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BHL à la rescousse de DSK : une « honte pour la France » selon la presse américaine

Déliquescence. La tribune publiée par Bernard-Henri Lévy pour « défendre » son « ami » Dominique Strauss-Kahn suscite la consternation aux Etats-Unis. Morceaux choisis.

Lundi, l’écrivain Bernard-Henri Lévy a mis en ligne un papier intitulé « Défense de Dominique Strauss-Kahn ». Cette tribune sera reprise dès le lendemain sur le site de l’hebdomadaire Le Point. Son propos ? L’expression d’une colère quant aux circonstances exactes qui ont entouré l’arrestation à New-York de son « ami de vingt-cinq ans », Dominique Strauss-Kahn, à la suite d’une accusation de tentative de viol par une employée de l’hôtel Sofitel. Mardi matin, au micro de France Inter, BHL a démenti les rumeurs faisant état de comportements menaçants de l’ex-dirigeant du FMI à l’encontre des femmes. Interrogé (à 4’20) par Pascale Clark à propos d’un éventuel doute, l’écrivain a répondu sur un ton cinglant : « Vous vous foutez de ma gueule ? Vous croyez que j’aurais été ami si je croyais une seconde que Strauss-Kahn était un violeur compulsif ? Tout cela est grotesque ! »

Quelques heures plus tard, BHL a réitéré avec la même véhémence sa défense de DSK sur l’antenne de CNN. Un site américain, The Daily Beast, avait auparavant traduit et reproduit son billet en défense de l’homme incarcéré dans la prison de Rikers Island. Aussitôt, les réactions indignées parmi les journalistes locaux n’ont pas manqué d’apparaître.

Pour le New York Times, Maureen Dowd observe, non sans malice, que BHL n’a pas évoqué l’affaire Dreyfus pour illustrer son plaidoyer. Melissa Bell du Washington Post est davantage affligée : « C’est une méthode classique pour des avocats de la défense de blâmer la victime dans une affaire de viol. Il est honteux que Lévy ait adopté la même tactique ».

Au sein même du media US qui a publié la chronique de BHL, un célèbre chroniqueur, Andrew Sullivan, se révèle lapidaire : « Il se manifeste pour défendre sa classe ». Dans un article publié par le populaire Huffington Post, Asher Smith a la plume acérée, fustigeant – à propos de l’argumentation de BHL- une « rationalisation pathologique de l’agression sexuelle ». Pour Ben Smith de Politico, à propos de « la défense de Dominique Strauss-Kahn par Bernard-Henri Lévy, plus connu récemment pour avoir embarqué la France et nous autres en Libye », on « doit la lire pour y croire ».

Quant à Jonah Goldberg du National Review, il est impitoyable : « Je suis fier de vivre dans un pays dans lequel une femme de ménage peut faire débarquer un dirigeant international d’un avion en partance pour Paris. Si ce genre de chose est impossible en France, eh bien honte à la France et honte à Lévy pour penser différemment ».

Taylor Marsh, analyste politique pour The Moderate Voice, ne manque pas de métaphores pour réagir à l’attitude de BHL : « Il est le Charlie Sheen de la philosophie, le Donald Trump de la bouffonnerie carriériste, la version Wall-Mart de Sartre ». Après avoir ironiquement dépeint la plaignante en « agent d’une conspiration transatlantique et anti-socialiste », Tom Scocca de Slate échafaude d’autres extrapolations piquantes : « Si Lévy avait accablé Kadhafi comme il défend Strauss-Kahn, les Marines seraient actuellement en train de protéger Tripoli ». Plus sévère, le site Feministe qualifie la tribune de BHL de « bel exemple de blâmons-la-victime et de mes-amis-ne-peuvent-commettre-aucun-mal ».

D’autres préfèrent adopter un ton plus caustique. C’est le cas de Matt Duss. Ce membre d’un think-tank de Washington a exprimé sur Twitter son agacement au sujet de BHL au point d’envisager des représailles radicales : renommer- à nouveau– les fameuses « frites françaises » (French Fries) en « frites de la liberté ».

Relayé par le Wall Street Journalun quotidien d’ordinaire plus favorable à l’endroit de Bernard-Henri Lévy, le billet le plus ravageur résulte de la plume talentueuse de Matt Welch : intitulé « BHL, la honte nationale de la France », son auteur dresse un bilan sans concessions de l’intéressé. Un homme qualifié de « millionnaire narcissique doté de chemises sans boutons » et aux multiples « professions prétendues ».

L’image déboutonnée de la France

En raison de sa critique véhémente de la justice américaine et de son soutien à l’égard d’un homme considéré aux Etats-Unis comme un criminel présumé, Bernard-Henri Lévy semble avoir rapidement perdu toute crédibilité pour une bonne partie de l’intelligentsia outre-Atlantique. Pourtant, quatre mois auparavant, il était encore accueilli chaleureusement par la plupart des grands networks audiovisuels. Quitte à faire- déjà- ricaner certains téléspectateurs : le 12 janvier, BHL, reçu par le célèbre animateur Stephen Colbert, avait dû endurer avec le sourire les sarcasmes de l’interviewer, visiblement peu impressionné par le personnage.

Aujourd’hui, en reprenant à son compte les insinuations douteuses et autres spéculations hasardeuses de certains défenseurs zélés de DSK, Bernard-Henri Lévy s’avère finalement contre-productif en polarisant davantage l’opinion publique américaine. Les aléas de l’expédition libyenne –dont il est l’un des principaux responsables- n’auront pas rendu plus humble le va-t-en-guerre du café de Flore. Et malgré leurs inébranlables certitudes, il est parfois des amis à la rescousse qui précipitent, ce faisant, une chute inéluctable.

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