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Egypte : Fatma Nabil, la première journaliste voilée de la première chaîne publique

La mise à l’antenne de Fatma Nabil, dimanche 2 septembre, était une grande première à plusieurs titres qui a fait les heures inédites, voire révolutionnaires, de la télévision égyptienne de l'après-Moubarak : première journaliste voilée à se voir confier la présentation du journal télévisé de la mi-journée, la jeune femme, inconnue du grand public, esquissait là ses premiers pas sur le devant de la scène médiatique, et qui plus est sur la première chaîne d’Etat. Un joli triplé "Premium" !

L’audience fut au rendez-vous pour assister à ses grands débuts, les téléspectateurs égyptiens, les yeux rivés sur leur petit écran, découvrant avec curiosité le nouveau visage emblématique de l’info, signe des temps.

Sobrement revêtue de noir, que seule la couleur crème de son hijab a rehaussé, Fatma Nabil, qui est loin d’être une néophyte puisqu’elle travaillait depuis un an pour Misr 25, la chaîne de télévision des Frères musulmans, a écrit une nouvelle page de l’histoire télévisuelle de son pays, rompant avec l’ostracisme subi par ses consoeurs voilées sous le joug de l'autocratie.

Avec l'élection de Mohammed Morsi à la présidence de la République et la nomination de Salah Abdel-Maqsoud Metwalli au poste de ministre de l'Information, le port du voile n’est plus l’anomalie qu’il convient de reléguer derrière les caméras, il s’affiche et tient même le haut de l’affiche. Forte de l’aval du gouvernement pour apparaître en pleine lumière sur la télévision d’Etat, Fatma Nabil incarne cette nouvelle ère :"Pourquoi le voile est-il montré du doigt en Egypte alors que 70 % des femmes sont voilées ?", a interrogé le ministre de l’Information, samedi, sur une télévision privée, rapporte le journal égyptien Al Masry Al Youm.

L'arrivée de Fatma Nabil à l'antenne est "l'application du principe de justice dans le secteur des médias", dans l'esprit de la révolution égyptienne, a défendu M. Metwalli. "Les critères désormais ne sont plus le voile, qui est un choix personnel, mais les compétences intellectuelles et professionnelles",se félicite, pour sa part, Fatma Nabil. "Finalement, la révolution a touché les médias officiels", a-t-elle déclaré à Justice et liberté, le quotidien des Frères musulmans.

Il y aura certainement un avant et après prestation de Fatma Nabil, dont la portée symbolique devrait créer des vocations. Les journalistes Nermine Bitar et Sarah El-Shinnawy ont ainsi déjà reçu l'autorisation de passer à l'antenne, de même qu'une présentatrice météo.

L'interdiction tacite d'antenne des présentatrices voilées a longtemps été critiquée par les libéraux et les militants des droits de l'homme comme une atteinte aux libertés personnelles, particulièrement dans un pays où la majorité des femmes sont voilées. Cela étant, cette nouvelle visibilité de l’islamisation de la société ne va pas sans susciter une vive polémique nationale, qui ne cesse d’enfler sur la Toile, fustigeant la mainmise de la mouvance islamiste sur les médias.

Quelques semaines auparavant, le Conseil de la Choura, la chambre haute du Parlement, a remplacé les rédacteurs en chef des médias publics et mis à leur place une majorité d'islamistes ou d'alliés politiques. Le syndicat des journalistes égyptiens a accusé le président Morsi de bâillonner les médias. Des journalistes ont, à plusieurs reprises, dénoncé la censure de tribunes anti-islamistes par les nouveaux rédacteurs en chef.

Il n'en reste pas moins vrai que la réhabilitation cathodique des femmes voilées met un terme au sort inique qui les condamnait à rester dans l’ombre. Sortant des coulisses où elles étaient confinées, les journalistes arborant le hijab, compétentes et aguerries, à l’instar de Fatma Nabil, arrivent par la grande porte dans les foyers égyptiens, confiantes en elles et dans leurs valeurs. Un juste retour des choses.

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