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Côte d’Ivoire : pour Sarkozy, « soutenir un musulman » au pouvoir est un « signe d’ouverture »

A droite comme à gauche, nombreux sont ceux qui se disent agacés par le procès en islamophobie si souvent intenté à l’encontre du chef de l’Etat. Leur irritation risque pourtant de s’installer durablement. Pour ceux qui doutaient ainsi des propos tenus par des diplomates européens selon lesquels Nicolas Sarkozy aurait un « sérieux problème » avec les musulmans, voici une nouvelle bévue présidentielle qui devrait convaincre les derniers indécis.

Rapportée hier par Le Canard Enchaîné, la scène se déroule en Conseil des ministres. Abordant la question ivoirienne, le président de la République lâche ces mots : « Il ne faut pas oublier que Gbagbo est catholique et que Ouattara est musulman. Le fait de soutenir le second est un signe d’ouverture de notre part ».

Nul ne sait si Nicolas Sarkozy s’était adressé la même réflexion saugrenue lorsqu’il avait célébré, en 1990, le mariage d’Alassane Ouattara dans sa mairie de Neuilly-sur-Seine. De même, le Président aurait tout aussi bien pu vanter son « ouverture » au libéralisme financier qu’incarne également le nouveau dirigeant de la Côte d’Ivoire. Problème : l’identité musulmane de Ouattara est visiblement plus prégnante à ses yeux que son cursus professionnel forgé aux Etats-Unis. On connaissait auparavant « l’ouverture » à la gauche et à la « diversité », tant affichée lors de son investiture en 2007. Il faudra dorénavant compter sur un nouveau concept, notamment appliqué aux relations avec les anciennes colonies : « l’ouverture à l’islam ».

Une déclaration aux connotations religieuses et partisanes qui va à l’encontre du principe de laïcité ? Impossible : l’actuel chef de l’Etat a exprimé, lorsqu’il était ministre de l’Intérieur en 2003, des propos mesurés à destination de la Commission Stasi chargée de la fameuse « loi anti-voile »  : « Je crois essentiel de commencer par définir ce qu’est la laïcité, notamment dans son rapport au religieux. Ma conception est simple, c’est bien celle de la loi du 9 décembre 1905 concernant la séparation des Eglises et de l’Etat. “La République garantit la liberté d’exercice des cultes, sous les seules réserves édictées par l’ordre public. Elle ne reconnaît aucun culte”. Cela signifie qu’elle les accepte tous et n’en favorise aucun ».

Malheureusement, qu’il s’agisse du débat  « islam et laïcité » ou du scandale révélé par Mediapart à propos d’étudiants juifs pratiquants favorisés par l’Élysée, Nicolas Sarkozy semble encore peiner à traduire ses paroles en actes. Quant aux rebelles libyens soutenus par la France, ils savent désormais ce qu’il leur reste à faire pour se démarquer les uns des autres et accéder au pouvoir sous le regard bienveillant du chef de l’Etat. Au mieux, se convertir discrètement au christianisme évangélique très en vogue en Afrique ; au minimum, prôner avec panache un islam light et sans édulcorants. En un mot, un islam sarkocompatible.

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