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Une Saoudienne en prison pour avoir plaidé la cause des femmes au volant

Au royaume de l’obscurantisme religieux, il ne fait pas bon avoir l’âme partisane lorsque l’on appartient au sexe faible, surtout quand on s’attelle à desserrer un carcan d’interdits qui emprisonne la gent féminine.

Une femme au volant ? Inconcevable en Arabie Saoudite, qui ne badine pas avec une liberté de se mouvoir inaccessible aux femmes, à l’instar de Manal al-Charif, une amazone Saoudienne de 32 ans, purement et simplement interpellée pour avoir « incité les femmes à conduire » en postant une vidéo d’elle au volant sur Youtube.

Consultante en sécurité informatique, la conductrice aventureuse par qui le scandale est arrivé se heurte à un dialogue de sourds, arguant d’un « acte militant » alors que les autorités drapées dans leur indignation y voient une provocation hautement répréhensible, méritant la détention pour « une période de cinq jours pour les besoins de l’enquête », comme l’a indiqué son avocat.

Arrêtée à l’aube à son domicile, la jeune femme paye le prix fort d’une campagne de mobilisation très dérangeante, car démystifiant le discours officiel qui prive la femme d’une liberté individuelle fondamentale. « Aucune loi en islam n’interdit aux femmes de conduire » explique-t-elle dans son clip, tout en soulignant que cette interdiction est uniquement due à des facteurs sociaux dans le royaume ultraconservateur. Elle raconte les « humiliations quotidiennes » des femmes dans son pays, forcées d’attendre le bon vouloir d’un homme de leur famille ou d’un chauffeur de taxi pour les déplacements urgents, quand elles n’ont pas les moyens de se payer un chauffeur.

Alors que les réseaux sociaux font bloc derrière Manal al-Charif, se tournant vers le Roi Abdallah pour obtenir sa relaxe, et qu’une association pour le droit des femmes a appelé à une action coup de poing le 17 juin prochain – un défilé de saoudiennes au volant – son avocat a estimé que le fait d’inciter les femmes à conduire « ne constitue pas un délit », espérant qu’elle serait uniquement reconnue coupable d’avoir pris le volant sans avoir de permis de conduire saoudien.

Niées en tant qu’électrices, infantilisées, infériorisées, mises sous tutelles, la mixité prohibée, le sort des femmes saoudiennes n’est certes pas enviable, même si des femmes audacieuses et engagées émergent et se fédèrent pour bousculer un ordre établi d’un autre âge, soutenues en cela par l’organisation Human Rihts Watch qui a interpellé l’opulent monarque du rigorisme : « Le roi Abdallah devrait mettre fin au statut de paria dans la communauté internationale de l’Arabie saoudite, seul pays à interdire aux femmes de conduire », a déclaré l’organisation, appelant le souverain à suivre l’exemple de ses prédécesseurs qui ont « permis l’accès des filles à l’éducation ».

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