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Afghanistan, pays en guerre depuis 1978 !

Alors que depuis quelques semaines, la communauté internationale s’interroge sur la reprise fulgurante par ceux que l’on appelle « Taleban » des territoires afghans, depuis l’annonce du retrait des militaires américains du pays, il me semble important  de revenir à la genèse de cette situation, commencée non pas en 2001, comme les médias le martèlent “en boucle”, mais lors de la conquête du pouvoir à Kaboul, en avril 1978, par des officiers pro-soviétiques. De 1973 à 1978, l’Afghanistan fut dirigé par le général Daoud qui renversa la monarchie en 1973. 

Tout d’abord, l’Afghanistan est un pays qui connaît des divisions ethniques séculaires, notamment entre ses deux ethnies majoritaires : les Patchounes et les Tadjiks. Les puissances étrangères souffleront longtemps sur les braises de cette division ethnique. Par exemple, le Pakistan, plus proche des Patchounes, essaiera de garder une influence sur les velléités “plus ou moins islamistes” du dirigeant Patchoune Hekmatyar dans les années 80, alors que l’Inde, ennemi traditionnel du Pakistan, privilégiera des relations avec les Tadjiks dirigés pendant cette même période par celui que l’Occident nommera le “commandant Massoud”.

Les Etats-Unis, dès l’arrivée de Ronald Reagan à la Maison Blanche en 1980, apportent toute leur aide aux Moudjahiddines afghans après l’intervention soviétique de 1979, et espèrent ainsi fédérer toute l’opposition “islamiste” à l’armée Rouge en décrétant en Afghanistan, et bien au-delà, dans tout le Moyen-Orient, une lutte contre ce que Reagan nommera la “gangrène communiste.” De ce fait, la CIA, le FBI, l’armée américaine fourniront en armes légères et lourdes, en conseils logistiques, une aide gigantesque à tous les mouvements islamistes qui combattent la présence soviétique à Kaboul. Cet encadrement américain perdurera jusqu’au départ des soviétiques en 1989.

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Le rêve de Reagan était d’infliger à l’URSS un second Vietnam par le biais des moujahiddines, sans envoyer un seul soldat américain sur le terrain. Toute l’aide américaine transitait à travers le Pakistan et les services secrets pakistanais.

De 1978 à 1989, deux groupes seront financés par les Etats-Unis : le Hezb-al-Islam, que l’on traduit habituellement par le parti de Dieu, et le groupe de l’Alliance du Nord dirigée par le commandant Massoud.

Après le départ des Soviétiques, ces deux mouvements s’affronteront de manière fratricide dans une guerre civile. 

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Pendant ce temps, les services secrets pakistanais formeront dans les medersas pakistanaises des étudiants Patchounes, ethnie fortement représentée au Pakistan, ils donneront le nom à ces étudiants de “Taleban” de l’arabe étudiants, certains diront étudiants en théologie musulmane. C’est ainsi que naquirent les “Taleban.”

Ces “taleban”, formés dans les medersas pakistanaises, seront ensuite envoyés par les services secrets pakistanais en Afghanistan pour constituer un mouvement national allié du Pakistan et accessoirement “islamiste”.

Ces “taleban” combattront aussi bien le Hezb-Al-Islami que l’Alliance du Nord, et s’emparent de Kaboul le 26 septembre 1996.

Olivier Roy écrit dans le Monde Diplomatique de novembre 1996 : “Sur le plan militaire, les talibans, d’ethnie pachtoune, ouvertement soutenus par le Pakistan, et plus discrètement par les Etats-Unis et l’Arabie saoudite, sont sous la menace, à Kaboul, des forces, de nouveau coalisées, de l’ancien ministre de la Défense, M. Ahmed Shah Massoud (Tadjik), et du général Rashid Dostom (Ouzbek).”

Le premier sera assassiné le 9 septembre 2001, quant au second, après avoir été communiste dans les années 70-80, il deviendra vice-président de la République islamique d’Afghanistan de septembre 2014 à février 2020.

Ce conflit attisé par les antagonismes séculaires entre Patchounes et Tajjiks, mais aussi par les Ouzbeks, s’inscrit aussi dans des visées d’Islamabad, Washington et Rhiyad.

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Le 7 octobre 2001, G.W Butsch prend la tête d’une coalition militaire occidentale contre l’Afghanistan, qui refuse de livrer à l’Amérique le commanditaire présumé des attentats du 11 septembre 2001.

Les militaires américains formeront jusqu’au 15 octobre 2021 la nouvelle armée afghane, participeront à l’écriture de la nouvelle Constitution afghane qui stipule l’égalité des droits entre hommes et femmes, créent des zones de sécurisation territoriale; des ONG de différents pays s’installent en Afghanistan, et ce, jusqu’à aujourd’hui.

Maintenant que les forces américaines et par “ricochet” celles des autres pays de la coalition quittent le pays, on est en droit de s’interroger sur l’efficacité de tout ce dispositif, eu égard au retour des “taleban” à Kaboul sans le moindre combat.

De deux choses l’une, soit la supposée armée afghane n’était qu’un cautère sur une jambe de bois, soit, nous assistons à un rapprochement prémédité des militaires afghans avec les “Taleban.” N’oublions point que le régime politique afghan se nomme officiellement la République islamique d’Afghanistan, et ce, depuis la constitution de 2004.

Il convient de souligner que la soi-disant mise en place d’une armée irakienne par les Etats-Unis participe du même constat. L’Etat islamique l’anéantit en quelques semaines, au moment de son installation à Mossoul.

En 2021, la géopolitique de cette région a beaucoup changé. D’ores et déjà, la Chine s’est empressée d’affirmer qu’elle reconnaît le nouveau gouvernement de Kaboul, la Russie fait le choix de ne pas quitter l’Afghanistan, l’Allemagne par la voix de Angela Merkel demande au monde de négocier avec les nouvelles autorités de Kaboul et, au moment où j’écris ces lignes, le directeur de la CIA vient de rencontrer secrètement le porte-parole des “Taleban” pour finaliser le retrait définitif des soldats américains, le 31 août 2021.

L’avenir nous dira s’il s’agit de la fin du conflit afghan ou, au contraire, si certaines puissances étrangères s’apprêtent à financer les canaux d’une nouvelle forme de terreur, au détriment du peuple afghan qui, après quarante-trois ans de guerre, est en droit de n’aspirer qu’à une seule chose : La Paix.

Luis-Nourredine Pita.

Un commentaire

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  1. Salam à l’auteur Luis-Nourredine Pita, j’ai lu votre article sans un accord total, d’ailleurs il est bien court pour nous exposer les causes de la longue guerre d’Afghanistan. Je ne suis pas satisfait de la génèse telle que vous la décrivez, vous n’insistez pas assez je trouve sur les responsabilités de gouvernements de pays de Musulmans. Passe encore que les Etats-Unis aient voulu ainsi allumer un contre-Vietnam, c’est criminel parce qu’au détriment des Afghans mais qu’attendre d’autres des Américains qui sont des ennemis déclarés? Cette tactique sert leurs intérêts, elle fait partie de la lutte des blocs et leur a permis de gagner semble-t-il le bras de fer contre l’Union Soviétique. C’est blâmable mais attendu. Moins blâmable à tout prendre que la collaboration de gouvernements notamment Arabes à ce piège tendu à l’Union Soviétique, si on comprend l’intérêt Américain, on ne voit pas du tout où est l’intérêt des Musulmans et des Arabes. Au contraire, l’arrivée de ce monde dit uni-polaire dont on espère qu’il expire prochainement fut un drame pour le monde et notamment meurtrière aux Musulmans, des guerres milioniennes, des blocus, une politique anti-Musulmane pratiquement sur tous les fronts, une politique hyper-Sioniste.

    Pourquoi suggérez-vous que les forces militaires Afghanes dites officielles étaient discrètement pro-Talibanes? Force leur fut de se rendre, ils risquaient leurs vies pour rien, les soldats pouvaient désobéir, c’est comme la restauration de la gouvernance initiale donc comme le retour de la légalité. On peut remonter plus loin et restaurer plus loin mais peut-on restaurer la non-gouvernance des émirs de guerre? Pouvait-on remonter jusqu’aux gouvernants d’avant 1978 dont j’ignore s’ils sont encore vivants? Et comment les militaires officiels Afghans résisteraient-ils alors que le déploiement des forces des Talibans dans le pays semble bien être une manœuvre conjointe avec les Américains, finalement pacifique et assez bien exécutée? Dites-nous quel est votre regret et dans quel camp campez-vous?

    Croissant de lune.

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