Parti pris religieux dans les manuels scolaires américains ?

L’allégation selon laquelle les manuels scolaires favorisent l’islam par rapport au christianisme est fal

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dimanche 17 octobre 2010

La semaine dernière, le Board of Education du Texas a adopté une résolution par 7 voix contre 6 accusant « les éditeurs de manuels scolaires de favoriser l’islam par rapport au christianisme et leur demandant de cesser ce traitement discriminatoire. » Bien que la résolution n’ait pas d’effet contraignant sur les futurs membres du Board ou éditeurs de manuels scolaires, elle vise à établir un précédent et témoigne de l’acceptation d’une allégation qui, bien que non prouvée, risque d’être soulevée dans d’autres Etats. En réalité, la résolution ne concerne pas les manuels scolaires actuellement utilisés au Texas.

L’allégation selon laquelle les manuels scolaires favorisent l’islam par rapport au christianisme est fallacieuse et le Board of Education du Texas a été induit en erreur. Un coup d’oeil aux simples manuels scolaires américains permettra de réfuter ces accusations qui faussent le rôle de l’enseignement des religions dans les écoles publiques américaines. Les normes de l’Etat qui déterminent le contenu des études sociales exigent que soient enseignées les croyances, les pratiques et l’histoire des principales religions du monde, conformément aux principes directeurs de la constitution pour ce qui est de l’étude théorique de la religion. De ce fait, les manuels scolaires font l’objet d’un examen minutieux avant d’être adoptés dans chaque Etat.

La résolution est fondée sur des passages de l’islam et du christianisme figurant dans les manuels scolaires. Qu’en est-il des autres religions ? En tant que rédactrice de manuels scolaires depuis vingt ans, j’affirme que la plupart des ouvrages sont suffisamment semblables pour autoriser des généralisations quant à la description des religions. Il se peut que l’index d’un manuel scolaire sur l’histoire du monde comporte plus de termes relevant de l’islam que du christianisme mais, le fait d’introduire des mots clés comme église, clergé, monastère, cathédrale, pape, Réforme, protestant et Bible, fera pencher la balance dans l’autre sens. Les manuels scolaires parlent des origines du christianisme dans l’histoire du judaïsme et des personnages de l’Ancien Testament comme Abraham et Moïse. Le contenu relatif aux premières heures du christianisme ne représente qu’une petite partie de tout ce qui se rapporte à cette religion.

En réalité, l’histoire du christianisme est traitée de manière exemplaire dans la plupart des manuels d’histoire. Pourquoi ? Parce que le christianisme est profondément imbriqué dans l’histoire de la civilisation européenne. Les manuels scolaires décrivent son ascension, dès la fin de l’Empire romain, et son expansion en Asie, en Afrique et en Europe. Ils racontent l’influence de l’Eglise catholique romaine dans l’Europe médiévale et sa séparation d’avec l’Eglise orthodoxe orientale. Les manuels scolaires citent l’apport culturel du christianisme dans la connaissance, les arts et la vie sociale.

Ils font l’historique des changements intervenus dans la tradition chrétienne – mouvements intellectuels, interactions avec les systèmes politiques et sociaux – à travers les siècles. Ils abordent le rôle du christianisme dans les Croisades, la Renaissance et la Réforme, l’Epoque des conquêtes, la révolution scientifique et l’histoire américaine.

Par rapport au christianisme, la description des autres religions du monde reste inchangée et limitée. Le judaïsme est mis en relief dans le contexte de l’antiquité mais disparaît de l’histoire avec la montée du christianisme. Les références au rabbin et philosophe du XIIIème siècle, Maïmonide, ou aux pogroms durant les Croisades ne compensent pas l’absence de références à des intellectuels juifs et à leur contribution à la culture européenne ou aux communautés de marchands juifs de la Méditerranée jusqu’en Chine.

Les ouvrages scolaires décrivent l’hindouisme et le bouddhisme dans l’Inde ancienne. La diffusion du bouddhisme le long de la route de la soie prolonge l’histoire mais les lecteurs trouvent peu de choses sur les changements intervenus au fil du temps. Les manuels scolaires montrent les personnes pratiquant ces religions aujourd’hui, mais le fossé est grand entre les origines anciennes et les religions contemporaines.

Les élèves risquent de conclure que seul le christianisme possède une tradition riche à plusieurs facettes. L’accusation selon laquelle le christianisme est mal considéré dans les manuels scolaires repose sur une lecture biaisée des ouvrages qui est censée entretenir le sens de la persécution chez les chrétiens.

La description de l’islam dans les manuels scolaires est semblable à celle de l’hindouisme, du bouddhisme et du judaïsme dans le sens où elle se focalise sur les premières origines plutôt que sur les changements intervenus au fil du temps. Il y a, dans beaucoup de tables alphabétiques des livres scolaires, un emploi abusif des termes religieux comme « empire islamique »au détriment de termes géographiques. Cet emploi vient des universitaires occidentaux et non des éditeurs de manuels scolaires. Des termes tels que jihad (lutte) et sharia (principes islamiques) posent un autre problème. En effet, les détracteurs veulent voir ces termes complexes définis comme « bons » ou « mauvais », tandis que les érudits reconnaissent leur complexité avec le temps.

Réfléchir sur l’histoire requiert des vues différenciées. Les manuels scolaires ne devraient pas présenter des idées émises par les extrémistes d’aujourd’hui sur des siècles d’histoire.

La matière que constituent les religions du monde n’est pas nouvelle dans les manuels scolaires mais les textes sur les croyances « non occidentales » se sont souvent révélés inexacts et médiocres. Il y a peu, des Américains hindous ont contesté la substance contenue dans les manuels scolaires à ce sujet, de même que des historiens et des éducateurs musulmans se sont employés à donner des indications plus précises sur l’islam.

En conséquence, la description de l’islam et d’autres religions s’est bonifiée dans les manuels scolaires ces dernières années. Aujourd’hui, les livres traduisent la volonté de trouver un équilibre entre le nombre de pages, les sujets, les images et les citations des textes sacrés. Les éditeurs s’assurent les services de relecteurs et prennent en compte les principes du Premier amendement pour ce qui est de l’enseignement des religions.

Les réactions violentes à l’encontre de l’amélioration des textes sur les religions – pas seulement l’islam – a donné lieu à des affirmations selon lesquelles le compte rendu était trop positif. Certains veulent transmettre la peur de l’islam à travers des siècles d’histoire, réduisant les relations du monde musulman avec l’Occident au choc des civilisations. Les efforts visant à améliorer la précision des données se confondent avec du prosélytisme ou du blanchiment, ce qui n’est ni le but de l’enseignement des religions dans les écoles publiques ni le résultat recherché.

Le First Amendment Center – un groupe de défense basé aux Etats-Unis qui oeuvre pour préserver et protéger les libertés du Premier amendement à travers l’information et l’éducation – a encouragé la compréhension entre les Américains de confessions différentes pendant des années, à l’aide d’un cadre qui offre à d’autres pays luttant pour le pluralisme religieux un modèle à suivre. Les normes de l’Etat reflètent un consensus national selon lequel les citoyens devraient connaître les religions du monde. L’opportunisme politique ne devrait pas empêcher les élèves d’apprendre dans le cadre de cette structure administrative américaine.

En partenariat avec le CGNews

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Auteur : Susan Douglass

Educatrice et auteur, autrefois affiliée au Council on islamic Education (actuellement l'Institute for Religion and Civic values). Elle est conseillère pédagogique auprès du Centre Prince Alwaleed Bin Talal pour la compréhension entre musulmans et chrétiens à l'université de Georgetown et elle prépare un doctorat à l'université George Mason.

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