« Le nouvel Observateur » sous observation.

Il était question dans le numéro double ( n° 2042/2043) du mois de janvier 2004 du magazine Le nouvel Obse

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mardi 27 janvier 2004

Il était question dans le numéro double ( n° 2042/2043) du mois de janvier 2004 du magazine Le nouvel Observateur, d’un dossier consacré à la Bible et au Coran. Sur la couverture, un dessin très curieux montrant un vieillard aveugle accroupi, avec une chevelure abondante aux prises avec le vent. Il semble qu’il est sur un cratère tendant la main gauche vers le bas où l’on devine un tableau sombre avec des lettres hébraïques et arabes superposées. Nous avons réussi à déchiffrer l’écriture arabe au style maghrébin archaïque, qui relate un passage de la sourate XIII (le Tonnerre), écrit sur un mur en pierre « A ceux qui répondent à l’appel d’Allah, la plus belle des récompenses ! Quant à ceux qui refusent de répondre, tentant de se racheter, offrant ce qu’ils peuvent posséder - fût-ce l’équivalent de tous les trésors de la terre et même encore le double - ceux-là auront à rendre un compte impitoyable ; leur refuge sera la Géhenne. Quel détestable séjour ! (18) Celui qui voit la vérité dans le message qui t’est révélé, serait-il comparable à un aveugle ?… ». Par contre, nous n’avons pas réussi à déchiffrer l’autre passage en hébreu. Pourquoi alors ce tableau apocalyptique renforcé par l’attitude du vieillard se penchant vers le bas ? Pourquoi ce passage coranique ? Est-ce Dieu tentant de sauver le monde ? Nous en doutons puisque l’Islam et le Judaïsme sont iconoclastes. Est-ce Abraham ? Peut-être, mais, rien ne permet de le dire.

Il est question dans ce dossier de 48 pages des trois religions monothéistes . Nous nous limiterons uniquement à une mise au point concernant l’Islam dans un dossier où l’on peut lire quelques énormités sur le Coran et le Prophète. Il était possible de réfuter point par point les allégations non fondées de ce dossier. Nous nous contenterons cependant d’aborder les questions les plus perfides.

Dans l’article de Youssef Seddik, qui s’est déjà illustré auparavant, par ses « études » infondées sur l’Islam, on note (p. 42) l’assertion suivante : « Quatorze siècles après l’apparition du Coran, son histoire reste à faire. Les tentatives en ce sens ont toujours été verrouillées chez les auteurs islamiques -chez les autres, elles sont grevées par une étrange attitude médico-légale qui pousse à voir ce livre comme un corps mort. Aucun texte fondateur de religion n’a été aussi violemment soustrait, rendu impropre à la lecture ». Ce constat terrible est certainement le fruit à la fois de l’hallucination et des connaissances approximatives de l’auteur de cet article. En effet, on peut dire avec sérénité qu’aucun texte n’a été étudié, commenté, recensé, classé, compté au niveau de ses points, lettres, mots… comme ne l’a été le Coran. Les sciences qui sont nées autour du Coran sont incalculables. Certains commentaires peuvent atteindre des centaines de volumes. L’étude du Coran a engendré les sciences islamiques. Nous connaissons, sans l’épuiser, toutes les facettes du Coran, en long et en large avec une érudition qui fait défaut ailleurs. Les musulmans ont développé des disciplines de la transmission du texte. Tous ceux qui ont porté la parole coranique ou prophétique nous sont connus. L’étude historique aujourd’hui fait pâle figure devant la précision et le gigantisme de cette incroyable entreprise. Malgré tout cela, il se trouve des individus pour affirmer le contraire. Mais, l’auteur de cet article ne s’arrête pas en si bon chemin. Il prétend ignorer toute cette histoire glorieuse et vivante du texte pour préciser : « Nous tentons ici une histoire tout autre ». Le premier jalon de cette « histoire tout autre » est l’affirmation suivante : « Le texte du Coran, lui, est à la première personne : c’est Dieu qui parle de bout en bout ». Or, il y a d’autres voix dans le Coran comme les anges, le Prophète, les compagnons… Ces exemples sont légion, ce qui prouve que cet historien hors pair, n’ a pas lu le Coran, peut-être ne l’a-t-il même pas ouvert. Autre point où l’idéologie prend le pas sur l’analyse est l’affirmation selon laquelle le Prophète « se croit possédé par les djinns » lors de sa première révélation. Aucune source ne mentionne ce haut fait cher aux psychanalystes qui ne connaissent pas l’épreuve de l’éternité. Mais, voilà que Youssef Seddik le déterre subitement de l’oubli. La désinformation continue avec cette comparaison fantaisiste : « Le récit coranique … fonctionne en fait sur le même modèle que le mythe chez Platon ». Autrement dit, Seddik nous affirme que le Coran n’est rien d’autre qu’un mythe. Il ose également un autre parallèle : « superbement rédigé dans ce nouveau style, le Coran en est la première manifestation - un peu comme l’italien moderne apparaît avec la Divine Comédie de Dante ». Notre « savant » ignore probablement que Dante s’est inspiré de deux auteurs musulmans Abu al Ala’ al-Ma’arri dans son épître du Pardon, et Ibn Shuhaid l’andalou dans son épître attawabi’ wa zawabi’. La différence entre langue sacrée et langue vulgaire est ignorée de Seddik.

Enfin, tout le monde s’accorde à dire que le Prophète a effectué deux grands voyages au cours de sa vie en Syrie. Le premier à l’âge de 12 ans en compagnie de son oncle Abu Talib. A l’entrée de la ville de Busra, Jirjis, surnommé Bahira, un moine syrien a reconnu le sceau de la prophétie sur le dos du jeune Muhammad. Il leur a offert un festin, alors qu’il les ignorait auparavant lors du passage annuel de leur caravane. Il s’est empressé de conseiller Abu Talib de rentrer vite à la Mecque de peur des juifs qui attendent le Messie décrit dans la Bible sous les traits exacts du Prophète. Le second voyage de Muhammad en Syrie s’est déroulé à l’âge de 25 ans, chargé par Khadija de mener à bien son commerce. A la conclusion de cette affaire et au retour du Prophète, Khadija fascinée par son sérieux et sa droiture le demande en mariage. Aucun historien ne mentionne d’autres voyages. La Sira prophétique d’Ibn Hisham (la première référence sur la vie du Prophète) est claire la-dessus. Mais, rien ne vient illustrer les contrevérités assénées par l’auteur de cet article, hormis cette nouvelle démonstration qui dénature à nouveau les faits : « c’est précisément dans les brillants centres culturels du nord, à Gaza, Jérusalem ]notez tout de même que Jérusalem était fermée aux juifs à cette époque[, Damas ou Antioche, que Muhammad a peut-être fait son apprentissage ». Voilà ! la coupe est pleine, le Prophète savait donc lire et écrire malgré ce que rapporte les musulmans. Le Coran est donc une œuvre humaine qui relève du plagiat.

Cette thèse en fait n’est pas nouvelle. Certains orientalistes refusaient l’illettrisme du Prophète. Parmi ceux-là, R. Blachère, orientaliste français, auteur d’une traduction du Coran précédée d’une longue introduction. Voici ce qu’il dit à ce sujet : « Nabi ummi ne signifie donc pas ’Prophète ignorant’, ’illettré’, mais ’Prophète des Gentils’ et l’épithète, dérivée du mot arabe umma, réfère très certainement à l’hébreu ummôt hâ-’ôlâm ’les Nations du monde’, ’les Gentils’ que les juifs de Médine devaient bien connaître » et il ajoute en bas de page, note 9 « A noter que le mot ummi figure uniquement dans les révélations reçues par Mahomet à Médine » (Maisonneuve et Larose, Paris1977, p. 8).

Toute l’argumentation est donc basée sur le fait que le mot ummi figure uniquement dans des révélations effectuées à Médine, foyer où vivaient une communauté juive. Or, ce mot ummi, figure 2 fois dans le Coran dans une sourate (VII, Al-A’raf : les Limbes) révélée à La Mecque et non à Médine, dans les verstes 157 et 158 « en faveur de ceux qui suivent l’Envoyé, le Prophète maternel, qu’ils trouvent chez eux inscrit dans la Torah comme dans l’Evangile… ». Le Coran invoque ici plusieurs textes bibliques, et un texte évangélique (Jean, XVI, 7-16) : « Cependant je vous dis la vérité : c’est votre intérêt que je parte ; car si je ne pars pas, le Paraclet ne viendra pas vers vous ; mais si je pars, je vous l’enverrai…Mais quand il viendra, lui, l’Esprit de vérité, il vous introduira dans la vérité tout entière, car il ne parlera pas de lui-même, mais ce qu’il entendra, il le dira et il vous dévoilera les choses à venir » (la Bible de Jérusalem, Desclee De Brouwner, Paris, 1975). Ce dernier passage interprété par le Christianisme comme annonçant l’avènement de l’esprit de vérité, ou Paraclet, est interprété par les musulmans comme annonçant la venue de Muhammad ou Ahmad, le Prophète loué, qui est le sens exact du mot grec Paraclet. Or, le nom du Prophète était inconnu chez les arabes antéislamiques.

R. Blachère se trompe puisque les deux citations du mot ummi sont dans une sourate mecquoise. Toute l’argumentation de Blachère s’écroule littéralement.

Le deuxième argument majeur contre cette thèse farfelue, le mot ummi, selon les dictionnaires historiques arabes anciens et modernes, l’ensemble des commentateurs du Coran, ainsi que le hadith prophétique (Nous sommes une umma illettrée qui ne sait ni écrire ni compter), retiennent cette paraphrase « qui ne sait ni lire ni écrire ».

Vouloir à tout prix forcer les faits et travestir la vérité en considérant la Parole divine (le Coran) comme du plagiat relève de la mauvaise foi, doublée de contrevérités comme nous l’avons démontré. Et voici comment Youssef Seddik conclut naïvement : « L’hypothèse de son illettrisme sert aux doctrinaires à prouver a contrario le caractère divin du Coran ».

D’autres points peuvent faire l’objet d’une analyse chirurgicale pour disséquer les manipulations dont cet article regorge de bout en bout. A l’instar de D. Sibony, Youssef Seddik, serait mieux inspirer de parler de sujet dont il a la maîtrise plutôt que de s’immiscer dans des considérations qui lui échappent complètement.

 

Pour plus d’informations :

Le dossier du nouvelobs :
http://www.nouvelobs.com/articles/p2042/index2.html

L’article de Youssef Seddick
http://www.nouvelobs.com/dossiers/p2042_43/a228611.html

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Expert culturel international.

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