Vocabulaires

Le vocabulaire est la matière première de l’information. Chaque métier à le sien. L’image dispose de s

dimanche 25 avril 2004

Le vocabulaire est la matière première de l’information. Chaque métier à le sien. L’image dispose de son vocabulaire ; le son aussi. Le choix des mots pour les informations parlées et écrites ne doit jamais être innocent - ou alors l’auteur de la nouvelle doit vite changer de métier… ! Le développement de l’actualité internationale nous oblige à une très grande vigilance quant à l’usage des mots. Souvent ceux-ci véhiculent des choix idéologiques incompatibles avec le métier d’informer. Si certains mots ne sont pas utilisés "par choix volontaire", c’est à dire après réflexion, alors notre inquiétude doit être grande.

Irak : pourquoi choisit-on de dire que les irakiens prennent des "otages" au lieu de parler de prisonniers de guerre ? Les irakiens ne sont-ils pas "en guerre" avec les troupes étrangères ? Peut-être est-il effectivement question d’otages plus que de prisonniers ; parce que ce ne sont pas des militaires ; parce que leur statut n’est pas précisé ; parce que certains sont exécutés ; mais quel média se charge de nous instruire de la différence et de nous accompagner dans la compréhension du choix des mots fait par les journalistes ?

La question est posée avec force depuis que des images, toutes condamnables parce qu’incompatibles avec les droits des prisonniers de guerre, circulèrent pour montrer des militaires américains capturés. Elle ne s’est plus du tout posée au moment de montrer la Président Irakien capturé, inspecté jusqu’au très fond de la gorge. Bien entendu Saddam Hussein appartient à la lie de l’humanité. Est-ce une raison pour ne pas lui appliquer les règles du droit international ?

Toujours l’Irak ; le conflit est-il confessionnel ? Est-ce que les militaires étrangers présents en Irak se battent contre l’une des communautés du pays ? Il semble que non puisque partout surgissent des combattants irakiens, chiites, sunnites, ou autre. Alors à quoi bon nous servir à chaque bout de phrase que telle région est "chiite" ou telle autre se trouve dans le "triangle sunnite"… ? Cela apporte-t-il une élément nouveau dans l’information largement diffusée ou participe simplement à entretenir l’illusion de notre culture et de ce que nous sommes supposés savoir… ? Force est de constater cependant que l’émergence de cette donnée confessionnelle n’est pas étrangère à la politique de la canonnière menée par les Etats Unis au point qu’il n’est pas abscons de se demander s’il y encore des "irakiens" en Irak… ?

Afghanistan : "les prisonniers sur la base américaine de Cuba"… Prisonniers ou otages… ? Quel genre de prisonniers est-ce là ? Des prisonniers de guerre ? Des "droits communs" ? Rien de tout cela… ? Ils ne disposent pas de droits ou de définition de leur condition ? Alors ce sont des otages…

Palestine : le mot "activiste" remplace progressivement celui de "terroriste". Les "terroristes" qui se "battent" contre l’armée d’occupation de l’Etat hébreu trouvaient encore trop des défenseurs dans l’opinion publique internationale. Une bienveillante neutralité médiatique pour ne pas les nommer "combattants". La réponse est connue… Des "combattants" ne se font pas exploser au milieu des cafés où se trouvent femmes et enfants. C’est vrai que ces actions suicides sont horrifiantes. Mais l’armée d’Israël ne tue-t-elle pas aussi des femmes et des enfants innocents… ? L’on parle alors des "opérations de l’armée israélienne" ou "d’incursions" ; autant de mots qui disent combien les militaires israéliens prennent des gants et agissent avec des pincettes, alors que les palestiniens, assoiffés de sang, se font exploser au milieu de civils… informer… déformer…

Cheikh Yassine et Ghantissi ne sont pas des saints. Mais qui nous explique que le mouvement Hamas a été encouragé sinon crée par Israël afin de concurrencer, dans les territoires, la popularité de l’O.L.P. et ses chefs, alors exilés à Tunis ? Quel média à le courage de nous dire que les "assassinats ciblés" n’ont de "ciblés" que le nom puisqu’il y a, à chaque fois, des victimes "collatérales" ? La "dernière" "incursion" à Gaza s’est soldée par plus de quinze morts (ne comptons même plus les blessées !). "Parmi les victimes se trouvaient deux activistes du djihad". Ciblés ?

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