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Exclusivité Oumma.com: Une étude d’opinion met en lumière les attentes essentielles des Tunisiens

C’est aussi à la liberté de prendre le pouls de l’opinion que l’on mesure la fin de l’autocratie tunisienne qui, sous Ben Ali, était plus prompte à museler qu’à autoriser à avoir voix au chapitre. Cette enquête de terrain pour le département d’État américain, dont notre site Oumma.com a eu l'exclusivité, apporte un éclairage actualisé, précis, complet et édifiant sur les aspirations et les préoccupations cruciales qui animent, ou taraudent les Tunisiens, un an après que le printemps de la Liberté ait favorisé l'éclosion des prémices de la démocratie.

Inaugurant une nouvelle ère, les études indépendantes font florès en Tunisie, s’enchaînant à un rythme soutenu, à l’instar du sixième sondage  par l’Institut Républicain International (IRI) en collaboration avec Elka Consulting, une société d’études de marché tunisienne, rompue aux enquêtes de proximité à l’échelle nationale.

Cet engouement sondagier découle de la forte demande de la société civile et du gouvernement en matière de données précises sur les attentes, les besoins et les inquiétudes de la population, afin de disposer d’un outil d’analyse performant qui leur permettra d’y répondre en parfaite adéquation.

L'étude d'opinion de l'IRI 

La méthodologie de la présente étude, qui s’est déroulée en avril 2012, a privilégié des entretiens à domicile dans les 24 provinces du pays.

Alors qu’il revient à la Troïka au pouvoir, sous la direction d’Ennahdha, et présidée par Moncef Marzouki, fondateur du Congrès pour la République (CPR), en collaboration étroite avec le parti Ettakatol, d’élaborer d’une nouvelle constitution d’ici à un an, et de définir la forme et la date des prochaines élections qui se profilent à l’horizon 2013, certaines revendications fondamentales sont exprimées par la population, la situation économique revêtant un caractère d’urgence pour l'ensemble des Tunisiens, loin devant la dimension sécuritaire.

Conformément aux précédentes études de l’IRI, celle-ci fait clairement ressortir que l’économie est dans tous les esprits. En 2011, la hiérarchisation des attentes plaçait en premier l’emploi pour 80% des personnes interrogées, suivi du développement et de la réforme de l’économie pour 55% d’entre elles, 43% ayant mentionné le niveau de vie. La sécurité se positionnant alors sur le podium pour seulement 26% des sondés.

Cette enquête actualisée a mis en lumière les trois problèmes majeurs du pays aux yeux des répondants. Si leurs aspirations varient, force est de constater que l’économie supplante tous les autres sujets sensibles, l’emploi étant essentiel pour 74% du panel, et la crise économique pour 59%. Il est à noter que la sécurité, incluant les grèves et les manifestations, n’a été citée que par 36% des personnes, soit une baisse de 11 points par rapport au mois de janvier 2012, tandis que la violence et la délinquance représentent une source d’inquiétude pour 30% d'entre elles.

Bien que largement distancée par les attentes fébriles sur le plan de l’économie et l’anxiété face au taux élevé de chômage, la crainte de la violence et de la délinquance s’est ravivée par rapport à l’étude du mois de janvier 2012.

Les principaux enseignements du sondage :

La confiance, facteur essentiel de cohésion sociale dans la période transitoire que connaît la Tunisie, est en baisse sensible par rapport au sondage mené par l’IRI en début d’année. En effet, 61% des répondants pensent que leur pays va dans la mauvaise direction, soit une augmentation de 31% de mécontents.

En outre, c’est la première fois depuis septembre 2011 que les personnes interrogées estiment majoritairement que la Tunisie se fourvoie. Cette défiance populaire n’est pas rare dans les pays qui traversent des transitions politiques, surtout lorsqu’elles portent de grandes espérances et qu’elles s’accompagnent d’un changement majeur de leadership. Pour l’IRI, qui a une longue expérience des votes transitoires dans le monde entier, passer d’une phase euphorique d’optimisme à la déception, ou au scepticisme, est un cycle normal. Dans de telles circonstances, il s’avère primordial pour tout gouvernement, a fortiori celui de la Tunisie, de rendre des comptes sur ses progrès, ses efforts, de publier et d'expliciter les résultats qui cristallisent attentes et espoir.

Seuls 32% des sondés sont convaincus que la Tunisie œuvre dans le bon sens, alors que l’ensemble des Tunisiens se rejoignent sur l’impérieuse nécessité de relancer l’économie, comme c’était le cas en 2011. 77% considèrent que l’économie est en mauvaise, voire très mauvaise santé, et classent au hit-parade de leurs préoccupations, dans l’ordre : le chômage, la croissance économique, le niveau de vie, enfin l’aspect sécuritaire, qui suscite une inquiétude palpable, même si la plupart des Tunisiens décèlent une certaine amélioration.

Ainsi, à la question de savoir si la sécurité s’est améliorée, ils sont 69% à répondre positivement au niveau de leur localité, et 66% au niveau national. Ces résultats reflètent cependant une baisse de 9 et 8 points depuis janvier.

Les Tunisiens ne se font pas d’illusion sur la capacité du gouvernement à solutionner les problèmes dans un futur proche, aussi quand on leur demande s’ils espèrent que ceux qui les dirigent s’attaqueront simultanément au niveau de vie, aux réformes constitutionnelle et légale, à la corruption, au chômage et à la sécurité, ils ne sont plus que 58% à penser que c’est probable ou fort probable, contre 83% en janvier 2012.

Là encore, le phénomène de l’espoir qui s’amenuise est plutôt classique dans les pays en phase de transition, où les grandes ambitions se heurtent à des moyens limités. Ce réajustement à la baisse de l’espérance est une grande tendance qui est le lot de la Tunisie, mais aussi de toutes les sociétés post-transitoires.

Si l’espoir placé dans le gouvernement s’est réduit, il est toujours vivace au regard de l’économie. Questionnés sur l’amélioration de leur niveau de vie, 57% des Tunisiens sont d’avis qu’il va forcément s’améliorer, voire même très nettement.

A l’évocation du nouveau paysage politique, de la composition du gouvernement, et de la répartition des fonctions, c'est la confusion qui règne dans les esprits. Ainsi, quand on demande aux Tunisiens quel est le rôle premier de l’Assemblée Nationale Constituante,  seuls 42% d’entre eux répondent spontanément que c’est l’élaboration de la constitution, tandis que 26% avouent qu’ils l’ignorent, ou refusent carrément de répondre.

Nombreux sont ceux qui appellent à un referendum populaire pour ratifier la constitution, 69% le préférant à un vote au sein de l’Assemblée. 

Concernant le fait de confier les rênes du pouvoir à un gouvernement laïc, 47% approuvent cette perspective, contre 44% qui y sont opposés. Ces résultats correspondent à ceux enregistrés par l’IRI précédemment, même si, toutefois, il faut observer que c’est la première fois que l’approbation d’un gouvernement séculaire l’emporte sur la désapprobation, cette tendance ayant augmenté de 15% depuis le début de l’année.

Economie

La perception de l’amélioration du niveau de vie au cours de 2011 est fluctuante, 37% la jugeant meilleure, 42% estimant qu’elle s’est dégradée, alors que 21% la trouvent inchangée.

28% des personnes interrogées affirment qu’elles rencontrent de plus en plus de difficultés pour faire vivre leur famille, et faire des achats de première nécessité. En comparaison, 48% disent qu’ils subviennent aux besoins essentiels de leur ménage,  mais ne peuvent rien s’offrir d’autre, seule une petite poignée de citoyens (20%) pouvant se permettre des extras, tels qu’acheter de nouveaux vêtements ou aller au restaurant.

Au test de l’évaluation de la qualité de vie, sur une échelle de 1 à 7 (1 étant la notation la plus haute, et 7 la plus basse), 70% ont répondu en positionnant le curseur au milieu, entre 3 et 5.

Les Tunisiens veulent croire que leur gouvernement ne ménagera pas ses efforts pour développer l’économie et réduire le chômage. Parmi les répondants en recherche d’emploi, 74% disent compter sur l’Etat pour les aider à se réinsérer professionnellement.

46% des sondés espèrent que le gouvernement augmentera l’investissement direct étranger pour enrayer le chômage. Etendre le secteur public, qui a recueilli la plus forte notation, n'a été cependant mentionné que par14% des sondés. Parmi les autres secteurs clés dont l’amélioration est vivement souhaitée,  l’éducation, la formation professionnelle et la sécurité sont au coeur des priorités, alors que l’essor du tourisme, qui constitue pourtant un secteur phare, n’a été cité que par 3% des répondants.

La transition politique

74% des Tunisiens déclarent s'intéresser aux travaux de l’Assemblée Nationale Constituante, 37% d’entre eux affirmant les suivre avec une grande assiduité.

Les personnes interrogées se prononcent majoritairement en faveur d’un gouvernement mixte, où le pouvoir se partagerait équitablement entre l’exécutif et le législatif, pour 53% d’entre elles. Toutefois, 24% lui préfèrent un exécutif fort, contre 16% qui penchent pour un pouvoir législatif renforcé.

Les avis des Tunisiens divergent sur la durée du mandat de l’Assemblée Nationale Constituante (un an). 43% pensent qu’il doit durer un an ou moins, contre 44% qui estiment qu’il doit aller au-delà d’un an, sans omettre les 29% qui sont favorables à sa prorogation d’un an supplémentaire, soit deux ans au total.

Le pluralisme politique est globalement bien perçu, 54% jugeant que le rôle de l’opposition est positif, 24% le jugeant négativement.

Le regard porté sur le sécularisme et la religion n’est pas figé. Seulement 36% des répondants affirment connaître la différence entre un gouvernement laïc et non-laïc. A l’écoute de la définition, 47% approuvent un gouvernement laïc, un résultat qui n’est pas une surprise par rapport aux sondages antérieurs, même s'il faut observer que c’est la première fois qu’une majorité de sondés se disent ouvertement favorables à une telle perspective.

Cela étant, les Tunisiens continuent de préférer largement des partis islamiques, à l’image de 66% d’entre eux qui souhaitent voir des partis islamiques siéger à l’Assemblée, tandis que 30% se rangent du côté des partis laïcs. Néanmoins, ce résultat met en relief une forte baisse enregistrée par les partis islamiques depuis janvier.

A la question de savoir quel pan de la société s’est notablement redressé ou au contraire détérioré au cours l’année passée, c’est du côté médiatique qu’un changement notable s’est produit aux yeux de 61% des Tunisiens, à travers l’émergence de médias indépendants.

D’une manière générale, la perception globale du renouveau tunisien est plus négative que lors des précédentes études de l’IRI, que ce soit à l’égard de la réforme politique (une baisse de 18 points), la société civile (une baisse de 12 points), la réforme constitutionnelle (une baisse de 12 points), et la corruption gouvernementale (une baisse de 11 points). Concernant le chômage et le niveau de vie, 72% et 74% des répondants ont respectivement constaté une nette dégradation.

Les élections

69% des sondés indiquent qu’ils ont voté lors des élections de l’Assemblée Nationale Constituante, alors que le taux de participation nationale était de l’ordre de 54% des électeurs éligibles.

68 % d’entre eux font part de leur satisfaction, en d’autres termes ils ont fait le bon choix, contrairement à 20% qui ne cachent pas leur désappointement. Ceci représente une hausse de 15% de mécontents par rapport à l’enquête de l’IRI du mois de janvier. Parmi eux, 67% précisent avoir été déçus par le parti pour lequel ils avaient voté.

Parallèlement aux interrogations sur leur avenir, les prochaines échéances électorales, au confluent d'enjeux décisifs, font déjà débat parmi les Tunisiens : ils sont 50% à espérer qu'elles auront lieu le 20 mars 2013 ou juste avant, 56% escomptant un scrutin présidentiel, contre 23% qui tablent sur des législatives.

Information et media

Quel est le vecteur d’information le plus prisé par les Tunisiens ? Pour se tenir informés, 63% allument spontanément leur télévision, qui est aujourd'hui talonnée par Internet, mais pour seulement 16% des sondés, la radio se classant en troisième position pour une petite minorité d'auditeurs (9%).

Traduction Oumma.com

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