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La Famille Lemmouchi en deuil : Appel à une Marche pour Honorer la mémoire du regretté Rayane

Entretien avec le Docteur Laouar Kheira,
mère du regretté Rayane Lemmouchi

Propos recueillis par Nabil Mati

Un an, presque jour pour jour, après le terrible assassinat du jeune chirurgien-dentiste Rayane Lemmouchi, lâchement tué d’un coup de couteau au pied de la plaque de l’Égalité aux Lilas (Seine-Saint-Denis), qui lui a sectionné l’artère fémorale, nous avons pu nous entretenir au téléphone avec sa mère, le Docteur Laouar Kheira, afin de recueillir des nouvelles et faire le point sur l’enquête. 

Ce crime odieux, qui a foudroyé le destin d’un jeune homme de 25 ans, estimé de tous et promis à un bel avenir, qui a anéanti toute une famille et plongé dans la consternation la communauté musulmane, a été commis, le 21 mai 2023, par une bande de jeunes.

Sous le poids d’une tristesse incommensurable, la douleur de la famille de Rayane est toujours palpable. Sa difficulté à se reconstruire est d’autant plus grande qu’elle est loin d’avoir surmonté le deuil cruel, brutal, impensable qui l’a frappée, au cours d’une soirée funeste du printemps dernier. 

En effet, la voix de sa mère, empreinte d’une mélancolie déchirante, témoigne de la peine immense qu’elle éprouve, qui l’habite chaque jour. À l’autre bout du fil, à travers ses mots hésitants, entrecoupés de sanglots étouffés, on ressentait chacune des émotions qui l’étreignaient. Elle parlait avec une lenteur imprégnée de souffrance, chaque phrase semblant être une épreuve en soi. 

Au terme d’une longue journée de travail, sa fatigue physique se mêlait à une lassitude émotionnelle profonde. La tragédie, le deuil, la perte tragique et soudaine de l’être cher, de la chair de sa chair, font désormais partie de la vie de la famille Lemmouchi.

Cette mère courage, bien qu’ayant le cœur brisé par l’absence de son fils, par le vide abyssal qu’il laisse derrière lui, a trouvé la force de rester debout, et de poursuivre le cours de son existence sans lui. Confrontée à la dure réalité d’une vie qui ne sera plus jamais la même après ce drame épouvantable, le Dr Laouar Keihra a accepté de partager avec nous des souvenirs émouvants de son enfant, décrivant combien il était dévoué à sa famille et à son métier. 

Ses paroles, fortes et poignantes, exprimaient à la fois son indicible chagrin, sa frustration face à l’attente interminable de justice et son mince espoir de voir l’enquête enfin aboutir, fermement résolue à ce que la mémoire de son fils soit dignement honorée et ses meurtriers punis, à la hauteur de leur crime ignoble.

« Je me sens comme amputée », confie-t-elle, la voix étranglée par les larmes, ajoutant : « La perte de Rayane a brisé toute la famille ».

Très éprouvée, cette médecin psychiatre, qui exerce à Toulouse, a péniblement repris son travail en janvier 2024, après avoir pris conscience qu’elle ne trouverait aucune source d’apaisement en restant chez elle. « Ce retour au travail n’était pas un signe d’amélioration, mais plutôt une reconnaissance du fait que je ne pourrai jamais aller mieux », explique-t-elle.

Elle nous a dépeint l’obscurité profonde dans laquelle la mort de son fils l’a plongée et dont il est si difficile de sortir. « C’est ce que nous ont imposé ces assassins », se désole-t-elle, renchérissant : « Le temps s’est arrêté pour nous depuis l’assassinat de mon fils ».

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La mère de Rayane ne comprend toujours pas pourquoi on a assassiné son enfant, un fils extrêmement respectueux, affable et sans problème. Elle est en proie à un questionnement perpétuel qui la tourmente, l’obsède. « S’ils lui avaient donné juste quelques secondes de plus, ses assassins auraient certainement renoncé à le tuer », dit-elle d’une voix chevrotante, dont on perçoit l’infinie souffrance et incompréhension. « C’était quelqu’un qui savait parler à tout le monde », insiste-t-elle, bouleversée.

Concernant ses meurtriers, elle se demande s’ils étaient vraiment conscients de ce qu’ils faisaient. « La raison pour laquelle je veux que le procès de mon fils aille jusqu’au bout, c’est pour faire prendre conscience à ses assassins de la monstruosité de leurs actes et leur montrer qui était vraiment mon fils Rayane », martèle-t-elle. 

Elle nous a également indiqué que neuf des suspects, dont un mineur, se trouvent derrière les barreaux depuis décembre 2023, tandis que d’autres sont encore recherchés. Elle reconnaît que l’enquête avance lentement mais sûrement, et que tous les moyens sont mis en oeuvre pour qu’elle progresse dans la bonne direction.

La mère de Rayane tient à remercier toutes les personnes qui l’ont soutenue dans cette effroyable épreuve, y compris les anonymes qui continuent, aujourd’hui encore, à lui envoyer des messages de sympathie, de compassion et de réconfort. « Leur compassion et leurs mots réconfortants m’ont donné la force de tenir », assure-t-elle, pétrie de gratitude.

Dans un élan collectif et familial mû par une profonde émotion, la mère de Rayane lance un appel solennel à la tenue d’une Marche silencieuse et recueillie, en hommage à son fils bien-aimé. 

Elle convie chaleureusement toutes les personnes qui ont connu Rayane ou qui ont été affectées par sa fin tragique à se joindre à cette grande Marche à sa mémoire, prévue le lundi 20 mai, à 11h, rue de L’Egalité, dans la commune des Lilas. 

Ce rassemblement sera l’occasion de se souvenir ensemble de Rayane, de lui rendre un hommage poignant, mais aussi de préserver sa mémoire vivante dans le cœur de tous ceux qui l’aimaient.

Lors de cet entretien téléphonique avec le Docteur Laouar Kheira, nous avons compris pourquoi il n’existe pas de mot spécifique, dans aucune langue au monde, pour désigner un parent qui perd un enfant, contrairement à l’orphelin(e) qui pleure ses parents ou le veuf(ve) sa moitié.

La souffrance que ressent cette mère éplorée, après la mort d’autant plus insupportable de son fils qu’elle est foncièrement injuste et d’une violence inouïe, pourrait se résumer en ces mots : « Tu n’es plus là où tu étais, mais tu es éternellement partout là où je suis. »

Nous appartenons à Allah et c’est à Lui que nous retournons.
Paix à ton âme, Cher Docteur Lemmouchi Rayane.

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