Hommage à Abd al-Halim Herbert

J’ai connu Abd al-Halim Herbert vers 1982-83 : je n’étais pas encore musulman. Nous formions un petit gr

lundi 10 janvier 2005

J’ai connu Abd al-Halim Herbert vers 1982-83 : je n’étais pas encore musulman. Nous formions un petit groupe de rencontres inter-disciplinaires. Je trouvais que Abd al-Halim avait une grande maturité intellectuelle et une profonde conscience des enjeux géo-politiques, même si je ne le suivais pas sur tous les points. Il mettait en évidence les liens sous-jacents entre spiritualité et géo-politique, spiritualité et architecture... Il m’a fait découvrir Le Corbusier, et comment celui-ci avait été marqué par l’Orient (son voyage de jeunesse à Istanbul). Depuis Firminy, Abd al-Halim était au coeur d’un réseau intellectuel dense, tissé par des musulmans et des non musulmans, toujours très ouvert aux différents courants de pensée, pourvu qu’ils portent un projet d’humanisme spirituel. Il était un peu pour moi comme un grand frère, même si ma démarche était a priori plus intuitive, moins analytique, que la sienne.

Lorsque j’ai quitté la région lyonnaise, nous nous sommes évidemment moins vus, mais nous avons toujours gardé le contact, et échangions nos articles, en nous rencontrant ici ou là.

Il avait un sens aigu de la Oumma, et un grand souci de la pédagogie à l’adresse des jeunes musulmans. Incontestablement, il est l’un des pionniers de la pensée islamique en France.

Pour moi, son trajet de vie l’a mené de l’engagement tiers-mondiste généreux à une quête spirituelle toujours davantage intériorisée au sein de l’islam. Sa sensibilité spirituelle était grande, mais sa réflexion intellectuelle la filtrait et s’imposait d’abord à son interlocuteur.

Tous ceux qui l’ont connu ont noté qu’il portait bien son nom : Abd al-Halim, le serviteur du Magnanime, du Clément. Il ne se départissait jamais de cette douceur faite d’intelligence et de sagesse.

Lorsque son père était mourant, il m’a dit que celui-ci refusait de mourir, qu’il ne comprenait ce qui lui arrivait. Il est clair que Abd al-Halim savait très bien ce qui lui arrivait, et qu’il s’était préparé à cette échéance dans une profonde sérénité, et c’est comme si ce verset lui était destiné : "Ô toi ! Âme apaisée ! retourne vers ton Seigneur satisfaite et agréée. Entre avec Mes serviteurs, entre dans Mon paradis !" (Cor. 89 : 27-30).

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