ; l’ennui, la dérive ; la drogue ; l’échec scolaire ; la violence, etc. On observe le même procédé pour les relations de voisinage, le respect de l’environnement… l’ampleur du champ brassé devrait permettre d’y percevoir et de prouver une connexion avec le discours dogmatique de l’islam intégraliste ne serait-ce que par comparaison avec les thèmes de conférences d’un Tariq Ramadan ou d’un Amr Khaled.

Dans un second niveau de discours, la thématique investie est ici axée sur l’intervention divine et le salut sur des niveaux autant sotériologiques que terrestres. C’est ainsi que des pistes, des axes et des solutions sont avancés. Il s’agit ainsi de contribuer à l’« éveil du fidèle par la religion », c’est-à-dire de sortir de la « misère spirituelle », retrouver sa « dignité », être « bien dans sa peau », prendre conscience « du don de la vie et du corps », et du « dépôt » qu’ils constituent par exemple.

Il convient également d’offrir la possibilité d’un bonheur terrestre hic et nunc, spirituel autant que social (« je suis aujourd’hui croyant et heureux »). Cette perspective constitue une ligne de fracture doctrinale. La plupart des protagonistes relevant d’une veine réformiste à visage découvert prônent une adaptation hédoniste au réel immédiat et terrestre (notamment par l’insertion, l’éducation, le travail et la fondation d’une famille) ;

alors que le discours de sensibilité salafie insiste sur la vanité et l’insipidité de la quête du bonheur en ce monde.

Une fierté revendiquée

Une reconquête de sa fierté s’impose. À l’image des autres options particulières qui existent dans les sociétés occidentales, l’islamité doit s’assumer, se montrer et se défendre tant par le droit que par la voix du témoignage. On croise souvent sur ce terrain le procédé de la mise en exemple : l’interlocuteur relate la raison qui l’a conduit à adopter ou ré-adopter l’islam avec des intitulés tels que « Pourquoi ai-je choisi l’islam ? Pourquoi suis-je retourné à l’islam ? », etc.

Évidemment, on serait en peine d’établir avec certitude la filiation de ce genre de procédés rhétoriques dans lequel l’homme du commun érige son exemple en modèle à suivre. Il demeure – pure hypothèse cependant- que cela n’est pas sans rappeler un certain marketing rhétorique bien rôdé aujourd’hui en milieu anglo-saxon (manifeste du genre de « why I’m a muslim », en tribune ouverte à Hyde Park/Londres).

L’arrière-plan doctrinal légitimant le lancement de telles entreprises ne se limite cependant pas à de tels témoignages anecdotiques. En fait, plus qu’une expansion prosélyte, c’est tout une école de pensée qui tente-là de franchir le pas de la théorie à la pratique, celle du fiqh des minorités dont le credo profond réside dans le devoir d’adapter l’environnement du musulman aux impératifs de sa croyance plutôt que de tenter de les brandir, aussi aléatoirement qu’anachroniquement, en armes de défense contre les agressions diverses qui menacent son identité. L’audace d’une telle orientation devait valoir à ses promoteurs une égale part de soutien et de réprobation dans les rangs du commun des musulmans, mais aussi de la part de certaines sommités[31].

 

Approche éditoriale : le rôle pionnier de Habib Affes   

      

Expert consultant dans diverses commissions attachées à l’ISESCO sur des aspects afférents à ses compétences ex-professo, Habib Affes est un pionner solitaire qui, dans les années 1990, se lance dans une quasi-terra incognita : celle du lectorat issu de l’immigration maghrébine en France dont il est certain de la demande en matière d’islam et de langue arabe.

Né en 1957, diplômé en Etudes arabes et islamiques et en Ingénierie de la formation, Habib Affes est titulaire d’une thèse de doctorat[32] en Sciences de l’éducation sur L’éducation dans l’Islam qu’il soutint en 1994 à l’université de Strasbourg. Deux après, il fonda la société-édition parisienne Jeunesse Sans Frontières avec l’ambition de lancer l’un de plus importants éditeurs français spécialisés dans l’édition arabo-musulmane adressée aux enfants et aux jeunes. Depuis ses débuts, cette maison d’édition se fit connaître en publiant des ouvrages d’arabe langue étrangère.

Très vite, ces derniers, dont la progression couvre tout l’enseignement maternel et l’enseignement primaire, connurent un grand succès en Europe et en Amérique. Pour diversifier son activité dans les années 2000, la maison ajouta à son catalogue les publications de culture religieuse dédiée directement au lectorat adolescent de confession musulmane. Deux collections par exemple, marquèrent cette période : la première, « sur mon chemin », fut une nouvelle méthode pédagogique d’éducation islamique pour enfants à partir de 6 ans ; la deuxième s’adressait aux jeunes et s’intitule : « Questions de jeunes ». Ces deux nouvelles collections rencontrèrent assez vite un certain succès.

En 2005, H. Affes fonda dans sa lancée un organisme partenaire des Editions Jeunesse Sans Frontières : un centre de formation baptisé Institut Européen de formation et d’éducation, connu par le sigle IEAFE. Il s’agit d’un établissement au statut privé, offrant un type de formation dont l’ambition n’est pas moins que d’opérer comme une école normale, c’est à dire œuvrer à la formation de formateurs en arabe et culture islamique[33]. En fin de cursus, les étudiants promotionnaires se voient délivrer un certificat attestant de leur maîtrise d’un socle commun en la matière[34]. La ligne d’horizon que tous espèrent atteindre, formulée par eux-mêmes est la suivante : « Savoir enseigner l’arabe aux petits enfants non-arabophones, éveiller à la foi musulmane, approfondir ses connaissances de l’Islam, de la pédagogie de l’éducation, de la psychologie de l’enfant et de l’adolescent et de l’éducation dans l’Islam, donner des réponses claires aux questions que l’on se pose sur l’éducation de nos enfants, éduquer les jeunes à la vie affective et sexuelle, gérer les difficultés conjugales et familiales, etc.. ».[35]

En mai 2002, il lança le premier numéro de sa nouvelle revue trimestrielle baptisée « Columbus » et ambitionna de devenir le premier magazine musulman « 100% jeunes ». H. Affes créa sa revue en réaction à la tendance éditoriale qui, estime-t-il, regardait le passé dans le rétroviseur. Pendant ses études de formation des formateurs, il ne cessa de « critiquer les méthodes d’enseignement de l’arabe ainsi que celles de l’enseignement de l’Islam » qui lui étaient proposées au motif que celles-ci étaient devenues « inadaptées ». N’envisageant pas d’enseigner en France avec des méthodes importées du Maghreb, il se décida de créer ses propres méthodes d’apprentissage[36].

Affes fut pragmatique et n’hésita pas à aborder des thèmes proches de la réalité des jeunes tels que ceux de « l’amour », des « conduites à risques » et de « la violence ». Il entendait ainsi apporter des réponses aux interrogations existentielles qui préoccupent cette population, avec dans le même temps, le souci de ne pas verser dans des considérations spéculatives qui déboucheraient tout au plus sur une sorte de fuite vers l’abstrait. A travers des thèmes comme l’engagement dans la société par exemple, le lecteur est en permanence ramené à son contexte de vie et à ses responsabilités hic et nunc[37]. Sa conviction en la matière est que l’adulte devrait faire face aux « tourments »[38] du jeune en puisant les réponses appropriées dans les textes coraniques et les hadiths eux-mêmes, tels « des boucliers »[39].

Pourtant, observe-t-il, ces références sacrées sont rarement parlantes dans l’esprit d’un jeune, même avec le renfort de gloses et de sapiences attribuées à des savants anciens ou de maîtres. Ce ne seront pour les jeunes que des citations de « cheikhs lointains » [40]. Aussi, il convient de leur inculquer « les valeurs de l’Islam » selon une « approche pédagogique convenable ». Voilà résumée « la mission » [41] que s’efforce à accomplir Jeunesse Sans Frontières.

Cependant, le principe de pragmatisme et de rejet des tabous chers à H. Affes ne tarda pas à provoquer l’embarras de ses bailleurs de fond. Ses articles de la revue Colombus péchaient par excès d’audace, ils parlaient trop brutalement en textes et en images de la désespérance, de scènes de violence à valeur cathartique, de la puissance des pulsions, de l’addiction à la drogue, de la recherche identitaire, etc. Le souhait de H. Affes ce faisant était d’aborder ces thèmes avec une franchise proportionnelle à leur gravité. Il fallait dire les choses d’une manière frontale et décomplexée pour qu’elles soient profitables à une masse de lecteurs en mal de vivre et de réponses à leurs questions. Mais la ligne rouge de la bienséance était ainsi largement outrepassée. La brutalité des images en particulier furent fatales à son entreprise. Il en découla rapidement une rupture irrémédiable entre la revue Colombus et ses bailleurs et le quatrième numéro de cette série fut le dernier[42].

Un rétrécissement de l’espace de prédication (da‘wa) ?

L’hypothèse qui hante l’esprit des observateurs serait d’imaginer que les prédicateurs intégralistes dans leur projet aient considéré la prédication (da‘wa) comme un élément plus éthéré, d’ambiance, plus diffus que verbal. Dans ce sens, l’islamisation de la modernité apparait en filigrane d’une majeure partie de leurs discours et actions. Et si le temps de la prédication du verbe était déjà dépassé par les données de notre époque ? L’époque du prosélytisme verbal n’était-ce pas celui qui a culminé avec les années de la révolution iraniennes et celle du FIS en Algérie ? Par ailleurs, la da‘wa à caractère verbal a montré ses limites dans la mesure où les idéologues musulmans ont compris qu’une prédication non appuyée par un caractère éthique et comportemental ne peut plus fonctionner voire même se retourner contre eux. Et si on émettait l’hypothèse d’une certaine maturation idéologique de manière à ce que l’aspect prédicatif serait toujours présent mais de façon éthérée ?

De fait, on assiste à un rétrécissement de l’espace de la prédication, synonyme d’intériorisation des contenus (adressée en interne aux musulmans) et de mutation (tournée vers les non-musulmans) : l’altérité ne serait plus un casus belli. Elle serait entrée dans la normalité : musulmans et non-musulmans seraient aussi « vulnérables » finalement aux violences de notre époque parce qu’après tout, dans cette hypothèse, « ce qui est plus fort que les croyances c’est le recul des valeurs et de l’éthique ». C’est pourquoi, dans le registre des prédicateurs, on intègre la da‘wa dans la mission que l’on va confier à des thèmes profanes comme l’humanitaire, la médecine, le féminisme ou l’écologie. Il se pourrait ainsi que ces actions fassent poindre l’aurore d’un jour nouveau dans lequel on traiterait l’altérité qu’il vaut mieux ranger dans les cases de l’évidence[43].

Notes:

[1] En droite ligne venu du thème des « thawâbit ».

[2] Le père Jacques Jomier avait livré une critique rigoureuse et sereine de la pensée réformiste de Tariq Ramadan : Jomier, J. « L’islam et sa présence en Occident suivant les perspectives d’un frère musulman ». Esprit et Vie, n° 4, 17 février 2000, pages 74-82.

[3] Mohamed-Ali Adraoui, « L’épreuve du réel, les islamistes et le monde. Une étude des politiques étrangères des mouvements islamistes. Mobilisation et reconstruction d’un référent idéologique », Cahiers de la Méditerranée, 89 | 2014, 99-114. Seize ans après, dans son livre À l’ombre du Coran, Sayyid Qutb, membre des Frères Musulmans et théoricien du djihadisme, livrait sa définition d’un djihâd tous azimuts destiné à sauver le monde : « Bien sûr, protéger le territoire de l’islam, c’est protéger le système de société qu’il régit, mais le but ultime du jihad n’est nullement la protection d’un territoire. Il est bien plutôt le moyen d’instaurer le royaume de Dieu au sein du territoire et ensuite, à partir de cette base, de se déplacer dans le monde entier, le genre humain tout entier (…) L’islam est tel qu’il ne peut exister sans avancer, afin de sauver l’homme de l’esclavage à d’autres que Dieu. Il ne peut s’arrêter à telles ou telles frontières géographiques (…). Les camps ennemis peuvent très bien choisir de rester sans attaquer l’islam (…) mais l’islam ne peut pas être en trêve réelle avec eux ».

[4] On trouve plusieurs occurrences de cette expression dans les manuels d’arabe, comme par exemple dans les introductions de SADFI, S. Al-arabiyya Al-Châmila. « L’arabe globale ». Paris : Institut Formation Avenir, 2002. ;  AFFES, H. J’apprends l’arabe par les méthodes pédagogiques les plus modernes. Niveau 2. Cahier de lecture. Paris : Jeunesse sans frontières, 1999, 83pp ; JOUIRO, H. Apprendre l’arabe niveau préparatoire. Paris : L’Univers du savoir. Langue : arabe – français, 2003, 77 pp. MAKHLOUF, T. Rawdati, (maternelle, moyenne section). Paris : Editions Granada, 2010. Nombre de manuels insistent sur la compatibilité entre «la pratique de l’islam et les valeurs de la République et de la citoyenneté ».

[5] Ramadan, T. « Islam. La réforme radicale. Ethique et libération », Paris, Presses du Châtelet, 2008, introduction.

[6] Ramadan, T. Etre Musulmans à l’ère de la mondialisation, tariqramadan.com, 06/08/2012.

[7] Shumuliyya

[8]  En l’espèce ici : la catégorie du masdar sina’i.

[9] Coran (VI : 38) : « mâ  farratna fi-l-kitab min chay’in »

[10] Par exemple ses « statuts du gouvernement » (ahkâm al-sultâniyya). « Al-Mâwardî (m. 450/1058), le Qâdî Abû Ya‘lâ (m. 458/1066) et les statuts du gouvernement (al-ahkâm al-sultâniyya) », Rives nord-méditerranéennes, 19 | 2004, 75-96.

[11] Al-nāsiḫ wa al-mansūḫ

[12] « Maqsad » et « Maslaha » des disciplines d’Usûl al-dîn et d’Usûl al-fiqh notamment.

[13] Maslaha mursala laquelle remonterait à Malik ibn Anas (m. 795) et aurait été détaillée et théorisée par Abu Hamid al-Ghazali (m. 1111).

[14] Qui publia le Kitâb al-i’tisâm dans sa revue al-Manâr. De nos jours, une étude à connaître serait celle du Syrien Ahmad al-Raysûnî : Nazariyya  al-maqa¨sid ‘inda al-imam al’shatibi wa maqasid al-shari’a ; 1992, Damas.

[15] Fiqh al-aqalliyyât

[16] Clerc libanais, auteur de Le musulman citoyen d’Europe, International Union of Muslim Scholar : 2008, sl.

[17] Fiqh d’implantation.

[18] Territoire du témoignage.

[19] tarjama

[20] ta’rîb

[21] ta’lîm al-lughat al-‘arabiyya li-ghayr natiqin biha

[22] Shammai FISHMAN. Hudson Institute. Center on Islam, Democracy, and the Future of the Muslim World. Fiqh al-Aqalliyyat: A Legal Theory for Muslim Minorities. Research Monographs on the Muslim World Series No 1, Paper No 2. October 2006.

[23] A History of Islamic Legal Theories, Wael B. Hallaq

[24] Ahmad Parray (2012) The Legal Methodology of “Fiqh al-Aqalliyyat” and its Critics: An Analytical Study, Journal of Muslim Minority Affairs, p.89

[25] Haddad,Y. Smith, J. The Oxford Handbook of American Islam, 2014, 576p. p. 483.

[26] El-Alaoui, Les réseaux du livre islamique, CNRS. Paris : 2006

[27] https://www.islamreligion.com/fr/category/104/le-veritable-bonheur-et-la-paix-interieure/

[28] http://francais.islammessage.com/Article.aspx?i=1853

[29] http://www.islamquest.net/fr/archive/question/fa6241

[30] https://daralmurabitin.wordpress.com/2017/04/16/lislam-une-solution-complete-pour-lhumanite/

[31] Au premier rang desquels Said Ramadan al-Bouti. Caeiro, A. Adjusting Islamic Law to Migration. ISIM, newsletter, 2003. p. 26 www.bouti.com/ulamaa/bouti/bouti_monthly15.htm (Juin 2001). Voir également: Khalid Masud, Islamic Law and Muslim Minorities, ISIM Newsletter 11, 2002.

[32] L’éducation dans l’Islam. Evolution de la conception de l’éducation de l’origine jusqu’à l’époque d’Ibn Khadun  [sic] (Ier VIIème-VIIIème XIVème  siècles). Thèse Sciences de l’éducation … : Strasbourg II, 1994. (Sous la dir. de Nanine Charbonnel).

[33] Fascicule de l’Institut Européen de formation et d’éducation conçu à l’attention des enseignants stagiaires p.3

[34] Fascicule de l’Institut Européen de formation et d’éducation conçu à l’attention des enseignants stagiaires, p.1

[35] Fascicule de l’Institut Européen de formation et d’éducation conçu à l’attention des enseignants stagiaires, p. 5

[36] Entretien avec Ammar B. Nouvelle Andalousie, la culture musulmane au cœur de Paris. 29/04/2005. http://www.saphirnews.com/Nouvelle-Andalousie-la-culture-musulmane-au-coeur-de-Paris_a1246.html

[37] Bamba, A.  Colombus, un nouveau magazine 100 % jeunes. 17/06/2003 ; http://www.saphirnet.info/article_661.html

[38] Bamba, A.  Colombus, un nouveau magazine 100 % jeunes. 17/06/2003 ; http://www.saphirnet.info/article_661.html

[39] Bamba, A.  Colombus, un nouveau magazine 100 % jeunes. 17/06/2003 ; http://www.saphirnet.info/article_661.html

[40] Bamba, A.  Colombus, un nouveau magazine 100 % jeunes. 17/06/2003 ; http://www.saphirnet.info/article_661.html

[41] Bamba, A.  Colombus, un nouveau magazine 100 % jeunes. 17/06/2003 ; http://www.saphirnet.info/article_661.html

[42] Bamba, A.  Sézame, les clés pour lire le fait musulman Un nouveau magazine franco-maghrébin. 5/01/2006 ; http://www.saphirnews.com/Sezame-les-cles-pour-lire-le-fait-musulman_a1956.html

 

[43] On se réfèrera à des analyses ciselées au scalpel concernant la minorité́ musulmane thaïlandaise et la façon avec laquelle elle a changé de braquet de revendication par rapport au pouvoir. Ce petit ouvrage nous a beaucoup aidé sur le plan maïeutique pour accoucher cette réflexion : Les musulmans de Thaïlande, Michel Gilquin 2002, L’harmattan ; 4e de couv 204 p.

15 commentaires

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  1. @ nanita En terme de fait rapporté vous semblez nier – ou oublier? – ceux, pour les plus important et proche en date, de la destruction du khilafat par les musulmans eux même par appât du gain en s’associant à leurs ennemi pour les uns, et abandon par fatalisme pour les autres.
    L’islam nous apprend que la communauté musulmane forme un tout et c’est ce tout ne fonctionnant plus, par ce que ses membres n’ont plus voulu le faire fonctionné, que les musulmans ont ouvert la brèche à se faire battre du bâton qu’ils ont tendus jusqu’à aujourd’hui.
    Les musulmans depuis le 20e siècle ont un gros problème avec dieu qui les a pourtant prévenu qu’il pouvait donner l’ascendance à un autre peuple sur eux s’il ne le satisfaisaient plus. Ce sont les musulmans qui se sont mis dans leur situation même si ce n’est pas en cherchant eux même la guerre mais par leur conduite et leur manquement vis à vis d’eux même. Dieu nous dit encore que lorsque nous commettons méfaits ce n’est que pour nous même, et ce n’est pas en faisant correctement les choses que nous aurions subi ce triste destin qu’est que nous connaissons encore jusqu’à aujourd’hui.

    • Encore une fois il est injuste de rendre responsables les musulmans de la folie colonisatrice qui a pris les Européens au 19e siècle . En quoi les Algériens ont-ils fâché Dieu ( Azza wa Djal) pour s’attirer la conquête de 1830? Je refuse de lier Dieu à la cupidité de l’Europe qui pensait comme Lamartine, poète mais surtout député, qui déclarait devant l’assemblée nationale de son pays :” Dans ma conviction, de grandes colonisations entrent indispensablement dans le système politique que l’époque ( pas Dieu) assigne à la France et à l’Europe. L’orient les appelle et le défaut de débouchés intérieurs les rend nécessaires à nos populations croissantes” Voilà , Dieu est innocent et les Algériens aussi. L’Europe avait besoin de débouchés pour vendre sa quincaillerie et s’accaparer des matières premières , il est inutile de nous culpabiliser. Et ce fut ainsi pour tout l’espace arabo-musulman avec des nuances dans l’occupation et la mise en coupe réglée. Ils ont appelé leur domination, une zone d’influence, un protectorat , une colonie de peuplement etc.. Leur imagination était sans limite.

      • Vous me demandez ce que les algériens ont fait? Mais l’histoire vous le raconte te mieux que moi… au même titre que le reste des contrées du monde musulman au fil du temps et du khilafat qui s’étendaient, les maghrébins avec leur notable, les grandes familles, et des populations soumises à la politique de leurs pairs, ce sont tjr désolidarisé de l’unité musulmane, celle du khilafat du pouvoir unique. Les maghrébins, au même titre que les autre je le répète, se sont fragilisés eux même en trahissant leur monde dans des luttes pour le pouvoir et la domination. Dieu n’allait pas les sauver de ce qui se préparait plus au nord occidental, l’Europe, alors qu’ils ne se sauvaient pas eux même et cependant qu’il avait déjà prévenu que ce qui font des maux ne les font que pour eux même.

        Je sais, ce postulat écoeure les musulmans nationalistes qui aiment leur terre, leur nation leur pays, de manière général ce qui a trait aux biens de ce monde, plus que la réalité historique qui nous apprend les erreurs passé, et le rapport à l’idée que dieu puisse punir des peuples tout entier dans ce bas monde. Et pourtant…

        J’avais deja compris que vous êtes fière d’être algérienne comme les marocain sont fier les tunisiens aussi et tout le reste du monde… mais en ce qui vous concerne et avec tout mon respect car j’y suis lié de fait, les algériens n’existent presque plus. Ils deviennent des européens d’Afrique en quelque sorte. Les nouvelles générations dans les grandes métropoles ont les mêmes revendications qu’un peuple italien ou grecque. Sociologiquement parlant l’Algérien est en voie de disparition…

        • Le khalifat “unique” représenté par Abdelhamid II , le sultan de Turquie a été détruit par l’Europe financiarisée qui s’est liguée contre lui en utilisant les revendications identitaires des peuples des Balkans et certainement pas par les musulmans qui encore une fois sont innocents des accusations que vous portez bien injustement contre eux . Pour le reste, votre post abscons n’appelle pas d’autre observation de ma part.

          • Vous rapportez là désunion des musulmans à la fin du califat ottoman? Sérieux?? Allons… vous ne pouvez pas nier la désunion depuis le conflit qui opposa Ali et mou3awiya et les siècles de conflit qui ont fait encré la séparation entre les musulmans et les différents territoire mené par les leaders, y compris al ifriqiya…

            Merci pour le “abscon” au moins vous ne niez pas que ce puisse avoir du sens sous prétexte que c’est mal exprimé ou de façon complexe. En effet c’est très brouillon… si cela vous intéresse de comprendre ce postulat, penchez vous sur imran hosein qui a fait un très gros travail de réflexion de ce côté là. S’intéresser ne veut pas dire adhérer, c’est vous qui voyez en fonction de ce que vous accordez a votre questionnement et votre quête de la vérité.

          • J’ajoute quand même que si les algériens ont été victimes d’autre chose dans leur malheur de la colonisation c’est bien d’avoir été abandonnes par les musulmans du reste du monde et notamment le califat “principal” de l’époque, le califat ottoman. mais même cela allez prouver qu’ils n’ont pas provoqués cet abandon en créant leur propre califat successif au fil du temps, ce qui n’enlèvera rien à la culpabilité des lâches abandonneur j’en convient…

            Je suis désolé si mes propos vous choquent mais ils sont avant tout le fruit de faits historique. Bonne fête à vous nanita

      • “Encore une fois il est injuste de rendre responsables les musulmans de la folie colonisatrice qui a pris les Européens au 19e siècle . En quoi les Algériens ont-ils fâché Dieu ( Azza wa Djal) pour s’attirer la conquête de 1830? Je refuse de lier Dieu à la cupidité de l’Europe”

        vous devriez vous renseigner sur les barbaresques.
        si en cela, ils n’ont fâché Dieu, c’est que nous devions changer notre conception du Bien, car la piraterie et l’esclavage sont des péchés évidents.
        et c’est précisément leur cupidité qui les conduisit à la piraterie et à l’esclavage.
        alors bien entendu, l’Europe était dans un développement capitaliste différent, ce qui explique sa domination militaire et technologique. mais ça ne change rien au fait que de ce côté-là de la Méditerranée, Dieu n’y était plus compte tenu des actes de certains. ne pas le souligner ne permet pas de comprendre la chose adéquatement.

        • Les “barbaresques” comme vous dites en utilisant ce terme dévalorisant inventé par nos tourmenteurs étaient des corsaires au service de leur pays exactement comme Forbin, Bart ou Surcouf, pour ne citer que les plus célèbres, étaient au service de leur gouvernement. Pourquoi les uns seraient “des barbaresques ayant fâché Dieu” en défendant leurs intérêts et pas les gangsters des mers qui étaient au service des monarchies Européennes et pratiquaient la course le plus légalement du monde ? Le bagne de Toulon a surtout servi pour les musulmans capturés par les corsaires français et l’Ile Marguerite a servi jusqu’à la conquête de l’Algérie. Cela n’empêchait pas la France d’être toujours considérée comme la fille aînée de l’Eglise et Louis XIV et ses successeurs d’être oints par le Seigneur! Le deux poids et deux mesures est hélas aussi admis par les musulmans qui ont la haine de soi et avalent sans broncher la version dénaturée de l’histoire. Mais peut-être qu’ils ne sont musulmans que de nom !

  2. Article remarquable mais qui nous laisse sur notre faim. J’ai vainement cherché la position de son auteur qui finalement reste neutre et fait oeuvre d’historien qui nous rapporte les faits, gestes et théories et interprétations des uns et des autres mais sans plus.

    Il y a aussi une chose qui manque dans son discours , c’est le pourquoi de toutes les agressions que subissent partout dans le monde les musulmans . Il est injuste de mettre sur le dos de ces mêmes musulmans la responsabilité de ce qui leur arrive et faux de dire qu’ils considéraient ou considèrent, l’altérité comme un casus belli . Ce sont les croisades menées par ces ” autres” qui sont les manifestations d’un casus belli contre l’Islam comme voulant s’imposer au reste de la planète et ce sont ces autres qui s’invitent chez les musulmans avec leurs armées dans toutes nos contrées . Il y eut les croisades chrétiennes du moyen -âge européen puis l’actuelle croisade évangélisto-sioniste qui justifient les agressions contre les musulmans par la prétendue volonté de ces derniers de vouloir imposer la chariaa. heureusement , Dieu qui voit tout, a envoyé un prince Wahabite qui a fini par cracher le morceau : “Ce sont nos amis et alliés de l’Occident qui nous ont demandé de répandre la prédication islamiste dans le monde “. Il n’y avait donc aucune demande de la part des musulmans mais une volonté malfaisante de nous imposer un ordre concocté dans des officines étrangères à la tradition musulmane ( déclaration de Tex Tillerson) pour faire de nous des envahisseurs contre toute logique. Ce n’est donc pas un hasard si des écoles de “la pensée islamique” réinventée, se sont répandues en Amérique , pays du contrôle de l’opinion et de la CIA. Quant au prince wahabite et sa famille pléthorique, ils sont ce que l’auteur de l’article désigne pudiquement sous le terme discret de “Bailleurs de fonds ” de Monsieur Habib Affes et certainement des Qardaoui et autres prédicateurs. Nous les musulmans lambda nous continueront à vivre selon la tradition qui nous a été inculquée par nos parents et nous laisserons tous ces penseurs échafauder leurs théories savantes. Nous savons comment être heureux dans notre croyance en relation directe avec notre Dieu ‘azza wa Djal sans aucun intermédiaire ni dispensateur de haine de nous-mêmes et des autres.

    • En terme de fait rapporté vous semblez nier – ou oublier? – ceux, pour les plus important et proche en date, de la destruction du khilafat par les musulmans eux même par appât du gain en s’associant à leurs ennemi pour les uns, et abandon par fatalisme pour les autres.
      L’islam nous apprend que la communauté musulmane forme un tout et c’est ce tout ne fonctionnant plus, par ce que ses membres n’ont plus voulu le faire fonctionné, que les musulmans ont ouvert la brèche à se faire battre du bâton qu’ils ont tendus jusqu’à aujourd’hui.
      Les musulmans depuis le 20e siècle ont un gros problème avec dieu qui les a pourtant prévenu qu’il pouvait donner l’ascendance à un autre peuple sur eux s’il ne le satisfaisaient plus. Ce sont les musulmans qui se sont mis dans leur situation même si ce n’est pas en cherchant eux même la guerre mais par leur conduite et leur manquement vis à vis d’eux même. Dieu nous dit encore que lorsque nous commettons méfaits ce n’est que pour nous même, et ce n’est pas en faisant correctement les choses que nous aurions subi ce triste destin qu’est que nous connaissons encore jusqu’à aujourd’hui.

  3. Vaut mieux prévenir que guérir, c’est le message de l’Islam.

    De nos jours, être en avance par rapport à l’événement est une qualité.

    Laisser le temps au temps est un mensonge.

  4. Bonsoir, vu le nombre de Suicide, de Divorce de solitude, des personnes euthanasie, des maladies etc…je dirais que l’islam serait une solution encourageante! Certains être humains sont décrits par notre dieu comme étant des êtres mécréants comment faire avec eux???!. même si l’islam leurs garantie la paix car c’est un choix qu’ils ont fait en croyant au diable né du feu et l’amour de la “petite vie” les rends aveugle perdant ainsi le paradis pour toujours.

  5. La religion révélée a pour objet d’assurer l’équilibre mental de l’être humain pour qu’il soit fécond et au service de la création et des créatures, ce qui lui garantit la paix et le paradis. L’islam constitue donc la base éthique pour un développement social et il peut donc aider à donner naissance non pas seulement à une morale individuelle mais aussi à des idéologies sociales et politiques correspondant à cette aspiration à la créativité, qui ne peut s’exercer sans émulation et donc sans diversité. L’islam est donc “la” solution …parmi d’autres, et à condition que cela puisse se faire dans le cadre d’un libre examen. C’est là où il faut se rappeler qu’il y a plusieurs lectures a priori possibles et donc légitimes du Coran, allant entre autre d’un Erdogan à un Ihsan Eliacik, de Muhammad Iqbal à Ibn Taymiya, du soufisme au littéralisme, des écoles toujours existantes ou pas sunnites aux écoles chiites ou ibadites, etc. Sans oublier que la lecture des textes dépend de sa propre approche qui dépend toujours de son propre contexte. Comme le résumait Thomas Sankara “on ne lit pas la Bible ou le Coran de la même façon si on est riche ou si on est pauvre”. Evidence indépassable que Allah a démontré et enseigné au cours de l’histoire de toutes les religions ! …Le Coran constitue un message dynamique chargé d’assurer la progression de l’humanité et de sa créativité, et non un message statique figé dans le marbre comme un tombeau d’idolâtres. Il peut donc y avoir plusieurs idéologies toutes légitimes et se surpassant dans le meilleur et se basant en totalité ou en partie sur le message coranique. Une fois cela admis, effectivement, on peut tout chercher et en finale tout trouver dans le Coran car c’est un guide et le résumé, la miséricorde, envoyée par Dieu aux humains. Le fondement de l’islam, ce sont trois choses, le dévouement à Allah et donc l’acceptation du Tawhid, le refus des idoles et de toute déification des créatures ou des choses, le refus de l’accumulation au dépens des créatures divines (ribah). A partir de cela “que cent écoles rivalisent, que cent fleurs fleurissent” et traitent de tous les sujets qui touchent la vie et les êtres humains.

    • Magnifique plaidoyer pour un islam libertaire – pour ne pas dire anarchiste – ou la porte s’ouvre à toute les fenêtres et aux courant d’air.
      Puisqu’on peut obtenir tout les résultats possible avec l’islam, autant laisser chacun continuer de regarder le monde avec ses oeillères…
      Vive la liberté, et vive la liberté.

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