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Critiquer l’islam en s’appuyant sur une chercheuse islamophobe : la méthode Michel Onfray

L’opportunité était trop tentante : à la faveur du récent assassinat d’un soldat britannique par deux extrémistes religieux, Michel Onfray, invité sur BFM TV pour promouvoir son dernier ouvrage, a déployé son discours simplificateur et récurrent à l’encontre de l’islam. Au micro de Jean-Jacques Bourdin, le philosophe-tragédien a déclamé sa diatribe en réponse à une question saugrenue posée par un auditeur et relayée avec complaisance par l’animateur (0’40 à 4’et 6’30 à 8’30).

L’intellectuel n’est pas seulement féru de raccourcis historiques ou d’approximations dans son exégèse des textes de la religion musulmane. Il n’hésite pas également à inventer des versets du Coran (à 7’43) tel celui censé prescrire d’ « égorger son voisin si… etc ». Ce n’est pas la première fois : en 2009, sur le plateau de Ce soir ou jamais, le missionnaire de l’athéisme avait ainsi tenté de faire croire au téléspectateur -avant d’être corrigé par Frédéric Taddeï- que « l’excision » était, à l’instar du « port du voile », également prescrite par l’islam.

Neocroisé des neocons

Dans l’entretien de BFM TV, un passage est révélateur : Michel Onfray confirme (à 1’53) son affirmation -extraite de son ouvrage- selon laquelle « 250 versets du Coran, sur les 6235 du livre, justifient et légitiment la guerre sainte, le djihad ». Ce chiffre n’est pas, cette fois-ci, une invention personnelle : il correspond exactement à celui professé par Anne-Marie Delcambre, une autrice spécialisée dans la critique systématique et globalisante de la religion musulmane. Elle défend notamment l’idée selon laquelle les termes « islam » et « islamisme » sont indifférenciés. Dans son ouvrage « L’islam des interdits » paru en 2003, elle exprima, à la page 22, cette analyse qui lui est propre : « L’obligation de la guerre sainte se trouve bien dans le Coran. Le thème occupe environ 250 versets sur 6235 ».

Proche du neoconservateur Daniel Pipes, figure majeure de l’islamophobie américaine, Anne-Marie Delcambre a connu son heure de gloire télévisée en 2012. C’était dans l’émission de Frédéric Taddeï, aux côtés de Véronique Genest (une actrice toujours engagée en politique). Voici un extrait de son édifiante intervention lors d’un débat consacré à l’islamophobie :

En 2010, elle était l’invité-surprise des « Assises internationales sur l’islamisation ».L’inénarrable Jean Robin avait alors réalisé une interview indulgente de l’intéressée dans -cela ne s’invente pas- un local à poubelles.

Quant à Michel Onfray, philosophe athéiste qui affirme ne pas distinguer les trois monothéismes  dans sa critique tout en précisant, par ailleurs, qu’il « n’existe pas de menace chrétienne ou juive », gageons que sa diabolisation militante de l’islam aura les effets escomptés auprès d’un public conquis d’avance. Tel est ainsi le cas de la mouvance ultra-sioniste.

Nietzsche en maillot de bain

Souvenez-vous de Dreuz.info, ce site violemment anti-arabe et anti-musulman dont Oumma vous a récemment relaté les déchirements internes à la suite de l’affaire Taguieff. L’un de ses contributeurs les plus exaltés, dénommé Jean-Patrick Grumberg, a interviewé le philosophe anticlérical qui était curieusement muni d’une kippa siglée à son nom. Cet échange improvisé s’est déroulé, en mars dernier, dans le café d’une plage de Tel-Aviv : Michel Onfray était alors de passage en Israël pour donner une conférence sur Albert Camus et se disculper, au passage, d’être un « antisémite » (à la suite, notamment, de la controverse autour de sa critique, l’an dernier, de la Torah).

Extrait :

« Je crois qu’Israël montre ce qu’est un Occident découplé de l’Europe. Je suis un farouche défenseur des valeurs de l’Occident – liberté, égalité, fraternité, laïcité, féminisme. On voit donc, à Tel-Aviv, mais pas à Jérusalem que je n’ai guère plus et mieux vu, un Occident non européen avec ce que Nietzsche nommerait une « grande santé », une vitalité – des corps montrés sans complexes, une jeunesse radieuse, un nombre incroyable de femmes enceintes, de couples avec des enfants ou des poussettes. Le versant solaire de la méditerranée se manifeste sur les plages de Tel-Aviv alors que le versant nocturne des trois monothéismes fait la loi à Jérusalem ».

Accorder un entretien à un média notoirement raciste et se faire le chantre lyrique d’une puissance coloniale présentée comme la quintessence de l’Occident : Michel Onfray a beau jeu de s’indigner de « l’obscurantisme » prôné, selon lui, par l’islam. Il n’a, en tout cas, pas démérité son titre de « prêtre honoraire » attribué -ironie de l’histoire- par « SaSainteté » Claude Vorilhon, gourou du  mouvement raëlien qui se présente comme la plus grande organisation athéiste au monde. Il est vrai que le surnommé Raël avait déjà attaqué l’islam dans le passé au point, quant à lui, d’en suggérer « l’ interdiction ». Son « prêtre » Michel Onfray est visiblement prêt à reprendre le flambeau.


 

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