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Entretien avec le Dr. Boudemagh, le neurochirugien qui veut installer la Télémédecine en Algérie

Dans un monde à la pointe du High Tech et hyperconnecté, l’émergence de la Télémédecine est une innovation véritablement en phase avec son temps. Révolutionnant la pratique médicale par le biais des nouvelles technologies, elle abolit les distances et lutte contre les déserts médicaux avec une prodigieuse efficacité.
Eminent spécialiste de cet art médical du XXIème siècle, le Dr. Abdeldjellil Boudemagh, neurochirugien exerçant en Suisse et concepteur de l’application MyMedApp, a accepté de répondre aux questions d’Oumma.   

Quelle est votre définition de la Télémédecine ?

La Télémédecine est l’exercice à distance de l’art médical. Actuellement, la téléconsultation médicale consultation à distance) se fait le plus souvent par téléphone ou, comme c’est le cas avec l’Application MyMedApp, par visiophonie. Il est bon de rappeler que, historiquement, le Canada et la Suisse font partie des pionniers de la Télémédecine, et ce, depuis plus de 17 ans. 70% de la population Suisse (soit 6 millions de Suisses) ont accès gratuitement par leur assurance maladie à des centres de Télémédecine, 24 heures sur 24 et 7 jours sur 7.

Le patient contacte le centre et est évalué par un médecin, formé en Télémédecine, qui applique un un protocole rigoureux dit  “Guidelines”, afin de décider du niveau de l’urgence et s’il s’avère nécessaire de de prodiguer un conseil médical au patient. Le cas échéant, le médecin peut aussi envoyer directement une ordonnance à la pharmacie habituelle du patient.

Si le patient souffre d’un problème dermatologique, il peut alors envoyer au médecin une ou plusieurs photos par l’intermédiaire de l’Application sécurisée MyMedApp. Les cas d’urgence, nécessitant une visite d’un médecin des urgences ou un transfert vers l’hôpital, sont rapidement évalués et les patients sont aussitôt dirigés vers les centres compétents (ex : Les centres de Cardiologie pour les accidents cardiaques ou les “telestroke centers “pour la Neurologie).

Cette coordination permet non seulement de sauver des vies mais aussi de réagir avec promptitude pour éviter des conséquences morbides, comme dans le cas des accidents vasculaires cérébraux qui, pris en charge suffisamment tôt grâce à la Télémédecine, favoriseront la revascularisation cérébrale, empêchant ainsi que des complications surviennent, telles que l’hémiplégie et/ou l’aphasie (perte de la locution).

Vous êtes le concepteur de l’application MyMedApp. Quelle est la vocation de cette application, destinée à la fois aux professionnels de santé et aux patients?  

MyMedApp est une Application personnalisée qui va permettre une optimisation de la relation entre le médecin traitant et son patient. Cette Application est unique en son genre, puisqu’elle porte le nom de votre médecin que vous téléchargez gratuitement sur AppStore ou GooglePlay.

Les principales fonctionnalités sont les suivantes :

– prendre des rendez-vous sur l’agenda de votre médecin en choisissant le mode de préférence, à savoir consultation au cabinet du médecin ou consultation à distance par visiophonie ;

– avoir une consultation par visiophonie (vous n’avez pas besoin de vous déplacer) ;

– recevoir des ordonnances de votre médecin ;

– consulter les conseils médicaux validés par des spécialistes concernant 99 symptômes et la conduite à tenir, au lieu de passer des heures à chercher des informations sur Internet, sur des sites plus ou moins fiables ;

– prendre des notes que vous pourrez transmettre à votre médecin ;

– prendre des photos en cas de problèmes dermatologiques ou de blessures, voire d’infection oculaire, comme une conjonctivite ;

– avoir accès directement aux urgences ;

– permettre au médecin de recevoir les honoraires de la téléconsultation par le système du tiers-payant.

Enfin pour votre information, sachez que l’équipe de SwissMedCall a été invitée par l’Association Française pour les Soins Oncologiques de Support (AFSOS) et sera à Paris, les 12 et 13 octobre prochains, au Palais Brogniart, 16 place de la Bourse, pour présenter sa nouvelle Application “Permassoins” dédiée aux patients atteints d’un cancer.

La Télémédecine est-elle une médecine de qualité ?

Oui, sans aucun doute et son développement se fera par l’avènement proche de la cybersanté. De plus la Télémédecine permet aux médecins d’être plus à l’écoute de leurs patients. Des études récentes ont montré que les médecins écoutent les patients entre 18 et 23 secondes avant de les rediriger, ne leur laissant que 6 secondes de réponse. En Télémédecine, l’écoute est primordiale, puisque l’outil par lequel vous établissez la communication est le téléphone ou la visiophonie.

Certains sont critiques vis-à-vis de la Télémédecine, lui reprochant de déshumaniser la relation médicale. Quel est votre point de vue à ce sujet ?

Sur ce point, une partie de la réponse vous est donnée par les études citées plus haut qui font référence à l’écoute du médecin. Qui n’a pas entendu un jour cet adage populaire: « Les médecins savent parler, mais il ne savent pas écouter » ?

En Télémédecine, le médecin doit recueillir avec une extrême précision les symptômes des patients en montrant de l’empathie, tout en se conformant à un protocole rigoureux pour être à même d’apporter une aide des plus efficaces et de prodiguer les meilleurs soins. C’est grâce à une bonne écoute que la décision médicale est prise. En Suisse, les discussions sont enregistrées, ce qui permet d’avoir une prise en charge de qualité.

Les études de satisfaction des patients qui se tournent vers les centres de Télémédecine montrent une très forte adhésion, frisant les 92% tout centre confondu.

On attribue une grande importance à l’examen du patient par palpation pour établir un diagnostic fiable. N’est-ce pas un handicap de la Télémédecine ?

La Télémédecine a ses limites et c’est pour cela qu’on utilise des protocoles rigoureux dans le cadre des consultations à distance. Quand un examen médical s’avère nécessaire, le patient est immédiatement réorienté vers son médecin traitant ou un spécialiste, en veillant préalablement à lui expliquer clairement la nature des examens et autre consultation à passer.

Les chiffres des centres de Télémédecine évaluent à 27% le nombre des patients qui ont été redirigés vers leur médecin traitant ou vers un spécialiste, ou encore vers les urgences. 73% ont bénéficié d’une prise en charge par le biais de la Télémédecine.

Autre avantage précieux de la Télémédecine : améliorer la prise en charge des patients dans les déserts médicaux.

Vous proposez d’installer la Télémédecine en Algérie. Quel intérêt y a-t-il à recourir à cette pratique médicale novatrice pour ce pays ?

Dans les pays jeunes qui ont besoin de se développer rapidement, la Télémédecine est une véritable aubaine. L’Algérie est un pays immense qui nécessite une politique de santé tournée en grande partie vers le numérique, du fait de l’explosion du marché de la téléphonie mobile et une bonne couverture en 3G du territoire, voire en 4G dans certaines wilayas.

Les TIC (Techniques de l’Information et de la Communication) peuvent faciliter un accès rapide au domaine de la cybersanté et le défi culturel que représente la Télémédecine sera mieux accueilli par des pays jeunes, plus familiarisés avec l’utilisation des smartphones, ce mode de communication le plus répandu dans le monde.

L’utilisation de la Télémédecine en Algérie, pays qui a érigé la gratuité des soins, entraînera une économicité de plus de 20% dans les coûts inhérents à la santé.

Les autorités algériennes sont-elles favorables à votre projet ?

J’ai eu des échos très favorables, et pour votre information, certains médecins en Algérie utilisent déjà l’Application MyMedApp lors de consultations à distance.

La Télémédecine préfigure-t-elle la médecine de demain?

Plus largement, il convient d’ores et déjà de parler de cybersanté avec l’avènement des objets connectés (tensiomètre, électrocardiogramme, spiromètre…), à travers laquelle le savoir-faire du médecin se traduira de plus en plus par la pratique de la Télémédecine.

Propos recueillis par la rédaction d’Oumma.

2 commentaires

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  1. Je ne suis pas médecin, le mot Tele veut dire commande à distance.
    Tele phone , Tele vision , Tele metrie , Tele surveillance , tele guidage…….
    La médecine en Algérie est une médecine de guerre, seules les urgences assurent et encore.
    Il n y a pas d’assurance en temps réel et sur place , comment iront les choses à distance.

    Je ne sais pas.

    • Dr. Boudemagh
      Vous avez tout à fait raison. Et il est temps de passer d’une” médecine de guerre “vers une “médecine de paix” : la solution est bien la Télémédecine qui permet un Triage en amont et éviter qu’ un nombre important
      de patients se présentent aux urgences et les Services d’urgences seront rééllement désencombrés.

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