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Egypte : la dictature d’Al-Sissi se durcit, à travers une loi liberticide visant la société civile

L’Egypte dirigée d’une main de fer par l’auteur du putsch militaire de l’été 2013, Abdel Fattah Al-Sissi, voit son espace d’expression se réduire comme peau de chagrin et ses libertés fondamentales, acquises à la faveur de la révolution de 2011, être constamment rognées jusqu’à n’être plus qu’un lointain souvenir, au nom d’une « sécurité nationale » qui sert de paravent au durcissement de son règne autocratique.
Droit dans ses bottes, le Maréchal Sissi a frappé un grand coup, lundi 29 mai, de nature à porter un coup fatal à la société civile, à travers la promulgation d’une loi qui encadre étroitement l’activité des organisations non gouvernementales (ONG), condamne à la disparition les associations de défense des droits de l’homme et entrave sérieusement l’action des groupes caritatifs, même apolitiques.
L’Egypte placée sous le joug de la tyrannie de son nouvel homme fort, tombeur du président Morsi démocratiquement élu et considéré par beaucoup, à ce titre, comme parfaitement illégitime, contraint désormais les membres des 46 000 ONG égyptiennes à limiter leurs activités aux secteurs du développement et des questions sociales, sous peine d’encourir cinq ans de prison. Les ONG étrangères seront, quant à elles, contrôlées par une instance composée de représentants de l’armée, du renseignement et du ministère de l’Intérieur.
« C’est la pire [loi] de l’histoire », s’est insurgé auprès de l’AFP Mohamed Zaree, directeur de l’Institut pour les études des droits de l’homme du Caire, frappé d’une interdiction de sortie du territoire et dont l’organisation est poursuivie « pour avoir reçu des fonds d’entités étrangères nuisant à la sécurité nationale ». Dans le collimateur des autorités, les militants pour les droits civiques craignent, quant à eux, le pire. « On pourrait finir en prison (…) et voir disparaître toute la société civile bâtie au cours des trente dernières années », s’alarmait Hossam Bahgat, fondateur de l’Initiative égyptienne pour les droits personnels, avant que cette loi liberticide ne porte le coup de grâce à tous les espaces d’expression libre et à la dissidence.
Derrière le paravent utile de « la sécurité nationale », Al-Sissi a rétabli sans sourciller la censure. Pas moins de 62 journalistes croupissent aujourd’hui dans des geôles infâmes, selon le Réseau arabe pour l’information sur les droits de l’homme (Anhri).
Amnesty International a récemment dénoncé la nouvelle vague d’arrestations visant au moins 36 personnes dans 17 villes d’Egypte, dont 26 sont toujours détenues pour des charges antiterroristes ou pour « insulte au président » sur les réseaux sociaux. Toutes appartiennent à des partis et à des groupes de jeunes liés à l’opposition de gauche et libérale. Le 19 mai, le ministère de l’Intérieur avait déjà annoncé l’arrestation de 40 personnes accusées d’« incitation à la violence » sur les réseaux sociaux. Le Parlement entend désormais légiférer pour contrôler l’accès à des sites comme Twitter et Facebook.
« La répression contre les militants politiques est un nouveau signe du désir des autorités égyptiennes d’écraser toute opposition pacifique et d’étouffer toute vision alternative », déplore vivement Najia Bounaim, directrice d’Amnesty pour l’Afrique du Nord. Des dizaines d’anciens révolutionnaires croupissent déjà en prison pour avoir bravé l’interdiction de manifester.
Le procès qui s’est ouvert au Caire, le 29 mai, contre l’avocat des droits de l’homme et activiste de gauche, Khaled Ali, 45 ans, en est la triste illustration. En effet, ce dernier se retrouve aujourd’hui sur le banc des accusés pour « outrage à la morale publique » en raison d’une photo, dont il réfute l’authenticité, le montrant en train de faire un geste obscène après avoir obtenu gain de cause auprès de la justice pour bloquer le projet du président Sissi de rétrocéder à l’Arabie saoudite les îles de Tiran et de Sanafir, situées au large de Charm el-Cheikh. Mais cette décision a été finalement annulée par une justice aux ordres.
L’impopularité de cette volte-face judiciaire a été telle auprès de la population qu’elle a fait grimper en flèche la courbe de popularité de Khaled Ali, cet ex-candidat à la présidentielle de 2012 qui ne désespère pas de se présenter à nouveau à l’élection suprême l’année prochaine. Pas question que sa notoriété et ses ambitions fassent de l’ombre au despote Sissi, ou contrarient ses sombres desseins, aussi en le mettant à l’ombre, les fers aux pieds, la dictature égyptienne le musellerait pour de bon.

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