Karima Berger explore la vie d'Abd el-Kader, figure emblématique de l'Algérie, à travers un récit initiatique mêlant histoire et spiritualité.
Pourquoi lire cet article :
- Découverte d'une facette méconnue d'Abd el-Kader, alliant humanisme et foi.
- Réflexion sur l'importance du savoir et de l'unité nationale en Algérie.
Au programme d’OummaTV, un entretien avec Karima Berger à l’occasion de la parution de son livre Abd el-Kader, l’Arabe des Lumières paru aux éditions Albin Michel. À travers ce récit initiatique, l’écrivaine propose une lecture personnelle et spirituelle de la vie de l’émir Abd el-Kader, figure majeure de l’histoire algérienne. De sa quête de savoir à son rôle fondateur dans l’unité de l’Algérie, en passant par son humanisme profondément ancré dans la foi, Karima Berger éclaire une facette méconnue de cet homme d’exception. Un échange passionnant où se mêlent histoire, littérature et réflexion sur l’héritage spirituel de cette grande figure de l’histoire de l’Algérie.
Compte rendu de l’entretien avec Karima Berger, auteur du livre Abd el-Kader, l’Arabe des Lumières paru aux éditions Albin Michel
Un récit initiatique et subjectif
Dès le début de l’échange, Karima Berger insiste sur le caractère subjectif et personnel de son livre. Elle précise qu’il ne s’agit pas d’un travail académique ou historique, mais d’un récit initiatique qui suit les étapes marquantes de la vie d’Abd el-Kader, : résistance, prison, exil, illumination et extinction. Ces étapes, dit-elle, rappellent celles d’une quête spirituelle, d’un chemin vers la sagesse.
L’auteure confie que son intérêt pour Abd el-Kader,ne vient pas d’abord de l’histoire, qu’elle avoue trouver parfois rébarbative, mais de la lecture de ses œuvres. C’est en lisant Kitâb al-Mawâqif, un recueil d’écrits spirituels de l’émir, qu’elle a découvert une pensée profonde, ancrée dans une quête intérieure. Selon elle, Abd el-Kader, ne se contente pas d’exposer des idées théologiques ou juridiques ; il partage avant tout son expérience personnelle de l’épreuve spirituelle. Ce n’est qu’après avoir exploré cette dimension qu’elle s’est intéressée à sa biographie historique, découvrant alors un homme encore plus grand que ce qu’elle imaginait.
Le rôle central du savoir et des livres
Au fil de l’entretien, Karima Berger met en avant la passion d’Abd el-Kader, pour le savoir. Dès son plus jeune âge, il s’est consacré à l’étude et à la méditation, entouré de livres. Cette soif de connaissance ne l’a jamais quitté, même en prison, où il demandait sans cesse de nouveaux ouvrages pour nourrir sa réflexion.
L’écrivaine souligne un épisode symbolique : lors de la capture de l’smala d’Abd el-Kader, par les troupes françaises, ces dernières pensaient découvrir un trésor matériel, mais elles ne trouvèrent que des livres. Ce “trésor” illustre, selon Berger, la véritable richesse de l’émir, qui voyait dans le savoir une clé d’émancipation.
Abd el-Kader, fondateur de la nation algérienne
L’un des aspects majeurs du livre de Karima Berger est la reconnaissance d’Abd el-Kader, comme l’un des fondateurs de l’Algérie moderne. Avant lui, le pays était un ensemble de tribus sans véritable unité politique. Pour lutter contre l’occupation française, Abd el-Kader, comprit qu’il fallait rassembler ces tribus sous une même autorité. Il mit en place une organisation politique embryonnaire, frappant monnaie, créant des usines d’armement et envoyant des ambassadeurs.
Bien que l’Algérie ait connu avant lui de grands chefs, comme Jugurtha ou Massinissa, Karima Berger estime qu’Abd el-Kader, a été le premier à penser une unité nationale au-delà des divisions tribales. Elle cite l’universitaire Bruno Étienne, qui qualifie son règne de “Khalifat de lumière”, en raison de la manière dont il gouvernait et du respect qu’il accordait aux prisonniers et aux populations sous son autorité.
Un humanisme ancré dans la foi
Interrogée sur l’humanisme d’Abd el-Kader,, Karima Berger nuance ce qualificatif. Elle explique qu’en Occident, l’humanisme est souvent perçu comme une posture morale, une volonté d’être “bon”. Or, pour Abd el-Kader,, ce n’était pas un choix, mais une conséquence naturelle de sa foi. Il considérait que toute la création – humaine, animale, végétale – était une manifestation de l’unité divine et qu’elle devait être respectée.
Ce respect de l’altérité religieuse s’est notamment illustré en 1860, lorsque l’émir a protégé des chrétiens persécutés à Damas. Il n’agissait pas au nom d’un idéal humaniste moderne, mais en cohérence avec sa vision spirituelle du monde.
Un penseur complexe, loin des réformateurs classiques
Enfin, Karima Berger explique qu’Abd el-Kader, n’était pas un réformateur au sens classique du terme. Contrairement aux penseurs de la Nahda, qui voulaient moderniser les sociétés musulmanes en s’inspirant de l’Occident, il ne prônait pas une imitation directe de la modernité occidentale.
Toutefois, il critiquait le taqlid (l’imitation servile des anciens), affirmant que chaque époque devait réinterpréter ses propres principes. Dans une lettre, il souligne que l’on est toujours “l’ancien de quelqu’un, le moderne de quelqu’un d’autre”, soulignant ainsi la nécessité d’un mouvement perpétuel de réflexion et d’adaptation.
Conclusion
À travers cet entretien, Karima Berger met en lumière une facette souvent méconnue d’Abdelkader : celle d’un penseur mystique, nourri par la lecture et la réflexion, dont l’action politique était inséparable de sa quête spirituelle. Son livre, Abd el-Kader, l’Arabe des Lumières, se veut une lecture subjective et littéraire de cette figure majeure de l’histoire algérienne, avec un regard qui dépasse les frontières de l’histoire pour toucher à l’universel.



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