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Le maire de Rotterdam, marocain d’origine, appelle les musulmans “opposés aux libertés” à “foutre le camp”

Il n’aura pas fallu attendre longtemps avant que la politique politicienne reprenne ses droits, que ses ténors alternent entre sympathie pétrie de condescendance et sommations autoritaires à l’adresse des Français de confession musulmane, que les éditocrates du parisianisme s’érigent en directeurs de conscience méprisants ou en censeurs intraitables, bref avant que les langues se délient après une semaine où les minutes de silence ont résonné avec une exceptionnelle gravité dans tout le pays.

S’il y a fort à parier que cette libération de la parole paternaliste ou franchement raciste n’a pas fini de raviver des préjugés délétères à l’approche des cantonales (comme s’ils n’étaient pas déjà suffisamment ancrés dans les esprits…), il faut toutefois espérer qu’elle ne soit pas désinhibée au point d’aboutir au dérapage langagier ignominieux qui a fusé de la bouche du maire de Rotterdam, Ahmed Aboutaleb, ce néerlandais d’origine marocaine devenu édile, et pas encore roi… 

"Si vous  (les musulmans qui ont un problème avec les libertés ) n'aimez pas la liberté, par pitié, faites vos valises et partez. Si ça ne vous plaît pas que des humoristes fassent un journal –est-ce que je peux dire cela ici–, alors Foutez le camp!", a éructé avec une vulgarité inouïe, quelques heures après l’attentat contre Charlie Hebdo, celui qui doit se rêver en seigneur féodal ayant droit de vie ou de mort sur ses vassaux musulmans, se targuant de se démarquer par son verbe haut et fleuri, mais aussi de ne pas faire dans la dentelle dès que l'immigration et la communauté musulmane sont sur la sellette.

Avec un tel gage de loyauté donné aux Pays-Bas, le fils d’immigrés, arrivé à 15 ans sur la terre des tulipes, devenue depuis le terreau de la haine avec la percée fulgurante du leader de l’extrême droite, l’islamophobe notoire Geert Wilders, ne pouvait qu’être promis aux plus hautes destinées…

Le plus sidérant est que ce coup de semonce indigne, aisément traduisible dans la langue de Shakespeare par un très grossier ("F**k off"!), n’a pas heurté les oreilles de son homologue de Londres, le maire Boris Johnson, bien au contraire ! Ce dernier, loin de s’offusquer de ce niveau zéro de la politique de caniveau, a poussé l’absurde jusqu’à saluer la "voix des Lumières et de Voltaire" s'exprimant à travers Ahmed Aboutaleb, avant de s'exclamer : "Pour toucher ces jeunes, voici le genre de voix qu'il nous faut. Par dessus tout, ils doivent entendre une voix musulmane."

Outre l’inculture crasse que cet enthousiasme grandiloquent révèle, c’est faire injure à Voltaire, l’artiste de la satire mordante, que d’oser comparer ses envolées inimitables et ses "quelques vérités fines qui échappent au vulgaire", comme il se plaisait à l'écrire, au langage de charretier du premier magistrat de Rotterdam.

 

 

 

 

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