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Algérie : l’appel de N. Boukrouh pour une révolution citoyenne pacifique

Avec l’accord de l’éminent intellectuel algérien, Noureddine Boukrouh, nous publions l’appel, au fort retentissement de l’autre côté de la rive méditerranéenne, qu’il a lancé récemment.

Disciple de l’illustre Malek Bennabi, dont il décrypte la profondeur de la pensée dans des articles étayés que nous avons l’honneur de diffuser régulièrement sur Oumma, Nourredine Boukrouk plaide sans relâche pour une réforme de l’islam et pour que triomphe un Etat de droit « démocratique et social » en Algérie.

Aspirant à provoquer une prise de conscience collective salutaire, cet islamologue et visionnaire éclairé, respecté pour son intégrité, exhorte aujourd’hui les Algériens et les Algériennes à une  « révolution citoyenne pacifique » que l’échéance cruciale de l’élection présidentielle de 2019 rend nécessaire et impérieuse.

 

L’Algérie s’achemine lentement mais sûrement vers un tournant critique de son histoire qui peut déboucher sur son salut ou son basculement dans l’inconnu.

Les deux options sont ouvertes devant elle et ont des chances égales de s’imposer, à moins qu’une puissante volonté populaire ne tranche résolument en criant : ce sera le salut !

L’ETAT DE LA NATION

Un demi-siècle après la reconquête de sa souveraineté nationale grâce à la révolution du 1er novembre 1954 déclenchée par 22 jeunes Algériens, le peuple algérien, renouvelé par l’arrivée à maturité de nouvelles générations, est en capacité de revendiquer son statut de source de tous les pouvoirs et son droit constituant que lui ont reconnu les constitutions algériennes depuis 1962 mais que ses dirigeants imposés ne lui ont jamais permis d’exercer.

L’Algérie est devenue indépendante sans savoir ce qu’elle allait faire de son indépendance, sans répondre à des questions fondamentales comme celle de l’identité, sans impliquer le peuple et ses élites éclairées dans la prise de décision à travers des institutions véritablement démocratiques et opérationnelles. Elle fut soumise pendant tout ce temps à une longue série d’essais et d’erreurs qui ont conduit à l’impasse économique et politique actuelle.

Notre pays et son économie ont été placés dans une totale dépendance des hydrocarbures, une richesse non renouvelable. Les mois et années qui viennent vont être difficiles alors que le pays n’est plus gouverné sur la base de la raison et de l’intérêt général, mais d’un attachement maladif au pouvoir et d’intérêts personnels.

Notre devoir est de réagir intelligemment et dans la légalité devant la dérive qui est en train de nous conduire à la catastrophe, en ayant à l’esprit la fidélité aux idéaux pour lesquels les « chouhada » sont morts. Le moment est venu de donner à ces idéaux les formes concrètes d’un Etat de droit « démocratique et social » selon les termes de la Déclaration du 1er novembre 1954.

A QUI S’ADRESSE CET APPEL ?

Cet appel s’adresse à la conscience algérienne, à tous les actionnaires de la maison Algérie qui se trouvent sur le territoire national ou en n’importe quel endroit du monde, à toutes les générations d’hommes et de femmes engagées ou non dans l’activité politique ou associative, dans toutes les institutions ou à la retraite, à toutes les catégories sociales, dans toutes les régions, de toutes les langues et de toutes les confessions.

QU’EST-CE QU’UNE REVOLUTION CITOYENNE ?

Une révolution morale est la prise de conscience, quand tout va mal et de travers, quand on sent qu’on est cerné par le danger et qu’on est sur une mauvaise route, qu’on doit changer sa vision des choses et de direction. C’est une prise de conscience collective et simultanée. On ressent alors le besoin de faire mieux, d’aller vers mieux, de construire un autre modèle de vie que celui qui a été sanctionné par l’échec.

Une révolution citoyenne est le mode opératoire qu’on adopte pour changer pacifiquement l’état de choses en question. La communion dans un sentiment commun s’accompagne de l’évidence que nul ne peut à lui seul créer le changement, qu’il doit être l’œuvre du plus grand nombre possible, et avoir pour finalité le bien de tous.

SE LEVER ET NON SE SOULEVER

Le défi que nous devons relever est d’agir en contournant les risques d’exposer notre pays à une nouvelle tragédie alors que les séquelles de celle des années 1990 sont encore visibles. Nous devons nous réveiller à notre devoir envers notre patrie et ne pas attendre que la catastrophe soit là pour nous révolter dans l’improvisation et l’anarchie, nous attaquant aux services publics, aux forces de l’ordre ou aux biens publics et privés.

Nous pouvons agir chacun à partir du lieu où il se trouve. D’autres voies et moyens que la violence, les troubles à l’ordre public, les manifestations dans la rue ou la désobéissance civile sont proposés par les nouvelles technologies de l’information et de la communication (réseaux sociaux, médias électroniques, vidéos, courriels, smartphones…)

On peut agir de concert sans se connaître, sans se rencontrer, sans se réunir et par des procédés uniquement légaux et démocratiques. Il existe aujourd’hui des techniques plus efficaces que les armes, l’action clandestine ou les tracts pour faire connaître sa cause, convaincre les autres de sa justesse, en débattre et mobiliser autour d’elle.

SE LEVER POUR QUOI FAIRE ?

Nous devons converger vers un but commun qui est de dire « Non ! » à la situation actuelle en attendant le moment de le faire par les urnes. L’élection présidentielle prévue à l’échéance d’avril 2019 offre l’opportunité historique d’en finir avec le « système », mais il ne faut pas exclure qu’elle soit précipitée par une cause quelconque.

Le délai qui nous en sépare suffira à peine pour donner à cette révolution citoyenne pacifique toutes ses chances de succès car il s’agit de remplacer un mode de pensée par un autre pour enfin arriver à remplacer le « système » par un Etat de droit.

Tout Algérien ou Algérienne doit marquer une pause de réflexion, procéder à son examen de conscience et se dire : « Je dois cesser de penser comme avant ! Je dois faire quelque chose pour mon pays et mes compatriotes ! Mon exemple sera suivi par d’autres ! Je vais le faire parce que l’autre va le faire aussi et que j’en profiterai ! ».

Au sentiment de résignation qui nous paralysait jusqu’ici, à l’attitude démissionnaire à laquelle nous étions acculés, à la passivité justifiée par la formule populaire (« takhti rassi !»), opposons avec force une autre formule populaire (« rassi w rassek fi chachiya wahda ! »).

Il faut vaincre notre inertie car elle est le principal obstacle à notre libération mentale. Il faut libérer la volonté algérienne du fatalisme véhiculé par le charlatanisme et l’esprit du douar. Chacun doit effectuer un travail de proximité dans sa famille, son quartier, son lieu de travail ou d’étude, sur les réseaux sociaux pour généraliser l’éveil et élargir la résolution d’agir pour changer notre état et notre Etat.

PAR QUOI COMMENCER ?

Une cause, une nation, naît dès le moment où un idéal soude ses membres et les met en mouvement vers un objectif commun. Focalisons-nous dans une première étape sur ces quatre mots d’ordre que chacun et chacune doit répercuter par tous les moyens accessibles :

– Non au recours à la planche à billets pour payer les salaires !

– Non à un cinquième mandat !

– Non à une succession arrangée d’en haut !

– Non à l’instrumentalisation de l’ANP, des collectivités locales, des services de sécurité et de la justice pour pérenniser un pouvoir devenu illégitime et nuisible à l’intérêt du pays !

Les Algériens et Algériennes qui veulent construire une nouvelle Algérie doivent proclamer dans leurs échanges, leurs commentaires et leurs écrits que le temps de la cooptation d’un candidat à l’élection présidentielle par des forces occultes, puis sa « consécration électorale » par la fraude est terminé. Nous ne l’accepterons plus, nous sommes assez mûrs pour décider par nous-mêmes, pour nous-mêmes et pour nos enfants.

Ensemble, et avec l’expertise nécessaire dont il faudra s’entourer le moment venu, nous travaillerons à la mise au point d’un dispositif capable de garantir la transparence totale et la sincérité absolue des résultats des urnes.

Nous devrons, enfin, prendre à témoin le monde qu’en Algérie une lutte pour la liberté, la démocratie et le libre exercice de la souveraineté populaire s’est ouverte et qu’elle ne cessera pas avant d’avoir atteint ses objectifs : la conquête de notre citoyenneté et de notre dignité.

PROTEGER CETTE INITIATIVE

La meilleure façon de garder un secret est de ne pas en avoir. Cette initiative est publique, ses objectifs clairs, son mode opératoire pacifique et son but l’intérêt de l’Algérie et des Algériens. Pour la protéger, il faut d’abord partager la matière postée sur cette page Facebook avec des milliers d’autres pages et sites.

QUELLE SERA LA SUITE ?

Cet Appel est en soi un lieu de rassemblement. Il faut lui assurer la plus large diffusion en arabe, tamazight, français et anglais. Il est aussi un lieu de réflexion, de débat et de propositions sur les actions à préparer à partir de maintenant pour réaliser la convergence populaire en vue de construire une nouvelle Algérie avec un esprit et des institutions rénovés.

Il sera suivi d’autres, en fonction de l’évolution des évènements.

14 commentaires

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  1. Merci Mr Boukrouh pour cet appel à une révolution citoyenne pacifique.
    J’espère qu’il sera entendu par le plus grand nombre en Algérie et également par la diaspora Algérienne.

    Rassi w rassek fi chachiya wahda !

      • Désolé de vous contredire, mais le terme “diaspora” signifie : Dispersion d’un peuple ou d’une ethnie à travers le monde (voir tout dictionnaire digne de ce nom).
        Cela n’implique pas forcément que le peuple ou l’ethnie concerné n’ait pas de pays même si à l’origine ce terme était essentiellement utilisé pour la diaspora juive. Il est maintenant utilisé dans le langage commun pour tout peuple ou ethnie vivant hors de son pays.

    • En visitant la page facebook de M. Boukrouh, vous pourrez si vous le voulez, avoir une information précise sur ce qu’entend celui-ci par la réforme de l’islam. Il s’agit, non pas des dogmes, mais des pratiques séculaires qui ont plombé les sociétés musulmanes, sous prétexte de taqlid…

  2. J’aimerai juste poser une question à tous ceux et celles qui perdurent sur la scène politique depuis 1962 jusqu’à ce jour à travers les différents partis politique (FLN, RCD, RND …ect.) incluant même ceux méconnus de chez les citoyens Algériens :

    Si vous clamez haut et fort un changement politique ainsi que celui du système en place (action louable et tant espéré), sachant que le peuple Algérien a perdu toute confiance en l’ensemble des partis politique concernés. POURQUOI NE LAISSEZ VOUS PAS DES CANDIDATS INDÉPENDANTS se présenter à la présidentiel pour qu’on ai un président indépendant de toute influence et/ou manipulation interne et externe qu’exerce sans cesse les différents lobby religieux, affairistes, militaire et même politique et ainsi recouvrer une gestion indépendante et transparente.

    A quoi sa sert de déloger un personnage pour en hérité un autre surement pire que lui, voir, revanchard envers une partie du peuple car nous savons tous que la maladie la plus grave dont souffre l’Algérie en ce moment, c’est bien LE RÉGIONALISME et le RACISME RÉGIONAL qui tue notre peuple à petit feu.

    Cédez vos place, les vieux partis !!!
    Cédez la place aux plus compétents, pas aux plus jeunes, car nous savons que vous mettrez vos enfants et vos gendre à votre place lorsque la question de la jeunesse est tirée [ FA9OU ]

    Vous avez fait votre temps … Plus vite vous accepterez cette réalité, plus vite l’Algérie s’en sortira de vos griffes !!

    A bons entendeurs

    • flène
      Pour aller dans votre sens, il ne peut y avoir de renouveau (et donc d’espoir) en Algérie sans justement un renouvellement de la classe politique. On voit où après plus d’un demi-siècle de dictature du FLN et de l’armée ont mené le pays. L’Algérie, l’un des pays les plus riches d’Afrique, n’est pas capable d’offrir à ses citoyens un système médical ou d’éducation nationale digne et fonctionnel. Sans parler des libertés élémentaires bafouées.

      Si l’establishment (en vérité une mafia) politique est sûr de ses idées, de son programme, pourquoi ne laisse-t-il pas la -vraie- opposition s’exprimer?

  3. Non Monsieur Boukrouh, je ne vais pas tenter d’inscrire votre appel dans une artère pamphlétaire aux fins d’en limiter la portée!.. Je sais que vous avez la maîtrise du débat intellectuel et que vous êtes en mesure d’en contrôler certains accès mais … vous semblez ignorer que le peuple algérien a compris depuis longtemps que « si les girouettes tournent c’est bien grâce au vent » ; il est donc capable de porter un jugement.
    Vous aurez donc compris que vous devez mettre l’intégrité au cœur de ce débat public que vous semblez vouloir créer dans la précipitation. Cela vous permettra immanquablement d’éviter la polémique que certains imposteurs médiatiques ainsi que d’autres ayant une seule chose à laquelle ils disent “oui”

    , déjà à l’affut, vont utiliser pour nuire à notre chère Algérie et pour vous nuire à vous-même. Non ; je ne vous demande pas de ne pas dénoncer, à juste titre, les responsables politiques qui nous ont trahis, je vous demande juste de tenir compte du fait que l’existence de ces corrompus ne doit pas masquer le formidable apport des “intellectuels intègres” à la société …
    Pour cette « denrée », la fin ne justifie pas les moyens, la cause qu’ils défendent, l’Algérie donc, passe avant tout ! Tout en refusant de suivre « les modes d’emploi », ces intellectuels intègres sont prêts à prendre des risques pour ce qu’ils pensent être juste, pour l’Algérie et rien que pour l’Algérie ! Ils refusent donc d’utiliser de « la fausse monnaie intellectuelle » pour convaincre.
    Il ne va donc pas s’agir d’actions clandestines et d’usage de tracts comme vous le proposez, mais d’un débat libre entre les élites algériennes, sans manipulation de l’opinion, ni de désinformation, juste pour rapprocher, un peu plus, le peuple de sa chère patrie qu’est l’Algérie. Les moyens sont là, à portée de tous, vous les avez exposés vous-même !.. Si Mohammed B. sait bien, lui, qu’entre l’excellence et la médiocrité la frontière n’est pas tellement étanche, alors essayons de la renforcer!..
    Etes-vous partant pour ce débat, Monsieur Boukrouh ? Ou … Préféreriez vous plutôt chercher « quelque chose fel-berwak » comme le disait si bien l’architic (comprendre : l’Archiduc) bien de chez vous, bien de chez nous ?..

  4. de quel réforme de l’islam vous parler (ou s’agit-il d’une déformation de l’islam qu’on nous propose. De même quelle est le projet de cette révolution ? s’incrire dnas la mondialisation actuelle marquée par le libéralisme économique qui opprime les travailleurs, par la financiarisation qui créée des crises par une économie qui tue la planete qui généralise la concurrence entre entreprise et etat et provoques les conflits actuels ?
    et comment se débarrasser d’un Etats mafieux qui tient l’armée en son pouvoir qui a le soutient des puissances étrangères?

  5. Parce que je crois, Messieurs que la France, l’ex maitresse des lieux, continue de parader dans les couloirs du pouvoir et de peser de tout son avis sur les affaires du pays. Je l’ai dit souvent, ici précisément, que 50 ans ne suffisent à faire d’un pays une nation, mais je garde espoir car tout comme Rome qui ne sait pas faite en 1 jour, l’Algérie est en passe d’y arriver, ayant à son tour mis fin à l’inévitable traversée du désert qu’Elle connaîtra. Je crois en revanche, que la fin des hydrocarbures est une aubaine qui verra les algériens revenir aux fondamentaux: la débrouillardise, “dabar rassek”(cherche dans ta tête). Peut-être que je me “trump”, peut-être pas, mais le pays est en voie de “détutellisation” et maintenant il faut y aller. Je suis de tout cœur avec ce projet Docteur, merci mille fois et œuvrons pour l’Algérie, rassi w rassek fi chachiya wahda!

  6. Votre message s’adresse a l’elite qui ne peut rien faire c’est pour ce la que le pouvoir vous laisse tranquile
    Les citoyens qui peuvent vraiment changer sont les miserables et les illetrés et qui ne peuvent plus ou ne veulent plus vous entendre
    Vous n’etes qu’un analyste qui s’exprime bien mais sans espoir ….desolé pauvre algerie

  7. Moi je pense que toute initiative évoquant les verbes changer et puis construire est bien entendu la bienvenue, c’est ce que Monsieur Boukrouh essaye de faire, cependant ne rien faire et attendre la providence, c’est soutenir tout bêtement (volontairement ou pas) ce pouvoir qui nous ne le oublions pas, a asphyxié, altéré, dénué… bref, il nous a privé tout simplement de notre citoyenneté et ce depuis 1962. Ce régime malheureusement pour nous à chaque fois qu’il est en difficulté arrive toujours à se recycler et renaître de nouveau de ses cendres comme un sphinx, non pas en raison de son génie mais plutôt par son jeu machiavélique dans l’unique fin de se maintenir au pouvoir en se nourrissant de la diversité qui devrait constituer une force pour notre peuple faudrait-il le signaler ? ainsi ce régime qui n’a aucune légitimité prétend être tuteur pour le défendre de tous les bourourous qu’il a soigneusement confectionnés, entretenus et au besoin les brandissant aux uns et autres,
    Aujourd’hui, notre société essaye simplement de recouvrer sa citoyenneté, comme l’a rapporté
    Mr Farhet Abbas dans son livre l’indépendance confisqué.
    Alors de grâce, mobilisons-nous pour gagner ce respect d’être humain, mais surtout ne décourager pas les hommes et les femmes de ce pays qui veulent vraiment un changement effectif.

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