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La victoire pipée du maréchal al-Sissi à l’élection présidentielle en Egypte

Son scénario était cousu de fil blanc et son dénouement joué d’avance, la mascarade électorale à la gloire du vice-premier ministre et chef de la junte militaire au pouvoir, le maréchal égyptien Abdel Fattah al-Sissi, a connu toutefois un coup de théâtre en étant prorogée d’urgence d’une journée, mercredi 28 mai, faute de participants pour consacrer « raïs » l’auteur du putsch contre le premier président démocratiquement élu du pays, Mohammed Morsi.

Il espérait un grand soir triomphal sur fond d’une répression sanglante, amplifiée par la justice, son bras armé, qui envoie par centaines les Frères musulmans à l’échafaud, le maréchal al-Sissi a d’abord subi l’affront de la désaffection des urnes, seuls 37% des électeurs ayant en effet pris part à cette supercherie politique. Un taux d'abstention qui fit l'effet d'une véritable parenthèse désenchantée pour ses fervents partisans de la sphère télévisuelle.

Spectacle d’une hystérie médiatique qui a fait les heures menaçantes et injurieuses de la télévision égyptienne, certains présentateurs se sont déchaînés mardi en direct contre la population, lui reprochant avec véhémence d’avoir entendu les appels au boycott lancés par de nombreuses formations politiques, des Frères musulmans aux forces révolutionnaires.

Moustapha Al-Bakri, inconditionnel de Sissi, a qualifié les abstentionnistes de » traîtres”, déclarant : "Si chacun se dit que ce n'est pas la peine d'aller voter et qu'on peut boycotter, c'est l'avenir de la Libye ou de la Syrie qui nous attend. Si vous ne votez pas, c'est que vous êtes avec les terroristes.", tandis qu'Amr Adib s'indignait : "S'il n'y a que 10 millions d'électeurs, qu'est-ce qu'on va dire au monde ? Que le peuple égyptien ne veut pas de la feuille de route présentée par le candidat Abdel Fattah Al-Sissi après le renversement du président élu en juillet dernier, Mohamed Morsi ? Autant rouvrir la prison tout de suite et libérer Morsi".

Ibrahim Al-Issa, pour sa part, accusait “le peuple égyptien d'être insuffisamment éduqué”, pendant que Lamis Hadidi, présentatrice sur la très pro-gouvernementale chaîne CBC, se disait “inquiète pour Sissi”, avant d’exhorter "la Commission électorale à faire quelque chose” pour booster la participation jusqu’à "au moins 50 %". Lors de la présidentielle de 2012, remportée par Mohamed Morsi, 46,5 % des électeurs s'étaient déplacés au premier tour, et 52 % avaient participé au second.

Ayant un boulevard devant lui pour s’accaparer le pouvoir suprême de manière écrasante et sans concurrence, le maréchal al-Sissi peut enfin savourer sa victoire pipée au terme de trois jours d’une sinistre farce démocratique, recueillant 96,2% des suffrages, le taux de participation estimé à 47% se révélant plus faible que prévu.

Les Frères musulmans n'ont pas tardé à réagir en estimant que le boycott des urnes était « une nouvelle gifle » au pouvoir du maréchal al-Sissi et signait le « certificat de décès du coup d'Etat militaire » du 3 juillet. Avec près de quatorze cents morts et quelque quinze mille arrestations dans ses rangs, la confrérie de Mohamed Morsi a été la principale cible des représailles meurtrières du nouveau pouvoir.

Shadi Hamid, chercheur au Saban Center américain, expliquait quant à lui : "Personne hors d'Egypte ou en Occident n'a jamais cru qu'il s'agissait d'une élection libre et juste. Mais avec la prolongation du scrutin, le régime apparaît comme incompétent et ne cachant pas son cynisme, ce qui vagalvaniser les Frères musulmans, qui diront qu'ils dénonçaient cela depuis le début."

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