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Algérie: les opposants sous haute surveillance sur les réseaux sociaux

Sous prétexte d’aider les régimes amis à lutter contre la cyber criminalité, l’Union Européenne apporte aux régimes répressifs amis les moyens d’espionner leurs opposants sur les réseaux sociaux

Ah que les révolutionnaires sont naïfs ! Les hirakistes maghrébins qui se sont mobilisés ces deux dernières années -aussi bien dans les rues d’Algérie que dans le Rif marocain- pour protester contre les deux régimes en place à Alger et à Rabat, pensaient naïvement qu’avec la pandémie du Covid19 ils allaient, faute de marches, maintenir sur la toile la flamme de leurs nobles combats pour la démocratie. Les printemps arabes de 2010 et 2011, ne l’oublions pas, n’auraient jamais eu lieu sans les réseau sociaux.

L’Algérie et le Maroc sont aujourd’hui capables de repérer vite et arrêter manu-militari les militants qui s’expriment encore librement sur les réseaux sociaux. Merci l’Union européenne

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Sauf qu’en moins de deux ans le rapport de force a radicalement changé, les régimes en place ont vite fait de rattraper leur retard technologique et  se sont largement équipé pour contrer les cyber-activistes. Comme en Egypte ou en Arabie Saoudite, ces deux grands pays champions en la matière, l’Algérie et le Maroc sont aujourd’hui capables de repérer vite et arrêter manu-militari les militants qui s’expriment encore librement sur les réseaux sociaux. Merci l’Union européenne ! Car c’est elle qui aide ces pays à se doter des outils nécessaires pour traquer sur les réseaux sociaux « les indésirables ».

Des opposants sous surveillance

Officiellement ce transfert de technologie est censé servir les bonnes causes :  lutter plus efficacement contre la cybercriminalité, combattre la radicalisation et la propagande des jihadistes, traquer les réseaux impliqués dans l’immigration clandestine et la traite d’êtres humains,  et mettre hors d’état de nuire les prédateurs sexuels et les trafiquants de drogue. Si on voulait être vache avec l’Union européenne, on pourrait lui demander des comptes. Combien d’intégristes, de pédophiles, et d’escrocs arrêtés grâce à leurs soutiens logistiques aux pays du Maghreb ? Pas grand monde, comme c’est étrange.  Et combien de leaders et de militants politiques, du camp démocrate bien sûr, d’avocats et de défenseurs des droits de l’homme, de  journalistes et d’étudiants activistes se sont retrouvés en prison suite à un post publié sur Facebook ou Tweeter? Quelques milliers recensés au Maghreb, et des dizaines voire centaines de milliers si on y ajoute l’Egypte et l’Arabie Saoudite, comme c’est regrettable !

La duplicité des formateurs européens

Ce n’est certes pas un scoop, on sait au moins depuis deux ans que les pays arabes, à l’instar de la Chine, l’Iran, l’Inde, le Vénézuela ou la Russie, « développent des stratégies perfectionnées pour combattre les voix dissidentes en ligne » – pour reprendre la formule pudique de Reporters Sans Frontières qui dénonce en vain le pouvoir multiforme des « ennemis de l’information libre ».

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Ce n’est pas un scoop, bis, car il y a un an un, en décembre 2019, un groupe de militants, artistes et universitaires arabes des plus influents ont déclaré dans une lettre ouverte qu’ils ne considéraient plus Twitter ou Facebook comme des plateformes sûres. Le journaliste indépendant britannique Simon Hopper va plus loin. Dans une enquête documentée publiée ce vendredi 20 novembre 2020 par le site le reporter précise que « les formateurs européens ont également appris aux policiers algériens à créer de fausses identités en ligne – lesquelles ont été reliées à la diffusion de désinformation et de propagande gouvernementale dans le pays –, dans le cadre d’un cours sur les méthodes de renseignement provenant de sources ouvertes (en anglais open source intelligence, OSINT) organisé au plus fort des manifestations populaires l’année dernière ».

Cette « formation » en Algérie, offerte par l’UE aurait été dispensée à vingt policiers du 21 au 25 avril 2019, quelques semaines seulement après la démission contrainte du président du pays Abdelaziz Bouteflika. Selon l’agence de l’Union européenne pour la formation des services répressifs, il s’agit d’un des quatre cours dispensés en Algérie auprès de 85 officiers.

Des logiciels espions

Toujours selon Simon Hopper, l’UE aurait fournit au Maroc et à l’Algérie des logiciels pour gérer plusieurs fausses identités en même temps : « Les policiers avaient pour instruction de créer et d’entretenir des comptes « faux-nez » (deuxième compte pour un même utilisateur), d’acheter des cartes SIM dans un magasin local pour publier en dehors des heures de travail en évitant les réseaux privé et professionnel, de créer une « story » pour se fondre sur internet, et d’utiliser des logiciels pour gérer plusieurs fausses identités en même temps ».
Article dans son intégralité ici 

Calculs cyniques

Cela ne risque-t-il pas de faire de l’Union européenne une complice des abus des régimes en place ? « C’est, au mieux, incroyablement naïf ; au pire, c’est franchement dangereux » estime Edin Omanovic, le directeur de plaidoyer de Privacy International, interviewé par Simon Hopper.

Cette politique, naïve ou dangereuse, nous rappelle amèrement cet épisode cynique qui a fait couler beaucoup d’encre avant d’être aussitôt oublié. Qui se souvent de la ministre des Affaires étrangères de Sarkozy, Michèle Alliot-Marie,  proposant, au début du printemps arabe en janvier 2011, « le savoir-faire français » à la police tunisienne pour « régler les situations sécuritaires » …. quelques jours à peine avant la chute du dictateur Ben Ali.

Il ne suffit pas d’avoir des moyens technologiques, il faut aussi former des « mouches » sur place. Les « mouches électroniques » sont des personnes recrutés  pour saturer l’administration des RS de « signalements » de pages ou de comptes personnels d’opposants, et de journalistes influenceurs et de jouer les trolls en commentant les posts et en dénaturant les propos des uns et des autres. Cet étudiant  raconte par le détail ses journées passées dans une immense villa du quartier d’Hydra, sur les hauteurs d’Alger, en compagnie de 240 mouches électroniques recrutés au noir.

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Le nouveau site algérien Twala a rencontré une des mouches réquisitionnée pour mener la campagne du 5ème mandat… Son témoignage à lire ici  est édifiant. Cet étudiant  raconte par le détail ses journées passées dans une immense villa sur les hauteurs d’Alger. « Il n’y avait pas de contrat de travail, mais nous nous sommes mis d’accord sur un salaire mensuel de 40.000 DZD (200 euros). Au début, la durée de travail devait s’étaler sur trois mois (février, mars et avril) mais c’était avant que le plan ne tombe à l’eau quelques jours plus tard, avec l’irruption du mouvement populaire du 22 février et la mise en échec du projet du cinquième mandat d’Abdelaziz Bouteflika. Ils nous ont alors demandé de rentrer chez nous, nous disant qu’ils allaient nous rappeler plus tard».

Mondafrique

Un commentaire

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  1. Algérie: les opposants sous haute surveillance sur les réseaux sociaux OUI MAIS .. faut il associer cet act aussi au maroc par solidarité affectueuse on va dire? hhhhh « Ah que les révolutionnaires sont naïfs ! Les hirakistes maghrébins qui se sont mobilisés ces deux dernières années -aussi bien dans les rues d’Algérie que dans le Rif marocain- pour protester contre les deux régimes en place à Alger et à Rabat »

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