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La mosquée pour femmes de Los Angeles divise la communauté musulmane américaine

Elle a émergé sous le soleil californien, en plein cœur du paysage urbain, n’ouvrant grand ses portes qu’à la gent féminine, la petite mosquée pour femmes de Los Angeles est une pomme de discorde qui ne favorise guère la paix des ménages, créant non seulement des dissensions  entre les hommes et les femmes, mais aussi au sein même des musulmanes américaines, qu’elles résident dans la célébrissime mégapole ou ailleurs, désormais scindées en deux camps : ses ferventes partisanes et ses farouches opposantes.

Du côté de l’association à but non lucratif qui a porté ce projet à bout de bras, ces divisions étaient inéluctables, et personne, parmi les cadres dirigeants, ne s’attendait à faire l’unanimité en inaugurant un lieu de culte jugé au mieux comme avant-gardiste, et au pire comme une hérésie, quand sa vocation première ne sème pas le trouble dans des esprits plus dubitatifs.

Depuis l’Illinois, Marcy Elhamidi a un avis très tranché sur la question qui cristallise incompréhensions et interrogations, mais suscite aussi l’engouement d’un nombre non négligeable de ses coreligionnaires : elle approuve cette initiative sans réserve, se rangeant résolument dans le clan des pro-mosquée pour femmes. "Bien que nous ayons fait de grands progrès, je persiste à penser que la plupart des sujets liés au sexe dit faible, que ce soit sur le plan du travail, de la vie de famille, ou des organisations religieuses, sont relégués au second plan, voire carrément occultés dans nos mosquées traditionnelles", déplore cette spécialiste de l’informatique, qui aspirerait d’autant plus à bénéficier d’un espace religieux réservé, où une attention particulière serait accordée aux préoccupations majeures des femmes, qu’elle évolue dans un secteur d’activité largement dominé par la gent masculine.

"Imaginez une mosquée où les femmes seraient habilitées à traiter et à rendre un arbitrage sur des questions de la vie quotidienne, ou plus existentielles, qui les touchent de plein fouet, ce serait formidable !", s’enthousiasme-t-elle, en révélant quelques-uns de ses thèmes de prédilection parmi les nombreuses idées de sujets qui se bousculent dans sa tête  : le port du voile au travail, la meilleure manière d’encourager son mari à accomplir son devoir religieux et notamment à prier, l’enseignement de l’histoire du Prophète aux enfants, la bonne gestion des prières et des activités soit estudiantines, soit professionnelles, le haram et le halal…, la liste est longue et non exhaustive.

L’exaltation de Marcy Elhamidi prêche une convertie en la personne de Rija Zaidi, une Texane qui se fait l’ardente ambassadrice de la mosquée pour femmes de Los Angeles dans les vastes étendues de sa terre d'adoption. Intimement convaincue du bien-fondé de cette innovation, elle voit là une chance inespérée offerte aux femmes, de 7 à 77 ans, pour approfondir leurs connaissances, en s’imprégnant notamment de la genèse de l’islam et du rôle historique joué par d’illustres figures féminines qui l’ont marquée de leur influence et érudition.

"À un très jeune âge, j’ai découvert les nobles personnages féminins de l'histoire islamique et j’ai eu l’opportunité de suivre des cours pour assouvir ma soif de connaissances", a-t-elle relaté en puisant dans ses souvenirs d'enfance, avant de renchérir : "Il est temps que les femmes se sentent en sécurité et en confiance dans un lieu de culte. Une mosquée idéale, telle que je la conçois pour les femmes, devrait être aussi bien un lieu de culte qu’une maison du savoir, comme c'est déjà le cas pour les hommes."  

Dans le camp adverse, hostile à la mosquée sélective de Los Angeles, l’incompréhension teintée d’exaspération, voire d’une légère colère, ou encore d’un certain dépit, prévaut dans les rangs masculins, la plupart des hommes s’interrogeant en effet sur sa nécessité alors que des espaces séparés, privilégiant les rencontres et discussions entre femmes, existent dans les mosquées ou centres islamiques traditionnels, tandis que, de leur côté, les femmes réfractaires redoutent par-dessus tout que cette mosquée soit celle de la discorde en général, et au sein des foyers en particulier.

Nora Fitzgerald, qui a tenu à franchir le seuil du lieu de culte qui fâche, jusqu’à s’asseoir au premier rang pour assister à l’un de ses tout premiers offices, en est ressortie profondément abattue, gagnée par une tristesse incommensurable. Elle partage plus que jamais l’inquiétude palpable qui étreint ses coreligionnaires, ne parvenant pas à se résoudre à l’échec que représenterait pour elle cette séparation définitive entre les hommes et les femmes, comme une terrible fracture dont la communauté musulmane tout entière  peinerait à se remettre.

"C’est tellement triste que nous en soyons arrivés là, et je n’arrive pas à concevoir de devoir faire un choix pour la prière du vendredi, qui diviserait ma famille. C’est tout simplement impensable", regrette-elle, très émue, avant de reprocher à la mosquée de Los Angeles ses visées plus féministes que spirituelles : "Quand j’ai parcouru le descriptif de la mosquée, j’ai immédiatement remarqué qu’il n’est stipulé nulle part que l’on est là pour adorer Dieu, pour honorer notre Prophète et servir la création. Au contraire, j’ai lu que sa mission essentielle est de favoriser l’autonomisation des femmes, à travers la création d’un espace qui nous est entièrement dédié. Pour moi, ce n’est pas ça la vocation d’une mosquée, c’est bien plus et au-dessus de tout ça."

A mille lieues de la petite mosquée dans la prairie, la petite mosquée pour femmes dans la cité tentaculaire des anges fait couler beaucoup d’encre et parler dans les chaumières, nombreux étant celles et ceux qui craignent qu’elle ne fasse bientôt pleurer, au grand dam de ses soutiens de la première heure qui lui vouent déjà un culte…

Par la rédaction.

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