La Nakba : an 57 de la catastrophe palestinienne

C’est le 14 mai 1948, que David Ben Gourion Premier ministre du gouvernement provisoire de l’Etat juif, pe

mardi 17 mai 2005

C’est le 14 mai 1948, que David Ben Gourion Premier ministre du gouvernement provisoire de l’Etat juif, peut proclamer la naissance de l’Etat d’Israël. Pour les Palestiniens expulsés de leurs terres par les milices sionistes, il s’agissait de la Nakba (la catastrophe).

A la faveur d’un plan de partage scandaleux de la Palestine adopté par l’ONU1 et refusé par l’ensemble des arabes, les autorités sionistes de l’époque se sont senties encouragées dans leur désir d’étendre les territoires sous le contrôle de leurs troupes. Pour ce faire, les massacres de villages entiers comme ceux du tristement célèbre Deir Yassine2 se multiplieront.

Au final, et malgré l’entrée en guerre des armées arabes3 de la région à partir du 15 mai 1948, plus de 800 000 Palestiniens seront expulsés, tandis que l’UNRWA4 recensera un million de réfugiés en 1950, disséminés entre Gaza, la Cisjordanie et plusieurs pays voisins.

La résolution 194 des Nations Unies reconnaîtra leur « droit au retour », vœu pieux resté lettre morte jusqu’à aujourd’hui. A contre-courant de l’histoire, les Palestiniens vivront ce grand malheur de voir se constituer par la force, un Etat de type colonial au moment où partout en Afrique et en Asie, éclosent des mouvements de libération nationale revendiquant la fin du joug européen sur leurs peuples et l’indépendance de leurs nations.

Si c’est bien le sionisme qui fut le catalyseur et promoteur de l’Etat Juif en Palestine ; il n’en reste pas moins que les grandes puissances de l’époque ont joué un rôle essentiel en sa faveur. Que ce fût dans l’action diplomatique au sein de l’ONU naissante ou au dehors, ces puissances ont finalement permis la viabilité du projet sioniste. La France verra dans le soutien au nouvel Etat juif, un moyen de racheter sa culpabilité dans le génocide juif, tandis que les puissants lobbys rallieront l’administration américaine à la cause d’Israël malgré les promesses faites par Franklin Roosevelt au roi saoudien Abdel Aziz Ibn Séoud de ne pas soutenir la création de cet Etat. L’Union Soviétique quant à elle, verra d’un bon œil, l’établissement d’un Etat aux contours « socialisants » au milieu d’Arabes traditionalistes et conservateurs, sourds aux appels de la révolution socialiste mondiale. Ce que peu savent, c’est l’ampleur du soutien militaire que Moscou apportera aux Israéliens dans un premier temps.

Le souhait de ces derniers pays de voir la Grande Bretagne marginalisée dans la région du Proche-Orient motive aussi ces positions. Grande Bretagne qui aura d’ailleurs joué un grand rôle dans la tragédie palestinienne. Il est naïf de croire que la Grande-Bretagne a mesuré dans toute leur ampleur les conséquences de sa promesse aux Juifs de leur octroyer un foyer national en Palestine5. On demeure stupéfait de la légèreté avec laquelle cette décision a été prise. Marc Sykes, partisan convaincu du sionisme, est surtout séduit par le romantisme biblique du « Peuple de Dieu » faisant retour à Jérusalem, vêtu comme au temps du Christ.

« Imaginez, écrit-il, combien serait pittoresque et intéressante une promenade à travers la Cité, quel éblouissement de couleur si les enfants d’Israël revenaient à leurs anciens costumes »6.

Il ne lui vient pas un instant à l’esprit que les enfants d’Israël pourraient revenir en uniforme britannique et casque colonial. Après plusieurs années de massacres. A Deïr Yassine, en avril 1948, on enregistre l’un des crimes les plus horribles de l’Histoire qui, selon ses commanditaires, devait anticiper le départ des Arabes des villes palestiniennes. Les Britanniques n’interviennent qu’à Haïfa et ce fut pour participer à l’élaboration du texte de la capitulation arabe.

Les ambitions sionistes étaient précises et les Anglais n’ont pas voulu voir les conséquences catastrophiques qui allaient en découler pour l’avenir de la région. Mais que faire des Palestiniens ? Silence plein de pudeur qui dure voilà depuis plus d’un demi-siècle. Et, un jour, on constate - Hélas ! - qu’ils sont toujours là.

La commémoration, cette année, de la Nakba intervient encore à un moment où le conflit israélo-palestinien est agité de violents soubresauts qui laissent mal augurer d’une paix juste et équitable dans la région.

 

Notes :

1 Résolution 181 adoptée par l’Assemblée générale de l’ONU, à la majorité des deux tiers. Votée le 29 novembre 1947, elle décide le partage de la Palestine en deux Etats (juif et arabe) et une zone sous « régime international particulier » (Jérusalem et Bethlehem).

2 Massacres commis le 9 avril 1948 par les milices sionistes de l’Irgoun et du Lehi. Deir Yassine, village situé à l’ouest de Jérusalem verra toute sa population décimée, plusieurs centaines de personnes seront ainsi assassinées.

3 Déclenché au lendemain de la proclamation de l’Etat israélien, ce premier conflit israélo-arabe prendra officiellement fin le 20 juillet 1949. Cette guerre entérinera l’agrandissement d’un tiers de l’Etat juif par rapport au plan de partage de l’ONU.

4 Office de secours et de travaux des Nations unies pour les réfugiés.

5 Il s’agit de la déclaration de Balfour. Dans cette lettre du 2 novembre 1917, le ministre britannique des Affaires étrangères lord Artur James Balfour annonce à lord Walter Rothshild, représentant des Juifs britanniques, que « le gouvernement de sa Majesté envisage favorablement l’établissement en Palestine d’un foyer national pour le peuple juif ».

6 SYKES M., His life and letters, Shane Leslie, Londres 1923, p. 269

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