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Les jeunes français musulmans, de jeunes fidèles très fidèles à l’islam

Au cœur d’un Hexagone gagné par une déspiritualisation qui a conduit à la désaffection progressive des églises au profit d’un sanctuaire ultra laïc avec ses multiples idoles, la piété musulmane en pleine cure de jouvence fait dire aux plus alarmistes de nos Cassandre que l’islam est incompatible avec la République.

Ce leitmotiv de sinistre augure, dont on nous rebat constamment les oreilles, ignore les études qui font entendre un autre son de cloche, à l’instar de celle menée en 2006 par le Pew Research Center établissant que  « 72%  des Français musulmans ne ressentent pas un conflit naturel entre le fait de pratiquer l'islam et le fait de vivre dans une société moderne". Mais les 28% restants font prédire le pire aux prophètes de malheur…

Dans un climat où la déraison politico-médiatique l’emporte en criant à la démocratie en danger, sous les assauts d’un communautarisme systématiquement associé à l’islam, l’approche du sociologue Hugues Lagrange a le mérite de brosser un tableau dépassionné de l’islam de France, assorti de recommandations sur les politiques volontaristes à mettre en œuvre.

Directeur de recherche au CNRS, Hugues Lagrange a réalisé une grande étude croisée, qui sera officiellement publiée en 2013, mêlant les enquêtes de l'Institut national des études démographiques, "Trajectoires et origines" et "Mobilité géographique et insertion sociale", de l'Institut des sciences sociales du politique, du WVS (World Values Survey), du Centre de recherches politiques de Sciences Po et du ministère de l'intérieur, et dont le Monde a livré en primeur les premiers résultats.

Selon cette analyse, l'"affirmation musulmane" se généralise chez les Français de 18-25 ans issus de l'immigration du Maghreb, du Sahel et de Turquie, 90% d’entre eux respectant les prescriptions alimentaires et le ramadan. L’assiduité à la prière atteint 30 % chez les 21-25 ans alors qu'elle est inférieure à 20 % pour les plus de 40 ans. Quant à "l'importance accordée à l'éducation religieuse", comme au mariage religieux, elle augmente chez les 21-25 ans, plus encore chez ceux nés ou arrivés jeunes en France.

Hugues Lagrange résume cette tendance ainsi : "La résurgence des pratiques cultuelles et la religiosité augmentent chez les immigrés venus en France avant l'âge de 16 ans et chez les Français descendants d'immigrés, mais pas chez les immigrés arrivés à l'âge adulte."

Cette réalité confirme "l'analyse classique", souligne-t-il, selon laquelle il existe une corrélation entre inégalité, échec scolaire, chômage durable, ségrégation et l'importance accordée à la religion. Les facteurs culturels et interculturels ne sont toutefois pas à minorer pour éclairer ce regain de religiosité chez les jeunes descendants d’immigrés, souvent français, se démarquant ainsi des immigrés plus âgés et précarisés. Le fait que "le sentiment de relégation sociale" soit très sensible chez les secondes générations les éloigne de la culture européenne, commente Hugues Lagrange.

Entremêlant culture et données sociales, il analyse ce phénomène en ces termes : "La religiosité est un élément de construction identitaire satisfaisante autant qu'une consolation. Cela suggère de ne pas se focaliser sur les seules perspectives de l'intégration et de l'assimilation et d'envisager les attitudes religieuses des immigrés et descendants d'immigrés comme des constructions culturelles, à la fois morales et politiques, éventuellement oppositionnelles."

Hugues Lagrange conclut son enquête non sans avoir recommandé l’application de politiques d’intégration adaptées, privilégiant notamment la scolarisation précoce des enfants sahéliens et conférant plus de pouvoir aux mères, via le microcrédit, économie solidaire, allocations indirectes. Essentielle à ses yeux, la mixité sociale est un effort à poursuivre et à amplifier, tout en incitant fiscalement les entreprises à s'installer en banlieue et les collectivités territoriales à investir dans les associations culturelles et sportives.

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