Islam et Occident Judéo-Chrétien : un antagonisme séculaire ? (partie 1/2)

« Fous de Dieu, Terroristes, Talibans, Extrémistes, Fanatiques, etc... » tels sont les qualificatifs les

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mercredi 6 mars 2002

« Fous de Dieu, Terroristes, Talibans, Extrémistes, Fanatiques, etc... » tels sont les qualificatifs les plus véhiculés par ceux qui sont chargés de confectionner notre information quotidienne.

Que ce soit à travers nos écrans de télévision ou dans la presse du soir et du matin ; et non seulement depuis le 11 septembre 2001, il ne se passe pas un seul jour sans qu’il ne soit fait référence à l’Islam.

La seule différence que l’on puisse constater entre l’avant et l’après 11 septembre est le déferlement médiatique visant à distinguer les « bons musulmans des mauvais », en termes plus savants : les modérés et ceux que l’on qualifie « d’islamistes ».

Cette référence reflète souvent une analyse partielle pour ne pas dire partiale de la vision séculaire portée par le monde judéo-chrétien sur l’Islam, il convient de rappeler les déclarations guerrières postérieures à l’attentat aux Etats-Unis exprimées publiquement par Georges W. Bush, métamorphosé en Godefroi de Bouillon contemporain : « IL FAUT DEFENDRE L’EMPIRE DU BIEN CONTRE CELUI DU MAL » ou encore : « IL FAUT PROTEGER NOS ENFANTS DES ENNEMIS DE L’INTERIEUR ».

Contrairement à ce que l’on pourrait croire, ces propos, selon les circonstances, ont toujours été proférés avec une sémantique plus ou moins élégante.

Depuis la révolution iranienne de 1979, l’expression : « intégristes de l’Islam » circule en permanence dans les agences de presse occidentales.

Ce propos recouvre une notion péjorative qui s’identifie aisément à esprit obscur, source d’ignorance, quand il ne signifie pas tout simplement volonté guerrière visant à l’anéantissement de l’Occident judéo-chrétien. Le petit fascicule que l’on trouve dans les CDI de l’Education Nationale illustre à merveille cette orientation(« l’islamisme, une forme d’intégrisme »). Toute religion a connu et connaîtra des éléments radicaux qui s’enferment dans un dogme jusqu’à oublier d’en élucider sa rationalité. De ce point de vue, le monde judéo-chrétien n’a rien à envier au monde arabo-musulman.

Pendant que l’Islam connut l’apogée de sa civilisation et qu’elle légua au monde un trésor culturel très fécond, le Moyen-Age occidental vivait enfermé dans l’obscurantisme et l’inquisition.

INCOMPREHENSIONS

Il ne s’agit pas de me livrer à une quelconque analyse partisane aussi fondée qu’elle pourrait-être sur les antagonismes divers qui régirent les rapports entre l’Islam et l’univers judéo-chrétien dès les débuts de l’hégire. Mon propos consiste à chercher les raisons de ces antagonismes.

Pour comprendre les origines des antagonismes séculaires qui opposèrent l’Islam à l’occident judéo-chrétien, il convient de remonter au 1er siècle de l’Hégire, époque à laquelle généralement les historiens situent les premières tensions, par euphémisme, je dirai les premières incompréhensions.

L’Occident, à cette époque se confondait avec la chrétienté, ce qui conférait au Vatican une puissance temporelle et politique unique. Il va de soi que cette prépondérance s’accordait mal avec l’expansion de l’Islam qui, un siècle à peine après son avènement, avait atteint les régions méridionales de l’Europe , c’est-à-dire une grande partie de l’Espagne et du Portugal actuels, quelques provinces du Sud de la France et la lisière Occidentale de l’Italie. L’élément capital c’était qu’une religion monothéiste surgissait à côté d’une autre religion monothéiste (le christianisme) qui couvrait l’ensemble de l’Europe telle que nous la connaissons aujourd’hui.

Si le conflit entre musulmans et chrétiens ne comportait que des mobiles politico-militaires, le Vatican ne s’en serait pas particulièrement inquiété, dans la mesure où ces territoires européens avaient dans le passé subi plusieurs vagues d’invasions aussi destructrices les unes que les autres. Seulement un défi sous-jacent à cette confusion se faisait déjà sentir : la Papauté, véritable détentrice du pouvoir politique en ce temps-là ne pouvait accepter l’expansion d’une religion monothéiste prônant l’existence et la récapitulation prophétique des révélations antérieures et de surcroît les parachevant par une nouvelle révélation : celle transmise au Prophète Muhammad (SWS).

Ceci représentait un bouleversement spirituel et culturel qui devait fatalement aboutir à des affrontements militaires.

EMERGENCE

D’autre part, les premiers siècles de l’Hégire correspondent à l’émergence d’un terrain très favorable à l’épanouissement des sciences et de la culture.

Pendant qu’au Moyen-Age, en France, les écoles chrétiennes n’enseignaient que le chant liturgique, lire et compter. Les musulmans lançaient des expéditions pour retrouver les bons ouvrages grecs et latins, édifiaient des observatoires pour apprendre l’astronomie, faisaient des voyages pour s’instruire en matière d’histoire naturelle et fondaient des écoles pour y enseigner toutes les sciences.

Ainsi de nombreuses communautés chrétiennes décidèrent de répondre à « cette menace culturelle et spirituelle en déclenchant ce qui conditionnera jusqu’à aujourd’hui les rapports entre l’Islam et le monde judéo-chrétien Islam : une longue confrontation de deux siècles plus connues sous le nom de Croisades.

Certains croisés au contact des populations musulmanes constatèrent un décalage immense entre la vision développée en Europe sur l’Islam et leurs constatations visuelles.

Cependant les croisades engendrèrent des réactions très hostiles parmi la population européenne et donnèrent ainsi corps aux préjugés défavorables que chacun se faisait de l’Islam.

Il convient de souligner l’âge d’or d’Al-Andalus qui apparaît comme l’apogée de la science et de la connaissance dans tout le monde musulman ; à titre d’exemple, je citerai le traitement des maladies psychiatriques à une époque où l’Occident judéo-chrétien considérait les malades atteints de troubles psychiques comme « possédés par le démon » et tentait d’y remédier dans un premier temps par l’imposition des mains sur la tête « du possédé » par des moines et ensuite l’isolement total de la personne jusqu’à la fin de sa vie.

On sait aujourd’hui que Al-Andalus a constitué la mère nourricière de la Renaissance européenne, en effet, comment ignorer l’apport de penseurs tels que Ibn Rushd (dit Averroes), Ibn Arabi, Maïmonides ou encore le célèbre chirurgien andalou Aboul-Qasim qui avait mis au point dès le troisième siècle de l’hégire (10ème de l’ère chrétienne) la cautérisation des plaies, destruction des calculs de la vésicule, invente des procédés de manipulation et d’intervention obstétricales, l’utilisation du plâtre pour les fractures ouvertes,etc...).

Certes, la culture et la pensée post-Renaissance se formèrent plus ou moins consciemment sur l’hostilité à l’Islam et aux musulmans car l’héritage des Lumières se garda de dévoiler ses sources, faisant croire à une continuité entre la philosophie grecque et la Renaissance européenne, omettant le fait que sans les traductions du grec à l’arabe et ensuite de l’arabe au latin, les philosophes des Lumières n’auraient peut-être jamais entendu parler de Platon ou d’Aristote.

Certes, on peut toujours rétorquer et Ernest Renan le fit dès le 19ème siècle dans une conférence intitulée « l’islamisme et la science « publiée dans le journal des Débats du 30 mars 1883, que depuis la chute d’Al-Andalus, le monde musulman ne s’est pas particulièrement illustré dans le domaine de l’intellect, ceci est inexact dans la mesure où les grands penseurs musulmans du 16ème au début du 20ème siècle furent occultés en Occident, soit pour des raisons coloniales ou tout simplement parce qu’ils ne connaissaient pas les langues anglaise ou française, registres linguistiques référents pendant toute cette période, j’illustrerai ce propos par deux exemples notoires : la polémique entretenue entre Jamal Eddine Al-Afghani et Ernest Renan après la conférence mentionnée ci-dessus. Autre exemple : le « guerrier » Abdelkader tel que le décrit Bugeaud lors de la conquête de l’Algérie en 1830 et l’émir Abdelkader ainsi nommée depuis la parution en 1982 de son livre en langue française intitulé : « Les écrits spirituels de l’émir Abdelkader ». On sait aujourd’hui que l’émir Abdelkader fut un grand savant qui termina sa vie comme professeur de théologie à l’université de Damas, l’administration coloniale le considéra comme illettré tout simplement parce qu’il ne connaissait pas le français.

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Docteur en philosophie.

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