in

L’islam en lutte contre la drogue et autres stupéfiants

« Certes, Nous avons honoré les fils d’Adam.  Nous les transportons sur terre et sur mer et Nous leur donnons de bonnes choses comme nourriture.   Nous les avons nettement préférés à plusieurs de Nos créatures. » (Coran 17:70)

Ce 26 juin 2018 a été célébrée la Journée mondiale de lutte contre la drogue. Tout le monde sait que ce fléau constitue l’un des problèmes majeurs de santé publique de nos jours, mais pas seulement. La production et la consommation de drogue peut ruiner la santé des concernés aussi bien physique que mentale mais aussi disloquer des familles, des communautés, des pays, voire provoquer des conflits entre Etats. Les conclusions du rapport mondial sur les drogues montrent que « les marchés de la drogue se développent, la production de cocaïne et d’opium ayant atteint des records absolus, cela présentent de multiples défis sur plusieurs fronts » (Directeur exécutif de l’ONUDC, Yury Fedotov.)[1]

Dans les lignes qui suivent, le but est de donner un aperçu de ce que les enseignements de l’islam proposent dans la lutte contre la drogue et autres stupéfiants.

Nous avons déjà dit dans d’autres écrits que le Califat authentique consiste pour l’humanité à sauvegarder l’harmonie et la vie et pas le contraire, comme l’ont dit les anges en réponse à la décision de Dieu d’installer Adam et sa postérité sur terre : « Ne risques-Tu pas d’installer sur terre qui va y semer le désordre et verser le sang ? » Cette mission singulière de l’être humain à travers l’institution du Califat découle du Dépôt sacré « al amâna » que ce dernier a accepté.

Ce Dépôt renvoie, nous disent les commentateurs du Coran, à l’ensemble des devoirs cultuels ou non que l’humanité se doit d’honorer. Dans ce cadre, il n’est pas difficile de comprendre que la production, la distribution et la consommation de drogue et autres stupéfiants soient en contradiction avec le statut et les missions de Calife, ainsi que l’observance du Dépôt sacré.

En effet, ce statut et ce Dépôt supposent l’existence du libre arbitre qui se traduit en liberté de bien ou mal agir et il se trouve que la consommation de drogue agit en tant que facteur de perte ou d’affaiblissement du libre arbitre. Ce faisant, le/la concernée n’est plus en mesure de faire des choix de vie en toute lucidité. Pire, la perte de contrôle de soi induite par la drogue peut mener à des attitudes et comportements tout à fait irresponsables et dangereux pour la personne elle-même et pour autrui. Plus la personne est sous le joug de la drogue et plus elle devient le jouet de ses mauvais penchants qui la maintiennent dans un cercle vicieux du consommer sans fin. Elle en redemande, jusqu’à épuiser son corps et son esprit, s’installant ainsi dans l’addiction et la dépendance. Alors, la peur et/ou l’état de manque peut conduire à toutes sortes de comportements asociaux.

Car là où passe la drogue, trépasse la responsabilité, l’estime de soi et l’espérance. Lorsque le Coran finit par interdire « al khamr », ce qui enivre, il le considère comme un obstacle à l’accomplissement correct de la prière, une substance à laquelle Satan pousse l’humain pour lui faire perdre sa dignité, une source de confit interpersonnel :

« Ô vous qui avez cru ! Le vin, le jeu de hasard, les pierres dressées, les flèches de divination ne sont qu’une abomination œuvre du diable, écartez-vous en afin de compter parmi les bienheureux » (Coran 5 : 90)

Il faut noter que le terme « Khamr », qui est traduit ici par vin, est le produit enivrant que les arabes consommaient à profusion au temps de la révélation du Coran. C’est ainsi que le deuxième Calife, Umar ibnul Kahttab, dira dans un de ses sermons : « cela étant, ô gens, quand la consommation du vin fut interdite, cette boisson était fabriquée à partir de cinq matières : la vigne, la datte, le miel, le blé et l’orge » (Bukhari et Muslim). Cette compréhension du terme « Khamr » est confortée par le hadith : « Tout ce qui enivre est khamr ».

C’est par le procédé du qiyâs (analogie), tel que les jurisconsultes savent le pratiquer, que tout ce qui est assimilable au vin est considéré comme « khamr » interdit par la Charia. Il revient aux jurisconsultes de bien identifier les substances, qu’elles soient à l’état solide, liquide ou fluide, avec l’aide des experts du domaine pour mettre sur la liste « assimilable au khamr » tout ce qui mérite d’y figurer à l’attention des musulmans. A ce sujet, les jurisconsultes musulmans se doivent de prêter attention aux caractéristiques de produits inconnus de leurs prédécesseurs et qui ont des incidences comparables au vin et à la drogue.

Dans ce cadre, il est utile de mentionner ce que dit le dernier rapport de l’ONUDC sur la drogue : « Des drogues telles que l’héroïne et la cocaïne, disponibles depuis longtemps, coexistent de plus en plus avec de nouvelles substances psychoactives (NPS) et avec des médicaments délivrés sur ordonnance. Un flot croissant de préparations pharmaceutiques d’origine imprécise, destinées à un usage non médical, ainsi que la polytoxicomanie et le trafic de plusieurs drogues, complexifient, de plus, grandement le problème » Voir lien susmentionné.

Une autre justification de la nécessité de bien connaître les autres et nouveaux produits pouvant être considérés comme « khamr » réside dans ce hadith : « Abu Musa a dit : ‘Le Prophète (saws) nous envoya, Mu’adh et moi-même, au Yémen, je lui dis alors : on fabrique chez nous une boisson à base d’orge appelée Mizar et une autre à base de miel appelée Shaa.’ Il (le Prophète) dit : « Tout ce qui entraîne l’ivresse est interdit de consommation »

Toujours à la lumière du Droit islamique, on se rend compte que la consommation de la drogue et d’autres stupéfiants impacte négativement sur l’ensemble des finalités classiques que la Charia veut sauvegarder : la vie, la raison, la foi, la filiation, la dignité et les biens.

En effet, la drogue et autres substances y assimilables constituent une entorse à la vie (peu de respect de la vie, tendance suicidaire, menace sur la vie d’autrui), à l’exercice de son libre arbitre (perte de contrôle de soi et de discernement), aux exigences de la foi (basculement dans diverses formes de transgression des prescriptions et incapacité à accomplir les commandements), au respect de l’interdit de la fornication, au respect de l’intégrité morale de l’individu, et de ses biens.

La drogue et les stupéfiants y assimilables constituent de nos jours une menace mondiale pour tous les humains et tout l’humain. D’où, il vient que les pays musulmans doivent s’engager et collaborer avec toutes les institutions internationales crédibles et fiables pour lutter de façon efficace contre ce fléau.

A l’échelle des pays, il revient aux autorités de prendre toutes les mesures idoines et de mobiliser tous les moyens appropriés aux fins de prévenir, protéger, et aider les personnes prises au piège de la drogue à s’en affranchir : sensibilisation et information des populations, lois pertinentes, formation d’un personnel compétent, surveillance des frontières, structures de détoxication et thérapie curative, ressources financières conséquentes, etc.

C’est une prérogative qui relève de la responsabilité des pouvoirs publics pour laquelle ils doivent rendre compte à leurs populations, en attendant de le faire devant Dieu : « Dieu vous commande de restituer les dépôts aux ayants-droits ».

Mais, en plus de ce que les pouvoirs publics doivent faire, tout le monde est concerné et doit s’impliquer : « Chacun de vous est un berger et tout un chacun sera interrogé sur ce qu’il aura fait de ce qui était confié à sa garde ». Dans ce cadre, les parents sont les premiers responsables de leurs enfants et autres membres de la maisonnée. Ils se doivent de communiquer avec les enfants à ce sujet, faire attention à des changements de comportements inquiétants, à leurs fréquentations, à leur utilisation des réseaux sociaux etc. En plus de l’action des parents, toutes les institutions qui accueillent les jeunes doivent jouer leur partition dans la lutte contre ce fléau (écoles, armée, etc.). Les autres acteurs clés de la lutte contre ce fléau sont les personnels des médias, le corps médical, les enseignants, les leaders d’opinion, les autorités religieuses et coutumières, les associations de jeunes et de femmes, les organisations de la société civile, les syndicats, etc.

Pour finir, c’est ce qui fait et distingue l’humain du reste du monde animal qui est menacé par la drogue et les substances y assimilables, à savoir, son libre arbitre et sa capacité de discernement. En toute cohérence avec son affirmation de la dignité humaine intrinsèque, l’islam et les musulmans sont très sensibles à cette cause authentiquement humaniste qui consiste à prévenir ce fléau, protéger le monde de ses ravages, à travers une lutte conséquente contre les producteurs et trafiquants, et aider les victimes à se relever dignement :

           « Ne courez pas à la ruine par vos propres mains » (Coran 2 : 195) :

          « Et ne vous tuez pas vous-mêmes car Allah est pour vous Tout Miséricordieux »  (Coran 4 : 29)  

 

 

[1]https://www.unodc.org/unodc/fr/frontpage/2018/June/world-drug-report-2018_-opioid-crisis–prescription-drug-abuse-expands-cocaine-and-opium-hit-record-highs.html

6 commentaires

Laissez un commentaire
  1. Content de voir que l’islam va se pencher enfin sur le problème de la drogue en France, qui fait vivre de nombreuses familles de banlieues.
    Pourquoi ne pas recommander un arrachage des plantations de haschich dans le rif marocain ?

    Et pourquoi ne pas appliquer quelques châtiments bien inspirés de la Charia à l’égard des petits dealeurs qui nous pourrissent la vie ? Un peu de fouet…

    Je plaisante bien sûr, mais je serai censuré.

    • Il y a un proverbe en Algérie qui dit, ce que l’homme pense vraiment, le dit toujours quand il plaisante.

      Quand l’homme s’énerve, il n’est pas vraiment lui et ce qu’il dit, n’est pas forcement ce qu’il pense vraiment.

  2. Ce n’est pas l’Islam qui lutte, ceux sont les pays dits musulmans.
    C’est pourtant facile pour ne pas se tromper, la drogue et le marché du sexe font boire et manger beaucoup de gens, un grand marché, pour ne pas dire le premier.

    La question : pourquoi on se drogue ?
    La réponse est plus psychologique que médicale.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Assoiffer les populations innocentes : La guerre par d’autres moyens

BDS : Europcar se retire des colonies juives de Cisjordanie occupée