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Le jihad britannique des sexes

Il y a beaucoup de raisons d’être sombre si vous êtes musulman et résidez en Grande-Bretagne aujourd’hui. Tout d’abord, un sondage réalisé par l’Institut YouGov en 2010 a révélé qu’une écrasante majorité des personnes interrogées associent l’islam à l’extrémisme et à la répression des femmes. En outre, un grand nombre de musulmans pensent que la Grande-Bretagne devient de plus en plus islamophobe.

Toutefois, certains seront peut-être étonnés d’apprendre que malgré les sentiments de frustration et de peur que connaissent les musulmans britanniques, un changement de génération s’est opéré au cours des dix dernières années. La communauté musulmane est en effet passée de l’état d’isolement à l’état d’introspection, prête à relever les défis. C’est l’évolution naturelle d’une génération de musulmans britanniques curieux, créatifs, responsabilisés et qui s’expriment clairement. Au premier plan de cette communauté transformée, il y a les femmes, force agissante de ce changement.

Prenons Tahmina Saleem et Sara Khan par exemple, qui ont créé en 2009 Inspire, une organisation visant à donner du pouvoir aux musulmanes britanniques. Après avoir assisté à plusieurs ’’crimes culturels’’ commis à l’encontre des femmes, Sara et Tahmina ont décidé de rétablir l’équilibre et de lancer un débat. Dans cette optique, elles se sont élevées contre le patriarcat, elles ont récusé les extrémistes musulmans et ont jeté le gant contre les militants d’extrême droite. Dans le cadre de leur lutte visant à restaurer l’égalité des sexes dans le discours islamique moderne ou ce qui pourrait être décrit comme le ’’jihad des sexes ’’, elles préparent une conférence intitulée ’’Parler au nom de Dieu : réexaminer les différences entre les sexes dans l’islam’’ à l’intention des responsables politiques, des organisations populaires et des médias qui se tiendra le mois prochain à Londres.

Samina Rehman, originaire de Nottingham, est un auteur prolifique et la directrice de Mona Media, une compagnie innovante de cinéma et de théâtre qui se spécialise dans les fictions centrées sur un sujet précis, les ateliers et les projets artistiques participatifs. Samina a écrit et produit des pièces de théâtre et des films qui abordent tout un éventail de questions – de l’identité biculturelle et de l’intolérance culturelle à la consommation de stupéfiants et aux comportements qui conduisent les jeunes musulmans à l’isolement social.

Leurs passions découlent de leur religion qui fait ouvertement partie de leur identité britannique. Tahmina, Sara et Samina ne sont pas les seules à avoir ce sens aigu d’appartenance à leur pays ; la plupart de leurs concitoyens musulmans britanniques l’ont aussi. Du reste, un sondage Gallup réalisé en 2009 a révélé que 77% des musulmans britanniques s’identifiaient ’’très fortement’’ ou ’’extrêmement fortement’’ à la Grande-Bretagne, pourcentage plus élevé que la population britannique dans son ensemble (50%).

Il n’est donc pas surprenant qu’un groupe de jeunes musulmans dynamiques soit derrière l’originale campagne publicitaire intitulée ’’Inspiré par Mahomet’’ et menée auprès du public dans le but de combattre les idées fausses sur l’islam et d’expliquer la manière dont le prophète Mahomet a conduit les musulmans à prendre une part active dans la société. Un message semblable a été formulé par la baronne Sayeeda Warsi – première femme musulmane à servir en tant que ministre au Royaume-Uni et co-présidente du Parti conservateur – qui a déclaré avec fierté : ’’En tant que musulmane de nationalité britannique, je pense que ma religion fait de moi une meilleure personne.’’

Cette toute nouvelle confiance en eux, les musulmans la doivent paradoxalement aux sombres événements qui ont tourmenté la communauté musulmane. Remona Aly, directrice de campagne pour la Fondation Explorer l’Islam qui lutte, à l’aide de moyens originaux, contre les stéréotypes portant préjudice à l’islam, explique que ’’depuis les dramatiques événements du 11 septembre 2001 et du 7 juillet 2005, les musulmans n’ont jamais autant ressenti le besoin de se faire entendre – de s’exprimer par eux-mêmes au lieu que d’autres le fassent à leur place, d’être proactifs plutôt que réactifs. C’est ainsi qu’est apparu un plus grand besoin d’assurance et, de fait, un plus grand sentiment d’assurance.’’

Il apparaît que cette génération de Britanniques musulmans ne veut pas être getthoïsée ni demeurer en marge de la société en réclamant des privilèges particuliers. Ces Britanniques musulmans souhaitent en revanche être traités équitablement. Ils veulent que l’on apprécie leur participation, que leur engagement envers ce pays soit reconnu et, plus que tout, ils veulent être traités d’égal à égal.

Comme le célèbre poète soufi du XIIIe siècle Maulana Jalalluddin Rumi le préconisait, “Ne vous contentez pas des histoires de ceux qui vous ont précédé. Allez de l’avant et construisez votre propre histoire.” Il est clair que cette nouvelle génération d’activistes, de dirigeants, d’artistes et de penseurs musulmans se considère comme partie prenante dans l’avenir de la Grande-Bretagne. Ces individus sont motivés, confiants et capables de se tracer leur propre chemin, d’écrire leurs propres succès et de surmonter les défis qu’ils rencontrent.

En partenariat avec le CGNews

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