Mercredi 23 mai 2012
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Les filières halal, agents de « l’éthicisation » et de la sécularisation de l’islam en occident (partie 2 et fin)

Les produits halal deviennent ainsi des « produits éthiques », que l’on peut comparer à d’autres, comme les produits du commerce équitable (voir le label Max Havelaar, association loi 1901 qui certifie une éthique liée aux conditions de production, d’achats et à la distribution de produits issus de pays du sud).

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Les marchés halal et leur participation à la sécularisation de
l’islam

La diversité des domaines dans lesquels peut s’appliquer la distinction
entre halal et haram selon le droit islamique est très large, et la modernité
technique n’est pas un frein en elle même. Dans l’industrie agroalimentaire,
pharmacologique ou cosmétique, il existe ainsi des classifications pour les additifs
chimiques et les conservateurs.

Produits financiers et marchés éthiques

Une autre filière halal qui pourrait être amener à se développer pour les
musulmans en occident est celle des produits financiers.

BNP-Paribas, HSBC, Crédit Agricole, Citibank, UBS ont déjà toutes
ouvertes un département islamique dans l’émirat du Bahreïn name="_ednref1" title="">[i].
En Europe, la finance islamique se développe déjà en Angleterre et en Suisse, La Faisal Finance à Genève, et la Islamic House of Britain en Grande-Bretagne.

En France, où se trouve la plus grande population musulmane d’Europe, ce
type d’activité financière se développera sans doute prochainement. C’est en
tout cas ce que laisse entendre Anne-Marie Siffroy-Pytlak, la vice-présidente
du Crédit Agricole Indosuez qui « croit beaucoup en ce type de produits »
et qui déclare au Figaro Entreprises style=';'>[ii] : « 
On les trouve déjà en Grande-Bretagne, ils arriveront bientôt en France ».

Comme pour l’alimentation, il s’agit de faire fonctionner des concepts
issus de la charia dans le droit positif sans les dénaturer ou leur faire
perdre leur validité.

Certaines activités et investissements sont par exemple interdit par la
charia , tels que :

- 
L’alcool

- 
Le tabac

- 
Les services financiers

- 
Le porc ou l’alimentation non halal

- 
Les divertissements (Jeux de hasard, pornographie...)

- 
La voyance....

Par ailleurs, Il n’y a pas de différence entre intérêt et usure. (Et donc
pas de différence entre les prêts à intérêts destinés à la consommation et les
prêts destinés à investissement.) L’intérêt, loyer obtenu sur le prêt de
monnaie, ou encore un bénéfice obtenu sur la vente de monnaie est interdit.
L’islam exige que le gain résulte d’un travail ou d’un partage des risques.

Des instruments et des montages existent cependant en finance islamique,
qui permettent des équivalences sur les marchés des capitaux.

Pour reprendre les exemples des prêts à la consommation et des prêts
destinés à des investissements, nous citerons les montages Murabaha et
Moucharaka, tels que les présente des sociétés de conseil en investissements
financiers et immobiliers « conformes aux principes de la Charia » :

Le premier (Murabaha) est une alternative au prêt destiné à la
consommation : L’investisseur achète les matériaux de base, les biens ou
l’équipement recherchés, et les vend à son client pour un prix supérieur au
coût d’achat avec une marge négociée.

Le second (Moucharaka) est une alternative à un prêt destiné à un
investissement :

L’entrepreneur et l’investisseur contribuent tous deux, à des degrés
variables, au capital (actifs, savoir faire technique, gestion, fonds de
roulement...). Ils s’accordent sur le partage des bénéfices dans des proportions
convenues à l’avance en fonction des risques. Les deux acteurs sont solidaires
en cas de perte.

Au-delà des articulations nécessaires comme celles que l’on a vu sur la
question de l’abattage, le développement de ces produits selon des normes
utilisables sur les marché occidentaux amène un travail de transformation des
prescriptions religieuses par des démarches de contractualisation, de
labellisation et « d’éthicisation ».

La volonté d’établir des référentiels et des cahiers
des charges dans la certification halal en est un bon exemple.

Les produits halal deviennent ainsi des « produits éthiques »,
que l’on peut comparer à d’autres, comme les produits du commerce équitable
(voir le label Max Havelaar, association loi 1901 qui certifie une éthique liée
aux conditions de production, d’achats et à la distribution de produits issus
de pays du sud.). L’alimentation végétarienne et végane européenne s’est aussi
organisée, avec l’adoption du « V-label », commun name="_ednref3" title=""> class=MsoEndnoteReference>[iii]
(à 120 pays), et reconnu par les consommateurs de France, d’Allemagne,
d’Italie, d’Autriche, des Pays-Bas, de la Belgique et du Luxembourg. Il faut savoir que ce label peut être octroyé aux produits des
sociétés distribuant ou fabriquant des aliments et des boissons, mais aussi cosmétiques
et produits de beauté, vêtements et chaussures, produits d’entretien et
ménagers.
Dans tous ces cas une éthique est mise en forme dans un contrat
ou un label.

« Ethicisation » et sécularisation

Le droit positif et le marché, dans le cadre des échanges de produits et
de services soumis à des éthiques religieuses, jouent un rôle de
« sécularisation », qui passe par une démarche d’« éthicisation ».

C’est d’ailleurs ce que décrit Franck Frégosi, chargé de recherche au
CNRS (Strasbourg) quand il parle des conclusions de plusieurs responsables
religieux musulmans en Europe. On pourra ainsi le citer d’après cet extrait
des citer Actes de l’université d’automne 2004 du Ministère de l’Éducation
nationale, de l’Enseignement supérieur et de la Recherche - Religions et modernité - :

 « Un certain nombre de décisionnaires orthodoxes, par réalisme
mais aussi par conviction intime, en viennent à élaborer une "théorie
restreinte de la sharî’a", adaptée au contexte européen et prenant acte de
l’impact de la sécularisation sur la façon dont les musulmans peuvent vivre
l’islam en situation minoritaire, sur un mode à la fois cultuel (’ibâdât) et
éthique (akhlâq). Il ne s’agit pas de renoncer à toute référence globale à la sharî’a
mais, plus simplement, de constater et de formaliser le fait qu’en Europe elle
se restreint aux questions de pratiques cultuelles et de principes éthiques,
les autres domaines devant faire l’objet soit d’adaptations circonstancielles
soit d’une interprétation sur un mode éthique ("éthicisation" de la sharî’a),
via le recours aux fictions canoniques (fiqh al-khiyyal). "L’éthicisation
de la sharî’a vise en fait à conférer la légalité morale islamique à certains
comportements du musulman en intégrant le droit français dans le métabolisme de
la sharî’a. Elle exclut le droit de la sharî’a, en la réduisant à la seule
dimension morale." »

En conclusion, il ne faut donc pas oublier que « derrière » les
républiques ou les monarchies occidentales, le système commun est la
« démocratie de marché », et que la mondialisation fait de ces
marchés un marché global, sur lequel les musulmans « pratiquants »
deviennent une « niche » de consommateurs particuliers ainsi que des
entrepreneurs.

La fameuse « intégration » de l’islam (que certains affirment
impossible), tout comme une certaine forme de sécularisation, ont bien lieu
dans ces sphères juridiques, économiques et commerciales. Et ne pas voir ces
développements comme tels reviendrait en fait à ne pas voir avec lucidité
l’importance de l’équilibre entre démocratie et marché dans le fonctionnement
des sociétés occidentales.

Le développement de filières halal normalisées dans divers secteurs des
économies nationales occidentales fait autant partie d’une installation réussie
de l’islam en Europe ou en Amérique que la mise en place de structure de
représentation du culte ou que la construction de « mosquées
cathédrales ».

Notes :



class=MsoEndnoteReference> class=MsoEndnoteReference>[i] style='font-size:11.0pt'> Actes du colloque Sénat - Ubifrance (mai 2004)
« où en sont les marchés du Golfe »
style='font-size:11.0pt;;'> style='font-size:11.0pt'> href="http://www.senat.fr/international/collogolfe/collogolfe8.html"> style=''>www.senat.fr/international/collogolfe/collogolfe8.html

class=MsoEndnoteReference> class=MsoEndnoteReference>[ii] style='font-size:11.0pt'> Lundi 23 février 2004, le Figaro
Entreprises, « Les bons comptes des banquiers d’Allah »

class=MsoEndnoteReference> class=MsoEndnoteReference>[iii] style='font-size:11.0pt'> Alliance Végétarienne : style='font-size:11.0pt'> style=''>http://www.allianceveg.org/LabelV/index.php ;

Portail duV- label
européen
 : http://www.v-label.info/

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