in

Lahouari Addi : « Gaïd Salah obéissait à un système qu’il essayait de sauver face au Hirak »

Interview de Lahouari Addi par la rédaction d’Oumma

Au lendemain des obsèques nationales du général Ahmed Gaïd Salah, Oumma a sollicité l’éclairage de l’un des plus éminents spécialistes de la politique algérienne et des arcanes d’un pouvoir toujours aussi opaque.

Professeur émérite de sociologie à Sciences Po Lyon, titulaire de la chaire Ressources naturelles AUF-IMéRA, à Aix-Maseille, Lahouari Addi a accepté de répondre à nos questions. Auteur prolifique de nombreux ouvrages sur l’Algérie, le Maghreb et le monde arabe, son dernier livre « La crise du discours religieux musulman. Le nécessaire passage de Platon à Kant » est paru aux Presses Universitaires de Louvain, en octobre 2019.   

                        Lahouari Addi

 

Publicité
Publicité
Publicité

Quelles incidences aura la mort brutale du général Ahmed Gaïd Salah au sein de l’institution militaire et sur un plan plus politique ?

Dans l’immédiat, il n’y aura aucune incidence parce que Gaïd Salah obéissait à un système qu’il essayait de sauver face à la mobilisation populaire depuis le 22 février 2019. Son successeur fera de même avec peut-être une autre forme. La méthode de Gaïd Salah a été de sanctionner la façade civile du régime pour apaiser la population. Son successeur maintiendra-t-il ce cap ? Je ne sais pas. Si la protestation populaire continue au-delà du 22 février 2020, l’Etat-Major sera obligé de prendre des décisions importantes. Soit d’accepter les revendications du hirak, soit d’accentuer la répression, ce qui risque de radicaliser le mouvement. Après février 2020, il y a un risque sérieux de recours à la violence.

Quel regard portez-vous sur l’homme et son parcours ?

Gaïd Salah a rejoint très jeune l’ALN, et quelques mois après il y a eu l’indépendance. Il est issu d’une famille pauvre et n’a eu aucune instruction comme beaucoup d’enfants algériens de sa génération. Il a bénéficié d’une ascension sociale par le biais de l’armée qui a fait de lui un officier supérieur. Il a dirigé la première opération Amgala, en 1975, où son unité a été neutralisée par l’armée marocaine. Avec le temps, il a fait oublier cette mésaventure et dans les années 1990 il est nommé chef de l’armée terrestre. C’était les années de sang.

En 2004, il est nommé chef d’Etat-Major en remplacement de Mohamed Lamari qui défait ouvertement le président en exercice, ce que les généraux n’acceptent pas. Ils veulent donner l’image qu’ils sont sous les ordres du président. Gaïd Salah s’est montré fidèle à Bouteflika, parce que l’armée est attachée aux présidents qui lui obéissent. Après avoir soutenu le 5ème mandat, il change de position et exige que Bouteflika démissionne, ce que ce dernier fait quelques heures après. La ligne de conduite de Gaïd Salah est de sauver le régime en envoyant en prison les civils qui avaient été désignés pour diriger l’administration gouvernementale. Il n’a pas compris que le pays était en révolution et que l’ancien système dont il est le produit est discrédité, délégitimé et épuisé.

Publicité
Publicité
Publicité

Est-ce que le nouveau président algérien Tebboune était le candidat de prédilection de Gaïd Salah ?

Abdelmajid Tebboune est le président de Gaïd Salah et aussi des généraux de l’Etat-Major. Il est apolitique et n’a pas de forte personnalité. Il a le profil d’un sous-préfet d’une petite ville de province. Il obéira aux généraux au doigt et à l’oeil. Ces derniers ne veulent pas d’un leader qui aurait une légitimité électorale et qui s’imposerait à eux. Beaucoup de généraux sont impliqués dans des affaires de corruption et dans des affaires de violation de droits de l’homme, et ils craignent de rendre des comptes devant un tribunal civil ou militaire. Tebboune est la façade légale qui les protègera, tant que le système est debout.

Gaïd Salah était dans le collimateur des manifestants du Hirak. Comment, d’après vous, réagiront-ils à l’annonce de sa mort ? 

Les étudiants qui ont manifesté le mardi 24 décembre n’ont pas évoqué Gaïd Salah. Ils avaient la haine du symbole qu’il était, mais ils n’avaient pas la haine de l’individu. Certains disaient Allah yerhmah, mais nous n’oublions pas qu’il a ordonné l’arrestation de plusieurs dizaines de jeunes manifestants pacifiques. Je crois que les Algériens font la différence entre la fonction et l’individu. Je pense que celui qui va cristalliser le mécontentement prochainement, c’est le nouveau chef d’Etat-Major, le général Saïd Chengriha.

Le changement de régime est une nécessité historique et les généraux pensent l’éviter par la ruse et par la force. Ils finiront par partir, parce que la société algérienne a changé depuis l’indépendance et les nouvelles générations ne veulent plus que les généraux désignent le président, les ministres et donnent des quotas aux partis dans les assemblées élues.

Propos recueillis par la rédaction d’Oumma

Publicité
Publicité
Publicité

Commentaires

Laissez un commentaire
  1. Gaid Salah a été l’homme qui a sauvé le pays de la débâcle.

    N’en déplaise à ceux qui parlent de système et trouvent des prétextes.
    Le contenu de l’article ci dessus laisse comprendre que ce monsieur Lahouari n’est pas honnête dans ses propos lui aussi donne l’impression d’obéir à un système qui est contre l’Algérie.

  2. sans Gaid, rabi yerhmou, on en serait encore avec un fakhamatouhou, nous dirigeant, par procuration, à partird de sa villa-clinique, de son lit.. Le vrai hirak s’est arreté en été.. Le hirak résiduel est actionné depuis les officines parisiennes..

  3. tous les ennemis de l’algerie revaient de voir l’Algerie sortir de la constiïution et entrer dans une periode de transition sans fin pour faire sombrer l’Algerie dans le chaos et la guerre civile..
    l’appel aux departs de BEDOUI et GAID n’etait qu’un moyen de faire tomber le gouvernement et creer le vide politique..la preuve!Gaid et Bedoui sont partis la bande est en prison, said et Toufik sontà blida et les agités du bocal sont toujours là à s’égoseiller et se tremousser

  4. vivre loin du pays c’est perdre le contact avec la réalité .. Gaid saleh a été l’homme qu’il fallait au moment qu’il fallait.. ..Si les intellectuels avaient été écouté la révolution. n’aurait jamais eut lieu. Gaid saleh a sauvé un système qui s’appelle ALGERIE

    • La spécialité des analystes est de faire état des événements sans forcément avoir à les vivre..ce n’est pas parce qu’on se trouve à des milliers d’un lieu que l’on perd le sens de l’analyse…
      Donc , c,est un fait l’Algérie a besoin de son armée mais dont les prérogatives sont celles des corps d’armée cad La Défense de son territoire contre toute ingérence étrangère et non contre son peuple…le feu AGS aurait dû et l’opportunité lui était donnée, de remettre les choses dans l’ordre en refondant ce système pourri qui a mené l’Algérie à la catastrophe que connaissent les 50 millions d’algériens…une élection démocratique par le peuple et non pas une imposition d’un président potiche pour continuer de défendre les intérêts d’une junte encore au pouvoir…
      Un système à bout de souffle devrait céder la place à cette flamme qui anime le cœur de ces millions d’algériens qui crachent sur la corruption érigée en institution ..

      • Le peuple est un ensemble pure, les individus qui le constitue un peut moins.
        Il faut choisir entre la corruption systémique et quoi`?
        J’apprécie assez le lyrisme voire le romantisme de votre conclusion mais allo, t a pas de shampoing?
        La route est longue Iris. c’est pas de la « real politique » a l’occidentale, c’est un travail de fond, un entreprise colossale et à »l’Africaine » de stabiliser l’Algérie. Il ne suffit pas de dire on efface tout et on recommence . Le peuple Algérien, ce qui vivent et marche la bas dans la poussière tout les jours le sais et espere au mieux en fonction de l’instant le « mois » pire, c’est pour cela qu’il demande le meilleur c’est sans vouloir vous offenser plutôt naïf de penser que la majorité du peuple est révolutionnaire ou doux rêveur. Le peuple souffre autant qu’il bénéficie de la corruption, c’est devenu un mode de vie. Chacun doit se reformer, le peuple mérite a mon sens a un changement thérapeutique a un sevrage progressif et en douceur. Cela peut etre sans le savoir la meilleur solution car chacun s’est habituer a sa situation en quoi 70 ans de corruption plus 180 ans de collonialisme c’est enorme. Prieres, Patience, Force,Courrage pour les habitant de l’Algerie et surtout nous les donneurs de leçon immigrés qui vivont en occident, soyons dans la meusure car ce sont nos frere qui souffre le plus, pas nous.

  5. Votre invité a bien raison. Le défunt Gaid Salah, que DIEU ait son âme, a bien sauvegardé le régime responsable du naufrage de l’Algérie. Il les amis en sécurité … dans les prisons de Blida et d’El Harrach !

    Sincèrement, drôle d’analyse pour cet …. universitaire !

  6. Ce que vous avancez est trop vague pour être crédible…

    Concernant le HIRAK, s’il s’en est pris au général AGS c’est tout simplement parce qu’il est sorti de ses fonctions militaires et s’en est pris au Hirak via de longs discours haineux et via des arrestations ordonnées. Si le nouveau Chef d’Etat Major fait son travail de Général des Armées il sera respecté et ne sera nullement vilipendé par la foule.

Laisser un commentaire

Chargement…

0

Algérie : des funérailles d’État pour le général Ahmed Gaïd Salah

Les dirigeants israéliens doivent savoir qu’ils peuvent être emprisonnés