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La tragédie de Falloujah et le silence de la communauté internationale

Les nouvelles qui nous parviennent de la ville irakienne martyre Falloujah sont tristes et inquiétantes. L’armée irakienne, aidée par des milices chiites et la couverture aérienne américaine, a commencé officiellement depuis une semaine une opération militaire en vue de libérer la ville qui est tombée entre les mains des milices de Daesh depuis 2014. Mais dans la réalité, les civils de Falloujah se trouvent depuis une semaine entre deux feux : aux exactions sauvages des miliciens de Daesh sont venues s’ajouter les actions de représailles des miliciens chiites contre la population sunnite.

C’est ainsi que, selon le quotidien britannique The Telegrah, depuis le début de la semaine, trois cent personnes auraient été exécutées par ces miliciens après qu’ils eurent pris le contrôle du nord de la ville. Les sombres mobiles de la Realpolitk internationale qui président à la conduite des grandes puissances semblent l’emporter sur le droit humanitaire international qu’elles n’hésitent pourtant pas à agiter hypocritement pour justifier leurs campagnes bellicistes dans la région. La convergence objective russo-américaine sur le dossier syrien et le souci américain de sauver coûte que coûte l’Accord sur le nucléaire iranien ajoutés à la complaisance dont les puissances occidentales font preuve à l’égard du gouvernement de Bagdad et à la volonté farouche d’indépendance des habitants de Falloujah, dont la résistance aux troupes d’invasion américaines restera écrite en lettres de sang, ne plaident guère aujourd’hui pour les populations civiles de cette ville irakienne martyre.

Pourtant cette tragédie était prévisible et des organisations humanitaires internationales n’ont pas manqué de tirer la sonnette d’alarme contre le risque que la population civile soit prise entre deux feux. La priorité officielle de la coalition internationale dirigée par les Etats-Unis étant désormais de défaire Daesh, les gouvernements occidentaux préfèrent fermer les yeux sur les exactions commises par les milices chiites contre les populations sunnites. Le gouvernement irakien, allié à la fois aux Américains et aux Iraniens, semble incapable de discipliner les milices chiites qui se battent à ses côtés contre Daesh. Pourtant, de l’aveu de tous les observateurs, la lutte contre Daesh gagnerait en légitimité et en efficacité si elle ne s’accompagnait pas d’actions contraires au droit humanitaire international comme celles auxquelles doivent faire face ces jours-ci les habitants de Falloujah.

La tragédie de la ville de Falloujah qui vient rappeler ce que d’autres villes sunnites ont subi, l’année dernière, entre les mains des milices chiites revanchardes, ne constitue pas seulement un crime contre l’humanité qui choque les consciences. Il s’agit également d’un acte politique de nature à retarder la réconciliation interconfessionnelle dont l’Irak a besoin pour panser ses blessures et se reconstruire après la guerre ravageuse déclenchée par les Américains en 2003 sans aucun souci pour les conséquences que cela pouvait engendrer sur la paix et la sécurité dans le pays et dans la région.

La tragédie actuelle des habitants de Falloujah interpelle la conscience de tous les hommes libres et particulièrement celle des musulmans en ce mois de ramadan. Mais le rappel de cet impératif moral ne doit pas être prétexte à alimenter le poison de la division interconfessionnelle qui constitue aujourd’hui un des principaux facteurs d’instabilité et d’insécurité qui empêche les sociétés musulmanes de consacrer leurs énergies à se débarrasser du despotisme et de la domination étrangère qui les confinent dans le sous-développement.

Les pétromonarchies sunnites du Golfe portent une lourde responsabilité politique dans ce qui arrive à l’Irak, en contribuant à allumer la guerre interconfessionnelle via le financement des groupes sunnites les plus réactionnaires, après avoir soutenu auparavant l’Amérique contre le régime de Saddam Hussein. Cependant, la responsabilité politique de l’Iran voisin n’est pas moindre. En soutenant activement des milices chiites particulièrement assoiffées de revanche et en cherchant à imposer son hégémonie politique en Irak, l’Iran risque de faire le jeu de ses adversaires et de pousser les populations sunnites de la région dans les bras des pétromonarchies réactionnaires et de l’impérialisme américain. La volonté de l’Iran de s’assurer une place dans l’architecture géopolitique régionale qui soit digne de son histoire et de ses potentialités est tout à fait légitime, mais cette ambition ne devrait pas se réaliser au détriment des peuples de la région sous peine d’encourager les rancoeurs et les divisions interconfessionnelles dont se nourrissent les puissances impériales, qui excellent dans l’application de leur chère devise « Diviser pour régner ».
 

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