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Le nombre de femmes condamnées à mort au Moyen-Orient n’a pas grand-chose à voir avec la justice

 

HRW s’appuie sur des entretiens réalisés avec des femmes et des filles, sunnites et chiites, en prison ; avec leurs familles et leurs avocats ; et avec des prestataires de services médicaux dans les prisons, alors que le pays connait une escalade de violences dans lesquelles sont impliqués les forces de sécurité et divers groupes armés.

Ces jeunes femmes devraient être inscrites dans un martyrologe.

L’exécution de femmes provoque une répulsion particulière chez les Occidentaux, en particulier – soyons honnêtes – quand elles sont décapitées, pendues ou fusillées dans le monde musulman. Notre répulsion à l’égard de l’acte de tuer une femme est donc en corrélation directe avec notre conviction fondamentale que l’Islam traite les femmes non seulement comme des citoyens de seconde zone, comme des esclaves, des marchandises, prix de « l’honneur » bon à sacrifier si cette « dignité » est seulement présumée entachée, ou comme victime sacrificielles pour les crimes de leurs parents mâles. Il y a souvent une part de sadisme masculin.

A quoi pensent les maîtres bourreaux d’Arabie saoudite quand ils tranchent la tête d’une femme sur une place publique ? Et que pense le bourreau fonctionnaire d’État iranien qui entendait Delara Darabi, 23 ans, appeler sa mère à l’aide dans son téléphone portable : « Oh maman, je vois le nœud coulant du bourreau juste devant moi. Ils vont m’exécuter. Sauve-moi s’il te plaît ! » ? Lequel exécuteur, quand la fille fut pendue, ricanait en parlant à la mère dans ce même téléphone que plus rien ne pouvait sauver sa fille maintenant .

Le « crime » de Delara Darabi était d’avoir avoué avoir tué le cousin de son père apparemment pour sauver la vie de son petit ami, qui aurait lui-même commis le meurtre et qui aurait certainement été pendu pour ce crime. Mais sa famille avait déjà obtenu un report de deux mois pour l’exécution. Elle était une artiste accomplie, un ange pour ses compagnons de prison. Quand j’ai questionné le Président Mahmoud Ahmadinejad sur son exécution, il répondit piteusement qu’il était contre la peine capitale mais que la justice iranienne était « indépendante » du gouvernement. « Je ne tuerais même pas une fourmi » me dit-il.

A présent les autorités irakiennes, qui exécutent les prisonniers masculins par dizaines – pour « terrorisme » bien sûr – se sont mis à torturer, violer et quelquefois exécuter certaines des milliers de femmes illégalement détenues dans leurs geôles. Human Rights Watch – que son nom soit loué – vient de révéler comment une prisonnière est arrivée à son rendez-vous avec les délégués de HRW sur des béquilles. Elle dit avoir enduré pendant neuf jours des passages à tabac et des chocs électriques qui l’ont laissée handicapée pour la vie. Son nez fendu, les blessures sur son dos et les brûlures sur sa poitrine correspondaient, dit l’organisation, avec les abus qu’elle alléguait. Leur rapport présentait ensuite le paragraphe qui tue – littéralement : « Elle a été exécutée en septembre 2013, sept mois après que HRW l’eut interrogée, malgré les verdicts d’un tribunal qui avaient annulé les inculpations contre elle … »

La plupart des 4.200 femmes détenues par le gouvernement à majorité chiite de l’Irak sont – devinez ! – sunnites. Les autorités sont très conscientes de l’empire terrible qu’elles détiennent sur leurs familles, impliquées ou non dans des attaques armées contre le gouvernement ou ses sympathisants. Arrêter les femmes est une forme de châtiment collectif pour leurs hommes. Elles sont obligées de signer des feuilles de papier vierges sur lesquelles leurs crimes seront ajoutés plus tard. Nouri al-Maliki, le premier Ministre irakien, avait promis l’an dernier de libérer les prisonnières qui avaient des documents de relaxe judiciaire. Mais rien n’a changé.

Je mentionne seulement en passant la pratique dangereuse, infamante et malsaine du « crime d’honneur » sur des femmes, qui s’avère un cancer durable et incurable dans le monde musulman. Au fil des ans, j’ai amassé toute une archive de meurtres de femmes – presque toujours de la main des hommes – qui ne laisse pas subsister le moindre doute sur le fait que gouvernements, responsables officiels, société et familles acceptent, souvent avec des condamnations hypocrites, tous ces crimes contre l’humanité. Du reste mes propres enquêtes en Jordanie – je tiens à ajouter ce correctif – suggèrent que par habitant, les femmes chrétiennes y sont plus souvent victimes de meurtres « d’honneur » que les femmes musulmanes.

Mais ces jeunes femmes qui ont été décapitées, noyées ou poignardées à mort par milliers dans la région du Proche-Orient – pour avoir épousé l’homme qu’il ne fallait pas, ou pour l’avoir aimé, ou pour avoir été violée par lui, ou pour avoir été la victime de fausses accusations d’adultère – devraient être inscrites, au moins dans l’au-delà, sur des sortes de martyrologes.

Les femmes incarcérées d’Irak, dois-je ajouter, ont été accusées d’avoir perdu leur « honneur » après avoir été torturées en prison. A Abou Ghraïb il y a 10 ans, des prisonnières irakiennes ont demandé à être tuées parce qu’elles avaient été violées par des Américains. Al Qaïda demande sans arrêt la libération de prisonnières. Les Irakiens qui avaient enlevé l’otage britannique Ken Bigley avaient demandé la libération de femmes prisonnières en échange de sa vie. Nous l’avons bien oublié, n’est-ce pas ?

Dans les Etats du Golfe, des immigrantes – généralement des Philippines – ont également été fusillées et décapitées pour le meurtre d’hommes et de femmes saoudiens qui, selon leur témoignage, les avaient brutalement maltraitées et dans certains cas avaient tenté de les violer. Presque toutes ont eu des procès inéquitables.

L’Arabie saoudite a exécuté 40 femmes entre 1990 et 2010.

Dans la ville iranienne de Neka, Atefah Rajabi Sahaaleh, qui n’avait que 16 ans d’après son certificat de naissance, a été accusée en 2004 d’avoir eu des relations sexuelles avec son amant marié. Elle a dit à un membre de sa famille qu’elle avait été violée de manière répétée par cet homme de 51 ans. Le juge a été pris de fureur devant l’éloquence de son auto-défense et il aurait personnellement placé la corde autour de son cou, avant de regarder les affres de son agonie tandis qu’elle était hissée en l’air par une grue hydraulique montée sur un camion.

Il y a bien sûr un argument qui dérange. Si nous sommes scandalisés par ce traitement infamant des femmes, cela voudrait-il dire que nous sommes moins indignés quand des hommes sont torturés et exécutés ?

Pour le moment, nous exprimons notre dégoût particulier devant le sort honteux qui est celui de femmes soumises à un bourreau et à un exécuteur ; suggérons-nous que le meurtre légal des hommes est moins inique ? Ce n’est pas exact. Si les femmes sont plus vulnérables – et elles le sont sans aucun doute au Proche-Orient – alors leur besoin de protection est d’autant plus grand. Mais là on touche à la seule chose que nous, Occidentaux, n’apportons jamais au Moyen-Orient quand nous promettons la liberté et la « démocratie » pour tous : la justice et la compassion. 

Le cortège des blessés fantômes

Une histoire à faire précéder d’un avertissement. – L’autre jour je feuilletais les papiers de mon papa pour une interview radio sur son rôle mineur comme soldat de la Première Guerre Mondiale dans la Somme en 1918. J’y ai trouvé une brochure pour Preston Hall Colony près de Maidstone dans le Kent. Bill Fisk collectait de l’argent pour ce centre de traitement accueillant d’anciens soldats atteints de maladies pulmonaires graves, tuberculose et gaz moutarde inhalé dans les tranchées du front occidental. Jusqu’à la fin des années ’50 ces vieux soldats ont vécu, toussé, dormi et sont morts sur des vérandas de bois à l’extérieur de leur cottage.

Je me rappelle, un jour j’ai accompagné mon père à l’une de ses visites à Preston Hall où les médecins voulaient lui expliquer les effets ultérieurs du gaz. Sur une table au centre de la pièce se trouvaient des sortes de sacs plastique bruns dégonflés. « Vous n’êtes pas des âmes sensibles … ? » a demandé un des docteurs. Mon père a soudain levé la main et dit : « Nous ne voulons pas voir ça » et j’ai été poussé vers la porte. Il n’avait pas besoin qu’on lui montre les poumons des dernières victimes du front occidental. Aujourd’hui, il aurait exactement 122 ans – heureux oserai-je dire, de rater les célébrations du centenaire.

The Independant – Vous pouvez consulter cet article à : 
http://www.independent.co.uk/voices…
Traduction : Info-Palestine.eu – AMM

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