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Charia : Qui décide de ce qui est licite ?
mercredi 4 novembre 2009 - par Khalid Chraibi
La stratégie des meilleures pratiques Les ONG spécialisées dans la protection des droits des femmes dans les pays musulmans développent, depuis quelques années, une nouvelle stratégie pour surmonter les problèmes rencontrés dans l’application des règles de la charia. Cette stratégie est fondée sur le postulat suivant : « Du moment que toutes les mesures appliquées dans le domaine du contrôle de la polygamie sont considérées par les oulémas comme « conformes à la charia », malgré leur très grande diversité ; et puisqu’il existe, dans ce large éventail de mesures, des règles appliquées dans des pays déterminés, qui protègent mieux que d’autres les droits des femmes et des enfants ; alors ce sont ces mesures, qualifiées de « meilleures pratiques », dont les ONG réclament l’application dans les pays musulmans, en substitution aux mesures en vigueur, quand ces dernières sont moins efficaces pour atteindre les objectifs recherchés. » (39) L’exemple tunisien L’ONG « Women Learning Partnership » (WLP) a ainsi dressé un tableau comparatif des « meilleures pratiques » utilisées dans les pays musulmans, au niveau des principales rubriques des codes de statut personnel (ou droit de la famille). Concernant la polygamie, la « meilleure pratique », de l’avis de WLP, est l’interdiction pure et simple appliquée par la Tunisie. (40) Le Collectif 95 Maghreb Egalité, regroupant les principales ONG de défense des droits des femmes au Maroc, en Algérie et en Tunisie, réclame lui aussi l’adoption d’une telle mesure. (41) En effet, d’après ces associations, une telle interdiction permet de résoudre, de manière efficace et définitive, tous les problèmes familiaux et sociaux associés à la pratique de la polygamie. Et, comme l’a affirmé le mufti d’Egypte Muhammad Abduh dans sa fatwa sur cette question : « il est licite en droit musulman d’interdire aux hommes d’épouser plus d’une femme, sauf en cas de nécessité impérieuse démontrée au magistrat chargé de cette question. Absolument rien n’interdit cette prohibition, seule la tradition s’y oppose. » (42) L’exemple marocain Certaines associations féminines, cependant, comme « Sisters in Islam » (SIS) de Malaisie, (43) ne sous-estiment pas le poids des traditions comme facteur de blocage dans la voie des réformes en ce domaine. Elles oeuvrent pour l’adoption d’une autre « meilleure pratique », moins révolutionnaire peut-être que l’option tunisienne, mais qui serait déjà appliquée dans un pays musulman avec de bons résultats, et qui serait plus acceptable pour les oulémas et la population de manière plus générale. Les mesures relatives au contrôle de la polygamie figurant dans le « Code de la famille » du Maroc, après sa révision en 2004, constituent, à cet égard, d’après de nombreuses associations de défense des droits des femmes, un bon exemple de codification en ce domaine. (44) Charia : Qui décide de ce qui est licite ? Comme il ressort de la diversité des règles juridiques appliquées dans le monde musulman en matière de pratique de la polygamie, et des justifications dont elles sont assorties, les arguments présentés par les différentes parties au débat sont souvent parfaitement cohérents et défendables, chacun dans le cadre de sa propre ligne de pensée, sur le plan social, et en se basant sur sa propre école juridique comme référence. C’est ce qui ressort également du débat (virtuel) entre le mufti d’Egypte Muhammad Abduh et le cheikh d’al-Azhar Mahmoud Shaltout au sujet de l’interprétation et de l’application des règles de la charia relatives à la polygamie. Pour comprendre la logique de cette diversité de règles et d’arguments, il faut placer le débat dans sa véritable perspective. Dans ce but, il faut tout d’abord souligner qu’aussi bien Shaltout que Abduh ne font qu’exposer leur opinion juridique sur la question de la polygamie. C’est une « fatwa » qui permet à leurs lecteurs de mieux saisir ce que la loi dit, d’après eux, sur cette question. Mais, comme toute fatwa, elle ne s’impose à personne. Comme l’explique Sheikh Abdul Mohsen Al-Obeikan, vice-ministre de la Justice d’Arabie Saoudite, « même les décisions de la Chambre d’Ifta (organisation saoudienne officielle de fatwa) ne s’imposent à personne, que ce soit aux individus ou à l’Etat. » (45) Le professeur Ahmed Khamlichi, Directeur de Dar al Hadith al Hassaniya (du Maroc) observe, à cet égard : « Les ulémas n’ont pas le monopole d’interprétation de la charia. Evidemment ils doivent être consultés au premier plan sur les questions de la charia. (Mais) ce ne sont pas eux qui font la loi religieuse, de même que ce ne sont pas les professeurs de droit qui font la loi, mais les parlements. » (46) De fait, il n’existe pas de hiérarchie religieuse en Islam. Il n’existe pas, non plus, d’autorité suprême capable de statuer sur ce qui est licite ou illicite, pour l’ensemble du monde islamique. Ainsi, comme le note le vice-Ministre de la Justice d’Arabie Saoudite, même une fatwa de l’Académie Islamique du Fiqh (AIF) ne s’impose à aucun des 43 Etats membres de cette institution spécialisée de l’Organisation de la Conférence Islamique (OCI). Elle n’a de valeur que comme l’expression d’un point de vue juridique par un organisme spécialisé, à l’instar d’un exposé dans les livres de fiqh. L’interprétation de la charia dans le cadre de chaque Etat La charia est, de fait, interprétée et appliquée dans le cadre de chaque Etat, en fonction de ses propres choix. Ce sont les autorités politiques, religieuses et législatives de chaque pays musulman, agissant de concert, soit par consensus, soit par négociation, qui détiennent ainsi le pouvoir de décider de ce qui sera considéré comme licite dans le pays (en puisant dans la base de données de toutes les options que la charia peut offrir sur une question donnée). L’élaboration des codes de statut personnel (ou de droit de la famille) fournit une bonne illustration de la démarche appliquée. Les gouvernants choisissent, dans un éventail de solutions, toutes considérées comme licites en Islam, celle qui répond le mieux à leurs objectifs. L’option sélectionnée est examinée avec toutes les parties concernées, et en particulier avec les autorités religieuses (comme le Mufti ou le Conseil des Oulémas), puis fait l’objet d’un projet de texte de loi qui est présenté au Parlement pour discussion et approbation. Une fois ce texte adopté par le Parlement, puis entériné par toutes les instances institutionnelles concernées, il est publié au « Journal Officiel » du pays. Il acquiert alors force de loi, et devient le texte juridique de référence pour déterminer ce qui, dans cet Etat, est considéré comme licite en Islam, dans le domaine concerné. C’est sur la base de ce texte de loi que tous les actes juridiques devront être préparés, et que les tribunaux du pays seront appelés à statuer. Mais, ce qui est considéré comme licite dans un Etat musulman, à un moment donné, sur une question donnée, peut être considéré comme illicite dans un autre Etat musulman, au même moment. Le cas de la Tunisie L’interdiction de la polygamie en Tunisie en fournit une bonne illustration. Aux yeux des autorités tunisiennes, cette interdiction est parfaitement licite, puisqu’elle est fondée sur des principes et des règles communément admis en droit musulman. S’il fallait des preuves de sa licéïté, il n’y aurait qu’à citer la fatwa du mufti d’Egypte, Muhammad Abduh, ou du ’alem de la Qarawiyine Allal el Fassi, (47) qui ont tous deux appelé de leurs voeux cette interdiction. Ils ont développé, à cet effet, une argumentation juridique solide, que nul juriste musulman de renom n’a jamais remise en cause, alors qu’il s’est écoulé plus d’un siècle depuis la fatwa de Abduh et un demi-siècle depuis les écrits de Fassi. La licéïté de l’option tunisienne est également corroborée par le fait qu’au Bangladesh, pays réputé pour son conservatisme sur le plan d’application de la charia, la Division spécialisée de la Haute Cour de Justice a rendu en 1999 un jugement décourageant fortement la pratique de la polygamie dans le pays, et demandé au Ministère de l’Intérieur d’étudier de manière approfondie s’il était « possible ou non d’interdire la polygamie ». Elle suggéra au Ministère que la même ligne de raisonnement utilisée en Tunisie pour interdire la polygamie pourrait s’appliquer au Bangladesh. (48) Les facteurs explicatifs de la diversité des règles Mais, d’autres Etats maintiennent un point de vue opposé, en se fondant sur d’autres principes et règles du droit musulman qui sont, également, communément admis. Une telle situation n’est pas rare, et s’explique par le jeu combiné de plusieurs facteurs :
De plus, les textes de loi basés sur la charia, qui sont en vigueur dans un pays musulman, évoluent avec le temps. Chacun d’eux fait l’objet de modifications plus ou moins importantes, en fonction des circonstances, et de l’évolution de la société. Ce qui était licite à un moment donné peut devenir illicite à un autre moment, et vice versa, quand la loi nationale applicable a été modifiée. C’est une situation que l’on observe régulièrement, à l’occasion de la révision des codes de statut personnel (ou codes de la famille) nationaux. (50) Car, si les valeurs et les principes de la charia sont immuables, les règles d’application des prescriptions religieuses (telles qu’elles figurent dans les codes nationaux, par exemple) s’adaptent aux nouvelles circonstances sociales. C’est cette faculté qu’a la charia d’être réinterprétée, compte tenu de nouvelles circonstances, (lorsque les autorités politiques, religieuses et législatives, agissant de concert, optent pour le changement), qui donne toute sa crédibilité à l’affirmation des juristes musulmans, selon laquelle « la charia peut s’appliquer en tous temps, en tous lieux et en toutes circonstances. » (51) Notes (39) Khalid Chraibi, « Droits de la femme en Islam : la stratégie des meilleures pratiques », Oumma.com, 6 et 20 mars 2009 (40) Women Learning Partnership (WLP) : « Best practices in family law : country comparisons » (41) Collectif 95 Maghreb-Egalité : “Cent mesures et dispositions pour une codification égalitaire des Codes de Statut Personnel”, 1995 ; et “Dalil (guide) de l’égalité dans la famille au Maghreb”, 2003 (42) Muhammad Abduh, « Fatwa fi ta’addud al-zawjate », ibid, pp. 90 et 92-95 (43) Sisters in Islam, Malaysia, « Reform of the Islamic family laws on Polygamy, 11 December 1996 », a memorandum to the Malaysian authorities ; et “Best practices in family law” ; et Sisters in Islam, Malaysia, website, article on « Polygamy ») (44) Royaume du Maroc, Ministère de la Justice, « Guide pratique du code de la famille », Rabat, 2007 Voici les principales dispositions applicables à la polygamie : L’article 40 du code spécifie que « la polygamie est interdite lorsqu’une injustice est à craindre envers les épouses. Elle est également interdite lorsqu’il existe une condition de l’épouse en vertu de laquelle l’époux s’engage à ne pas lui adjoindre une autre épouse. » L’article 41 précise que « le tribunal n’autorise pas la polygamie dans les cas suivants :
En l’absence d’empêchements du type indiqué, le candidat à la pratique de la polygamie doit présenter au tribunal une demande d’autorisation à cet effet. La demande doit indiquer les motifs objectifs et exceptionnels justifiant la polygamie et doit être assortie d’une déclaration sur la situation matérielle du demandeur. Le tribunal convoque la première femme en vue de l’informer du désir de son mari de prendre une nouvelle femme. Il entend la femme et son mari. Il peut ensuite autoriser le mari à prendre une nouvelle femme, si les motifs invoqués par ce dernier revêtent un caractère objectif et exceptionnel et si la demande remplit toutes les conditions légales qui lui sont attachées. Si la première femme n’est pas d’accord sur cette décision, elle peut demander le divorce. Le tribunal fixe un montant correspondant à tous les droits de l’épouse et de leurs enfants que l’époux a l’obligation d’entretenir. L’époux doit consigner la somme fixée dans les sept jours. Une fois cela fait, le tribunal prononce un jugement de divorce (45) Abdul Mohsen al-Obeikan, « Interview au quotidien « Asharq alawsat » du 09/07/2006, à propos de la valeur juridique d’une fatwa de l’Académie Islamique du Fiqh (AIF) » (46) Ahmed Khamlichi, « Point de vue n° 4 » (en arabe), Rabat, 2002, p. 12 (47) Allal el Fassi, “Annaqd addhati” (L’Autocritique), 5è éd. Rabat, 1979, pp. 287-294 ; et “Attaqrib, Charh moudawanat al ahwal al chakhssiya” (Le rapprochement : explication du Code de Statut Personnel), 2è éd. Rabat, 2000, pp. 178-193 (48) Bangladesh, High Court Division, Elias v Jesmin Sultana, 51 DLR (AD) (1999), cité dans WLUML, Knowing our rights, p. 208 (49) Par exemple, la charia interdit-elle à la femme de conduire un véhicule, comme l’ont affirmé pendant les deux dernières décennies les autorités politiques saoudiennes, sur la base d’une fatwa du Grand Mufti du pays ? (Voir Khalid Chraibi, « La charia et les droits de la femme au 21è siècle », Oumma.com, 11 mars 2008) (50) Les révisions importantes dont les codes de statut personnel d’Egypte (2000), de Mauritanie (2001), du Maroc (2004) et d’Algérie (2005), entre autres, ont fait l’objet ces dernières années, illustrent cette proposition. (51) Yusuf al-Qaradawi, « Chari’at al-Islam, khouloudouha wa salahouha littatbeq fi koulli zamanin wa makan » (Le droit musulman, sa pérennité et sa capacité d’application en tous temps et en tous lieux), al-maktab al-Islami, Beyrouth, 4è éd., 1987 Ouvrages utilisés « Le Coran », Traduction par Jacques Berque, Edition de poche, Albin Michel, Paris, 2002 Muhammad Abduh, “al-A’mal al kamila” (Oeuvres complètes) tomes 1 et 2, 1ère éd. Beyrouth (1972) Abdullahi A. An-Na’im, ed., “Islamic Family Law in a changing world”, London, Zed Books, 2002 Abdel Nasser Tawfiq al-’Attar, « ta’addud al-zawjat fi al-charia al-islamiya » (La polygamie en droit musulman), 5è éd., Le Caire, 1988 Gamal A. Badawi, « Polygamy in Islamic law » Mohamed Chafi, “La polygamie”, Marrakech, 2000 Alya Chérif Chamari, “La femme et la loi en Tunisie”, Ed. Le Fennec, Casablanca, 1991 Mounira M. Charrad, “States and women’s rights – The making of postcolonial Tunisia, Algeria and Morocco”, U. of California Press, Berkeley, 2001 Eric Chaumont, article “Polygamie”, Dictionnaire du Coran, Robert Laffont, Bouquins, Paris, 2007 Collectif 95 Maghreb-Egalité : “Cent mesures et dispositions pour une codification égalitaire des Codes de Statut Personnel”, 1995 Collectif 95 Maghreb-Egalité : “Dalil (guide) de l’égalité dans la famille au Maghreb”, 2003 Khalid Chraibi, « Droits de la femme en Islam : la stratégie des meilleures pratiques », Oumma.com, 6 et 20 mars 2009 Khalid Chraibi, « La charia et les droits de la femme au 21è siècle », Oumma.com, 11 mars 2008 Allal el Fassi, “Annaqd addhati” (L’Autocritique), 5è éd. Rabat, 1979 Allal el Fassi, “Attaqrib, Charh moudawanat al ahwal al chakhssiya” (Le rapprochement : explication du Code de Statut Personnel), 2è éd. Rabat, 2000 Tahar el Haddad, “Notre femme dans la religion et la société”, 1930, Maison tunisienne d’édition, Tunis, 1970 Riffat Hassan, “al-Islam wa huquq al mar’a” (L’Islam et les droits de la femme), Casablanca, 2000 Ahmed Khamlichi, « Point de vue n° 4 » (en arabe), Rabat, 2002 Ahmed Khamlichi, “Charh moudawanat al ahwal ach-chakhssiya” (Explication de la moudawana de Statut Personnel), t1, 3è éd., Casablanca, 1994 Mohamed Lejmi, « Le droit de la famille », Tunis, 2008 Mortada Motahari, “Les droits de la femme en Islam”, Ed. Al Bouraq, Casablanca, 2000 Musawah website : “Home Truths report”, 2009 Yusuf al-Qaradawi, « Chari’at al-Islam, khouloudouha wa salahouha littatbeq fi koulli zamanin wa makan » (Le droit musulman, sa pérennité et sa capacité d’application en tous temps et en tous lieux), al-maktab al-Islami, Beyrouth, 4è éd., 1987 Yusuf al-Qaradawi, « Assahwa al_Islamiya » (Le renouveau islamique), Le Caire, 1991 Rand Corporation and Woodrow Wilson International Center for Scholars, ““Best practices” Progressive family laws in Muslim countries”, 2005 Royaume du Maroc, Ministère de la Justice, « Code de la Famille », Rabat, 2004 Royaume du Maroc, Ministère de la Justice, « Guide pratique du code de la famille », Rabat, 2007 Sisters in Islam, (SIS), Malaysia, article on Polygamy Sisters in Islam, (SIS), Malaysia, Reform of the Islamic family laws on Polygamy, 11 December 1996, a memorandum to the Malaysian authorities Sisters In Islam (SIS) : “Best practices in family law” Mahmud Shaltut, “al Islam, ’Aqeda wa shariah”, (L’islam, dogme et charia), 9è éd., Beyrouth, 1977 Women Learning Partnership (WLP) : “Best practices in family law” Women Living Under Muslim Law (WLUML), “Knowing our rights”, 3rd ed., 2006 Kate Zebiri, Mahmud Shaltut and Islamic modernism, Clarendon Press, Oxford, 1993 Mots clésKhalid ChraibiEconomiste (U. de Paris, France, et U. de Pittsburgh, USA), a occupé des fonctions de consultant économique à Washington D.C., puis de responsable à la Banque Mondiale, avant de se spécialiser dans le montage de nouveaux projets dans son pays. Du même auteur, à lire sur oumma.com :
Vos réactions et commentaires sur cet article13 novembre 2009
Hayat a dit :
Salam, Ces discussions ont quelque chose d’addictif, il va falloir que je m’arrète un peu, sous peine de voir ma tête devenir aussi carré que mon ordinateur.. mais un dernier petit mot quand même. Vous parlez de Maurice Béjart, oui, il fait parti de ces gens lumineux qui ont aspiré vers le haut.. il y en a beaucoup d’autres. Si vous ne la connaissez pas, je vous conseille vivement de lire Eva de Vitray-Meyerovitch, "Islam, l’Autre visage"..Cette grande dame a été un peu un guide pour moi, une source d’inspiration réelle. Je vous souhaite le meilleur dans ce que vous faites, et ce que vous êtes Nabhila. Salam. 13 novembre 2009
Nabhila a dit :
En vous lisant, je repense à ce que disait Maurice Béjart, paix à son âme : "Rencontrer l’islam ne m’a pas une seconde détourné de mon enfance catholique, ne m’a pas empêché d’être un fervent adepte du bouddhisme et ne m’a pas fait perdre l’amour d’autres merveilles de l’esprit. Je vois mon cheminement spirituel comme une grande continuité" J’ai eu l’honneur de rencontrer ce grand artiste à Marseille, il irradiait et transcendait son art et sa vie. concernant les diverses expériences d’après 68, certaines étaient mystiques et prônaient la vie et le partage communautaire autour de divinités hindouïstes-souvent-. On ne parlait pas de religion et foi, mais cela y ressemble finalement !!? Salam et bon W.E 13 novembre 2009
Hayat a dit :
Re salam, Nos messages se sont croisés Nabhila. Pour la polygamie, je comprend vôtre point de vue. Elle comporte potentiellement d’énormes souffrances surtout si elle est subie. Loin de moi l’idée de nier cela, surtout que je travaille dans le domaine de l’accompagnement des personnes, et je suis donc bien placée.. . Je ne me considère pas du tout au dessus des autres. Comme la plupart des femmes, je suis plutôt jalouse.. et me sentirai pas du tout apte à expérimenter une telle chose aujourd’hui. Cependant, je me dis que l’on a tous un potentiel d’évolution énorme pour peu que l’on s’en donne les moyens et surtout que Dieu nous guide. Alors peut être que je suis une grande idéaliste mais je crois que la polygamie, si elle est sciemment et consciemment choisie par l’ensemble des protagonistes dans le cadre d’une démarche spirituelle, peut être très porteuse. Il faut que chacun ait fait un immense travail sur soi même pour celà, mais je crois que c’est possible, pour preuve nôtre prophète (saws). Mais encore une fois ce questionnement est vraiment tout à fait personnel.. et je ne cherche à convaincre personne. Salam 13 novembre 2009
Hayat a dit :
Salam Nabhila, Et bien en fait je ne dissocie pas l’Islam qui pour moi englobe TOUT, de l’"expérimentation philosophico spirituelle" comme vous dites. J’ai peut être une vision de l’islam peu orthodoxe mais je crois sincèrement qu’Allah nous laisse un champ d’expérimentation immense et que la religion est pour nous un guide pour ne pas nous égarer dans cette expérimentation. C’est en cela que c’est pour moi une réelle religion de liberté, elle nous donne des clés pour comprendre le monde qui nous entoure et des règles de base pour ne pas perdre de vue le but ultime de nôtre cheminement. Je me sens très loin de cet esprit "mai 68" dont vous parlez, déjà parce que je ne suis pas de cette génération, mais surtout parce qu’à mon sens il manquait l’essentiel derrière la révolution de 68, à savoir la soumission en Dieu.. Salam à vous 13 novembre 2009
Nabhila a dit :
Nabhila a dit "Cependant je cherche à faire la part de la foi musulmane et la part de l’expérimentation philosophico-spirituelle dans votre sympathique cheminement" Précision pour Hayat : quand je parle de sympathique cheminement, je pense à votre quête "d’ascension spirituelle" mais surtout pas à la polygamie que je réprouve totalement. salam 13 novembre 2009
Nabhila a dit :
Hayat a dit : "C’est en ce sens que j’envisage (entre autre) la riche expérience de la polygamie...L’amour n’étant pas une fin en soi mais un puissant moyen d’ascension spirituelle" Hayat, votre ouverture d’esprit et votre recherche d’expérience spirituelle au travers de la polygamie -entre autre écrivez-vous, me rappelle un peu les années 68 et sa quête de nouvelles philosophies et modes de vie pour se soustraire à la société matérialiste et consumériste de l’époque. A lire vos messages, nul doute que vous êtes une personne libre et capable de tenter les expériences de votre choix ( sans y laisser des plumes si je peux me permettre) Cependant je cherche à faire la part de la foi musulmane et la part de l’expérimentation philosophico-spirituelle dans votre sympathique cheminement. 12 novembre 2009
Hayat a dit :
Merci à vous également Didier pour cet échange intéressant. En fait,je crois que nos différences de points de vues s’estompent dés lors que l’on cherche à s’élever spirituellement, quelle que soit la voie choisie. Les expériences humaines, vues comme des supports pour nous aider à nous élever (vous parliez, je crois sur un autre forum, de "cordes" tendues par Dieu) alors, peuvent toutes être porteuses d’évolution spirituelle. C’est en ce sens que j’envisage (entre autre) la riche expérience de la polygamie...L’amour n’étant pas une fin en soi mais un puissant moyen d’ascension spirituelle. Ma foi me porte à penser que, pour tous ceux qui aspirent à ce rapprochement avec le Divin, les différences ne sont que "formelles". D’ailleurs deux grands penseurs, l’un musulman et l’autre chrétien, Muhamad Iqbal et Teilhard de Chardin ont partagé cette même belle pensée : "Tout ce qui monte converge". Je vous souhaite donc un très beau et fructueux cheminement, Didier. Salam. 11 novembre 2009
A Hayat, Je suis globalement en accord avec vous. Le poids des cultures est très important. Toutefois, concernant la polygamie, ma position, pour être influencée par les cultures dont j’ai hérité, ne peut pas être qualifiée d’ethnocentrée. Effectivement, la répartition de la polygamie et de la monogamie (largement majoritaire) dans le monde, laisse clairement penser que ce sont les défenseurs de la polygamie qui ont désormais une position ethnocentrée. Par ailleurs, et je vous rejoins totalement, la rencontre de cultures différentes ne devrait pas aboutir à des fermetures mais à des ouvertures. Ceci étant dit, la polygamie fait partie des certains usages culturels traditionnels incompatibles non seulement avec la culture, mais antinomiques de la constitution et de la législation de très nombreux états. Dans ce cas, aucune ouverture possible. Mais le point sur lequel votre message m’interpelle est celui de la variété de l’expression et du vécu des sentiments suivant les cultures. Vous avez très certainement raison, surtout quand vous pensez que le fondement est et a été probablement le même chez tous les hommes. Malheureusement, les témoignages écrits de relations amoureuses ont rares quand on s’éloigne dans le temps, et sont liés à la fois à l’apparition de l’écriture, et surtout de la capacité de la langue à décrire, et d’en ressentir le besoin, les sensations et les sentiments. Ceci ne nous permet pas de remonter bien loin dans le temps. Nous en sommes donc réduits à des hypothèses. Mon intervention sur les sentiments se justifiait par le fait que tous ceux qui défendaient le concept de la polygamie ne parlaient jamais des sentiments femme-homme, mais uniquement d’appréciations d’ordre religieux ou sociétal. Ce qui est tout de même un peu étonnant en 2009, non ? Dialogue très intéressant et instructif. Merci 9 novembre 2009
Hayat a dit :
Salam Didier, Non, je ne défend pas la thèse selon laquelle certains sentiments seraient spécifiques à certaines cultures et pas à d’autres, ce n’était pas mon propos. Si l’amour c’est le sentiment de profonde affection, d’attachement, d’attirance affective ou sexuelle pour un autre être humain, alors je ne doute pas que de la Laponie à l’Ouganda, tous les Hommes soient capables d’éprouver ce sentiment. Ce que je pense par contre, c’est que selon le conditionnement culturel, on est plus ou moins enclin à ressentir tel ou tel sentiment selon telle situation. Vous me dites : " En d’autres termes, les sentiments ont pris le pas sur les usages, et dans cas, il n’y a pas de place pour la polygamie, même non officielle". C’est précisément sur ce point que je ne suis pas d’accord avec vous, et que je trouve vôtre vision ethnocentrée. Ce n’est pas parce que je suis conditionnée à penser que je ne peux pas éprouver d’amour pour un homme qui a une union avec une autre femme que tout le monde est incapable d’éprouver le sentiment d’amour dans une telle situation. Ne pensez vous pas que notre façon d’aborder telle ou telle situation de la vie (et donc les sentiments qui nous animent dans cette situation) sont culturellement conditionnés ? Prenez la naissance, la vieillesse, la maladie, la mort.. Une grande partie de nôtre façon de vivre ces moments est directement liée à la manière dont la société dans laquelle on baigne, l’envisage de façon collective (et bien sûr, cela évolue au sein de chaque société, au fil des intéractions). Personnellement il m’a été donné de vivre une bonne partie de ma vie dans des cultures très éloignées de la culture occidentale et je pense que l’on peut, pour peu que l’on soit ouvert à la façon de voir de l’autre, complètement "muer" d’un état à un autre (au point d’ailleurs de se sentir parfois très en décalage avec nôtre "milieu d’origine"). Cet exercice est parfois un peu périlleux parce qu’il arrive que l’on se demande réèllement qui l’on est mais je crois qu’au final, si on accepte de se remettre complètement en question, de s’explorer intérieurement, on s’ouvre à toutes les richesses que la vie nous offre..et pour moi, la foi découle directement de cette expérience de la diversité des possibles, preuve de Dieu. Qu’en pensez vous ? Salam et heureuse journée quoi qu’il en soit. 9 novembre 2009
didier a dit :
A Hayat, Désolé de ne pas avoir réagi à votre message. Mais il est vrai que votre vécu sur la perception de la différence relationnelle dans le mariage selon la culture est intéressante. Sans doute que la monogamie a contribué à construire une autre image de la relation homme-femme dans le mariage. Mais croyez-vous que cela ait pu créer ou développer un sentiment spécifique lié à cette structure de couple ? En d’autres terme que le sentiment amour (conjugal notamment) pourrait dépendre de critères culturels innés. Je ne suis pas fermé à cette hypothèse. Mais je la crains un peu. Je la crains, car elle sous-entendrait que tous les sentiments humains puissent être plus influencés par la culture. De ce fait, les sentiments perçus et échangés avec son conjoint, ses enfants, ses parents, ses amis ne sont pas les mêmes suivant les cultures. Ou pire, c’est que tous les hommes n’ait pas le droit à vivre les mêmes sentiments, selon la culture qui l’encadre. L’autre hypothèse serait que les sentiments soient fondamentalement homogènes dans l’humanité , mais que les pratiques des sentiments diffèrent selon les cultures. Reste l’hypothèse selon laquelle le mariage est une construction sociale à laquelle le sentiment amoureux est convié, mais pas nécessaire. Mais cela ne distingue pas la polygamie de la monogamie (combien y a-t-il eu de mariages dits de raison ou d’intérêt !!!). Mais, et je suppose que vous serez en accord avec moi, aujourd’hui pour les femmes et les hommes, l’important est de trouver l’amour, et éventuellement sans que le mariage soit nécessaire. En d’autres termes, les sentiments ont pris le pas sur les usages, et dans cas, il n’y a pas de place pour la polygamie, même non officielle 9 novembre 2009
Hayat a dit :
Salam aleïkoum, Mortalla, vous avez dit : "Pour revenir à la polygamie, ce n’est pas un droit accordé à l’homme comme semble le comprendre Hayat. La femme peut parfaitement aspirer à "ce projet de vie épanouissant" parce que le mariage est un contrat privé entre des personnes qui peuvent convenir, devant témoins, de clauses parmi lesquelles il est envisageable que la femme demande à être l’unique épouse de son mari." Non, je ne cantonne pas la polygamie à un droit accordé à l’homme. Mon propos était l’exact contraire : la polygamie est une possibilité de relation conjugale que Dieu donne à l’homme ET A LA FEMME, justement. D’où mon interrogation, en tant que femme, sur la valeur que peut avoir la relation polygame dans la recherche d’épanouissement personnel. Pourquoi se fermer des portes que l’on nous a laissé ouvertes, sachant que nous avons aucune obligation de les franchir ??? Didier, j’avoue être un peu déçue de ne pas avoir eu de retour de vôtre part sur le "conditionnement culturel des sentiments"... mais il n’y a pas d’obligation là non plus. cordialement, Salam 8 novembre 2009
mortalla a dit :
A Didier, Vous semblez donner énormément d’importance à l’amour dans le mariage : vous dites "aimer d’amour". Vous admettrez avec moi que l’amour n’est pas la raison exclusive pour laquelle les hommes et les femmes, sous toutes les latitudes, se marient. En Islam, on n’est pas obligé de se marier (principe de liberté). A l’homme, il est recommandé de le faire surtout pour, au moins, l’une de ces 3 raisons : que la femme soit de bonne famille, il n’y a aucune honte à chercher qu’elle soit riche, mais la meilleure raison est qu’elle soit pieuse. A la musulmane, il est surtout requis son consentement (cela veut sûrement dire qu’elle choisit son homme). Si la polygamie est un phénomène en "récession", c’est, à mon avis, une bonne raison de ne pas l’interdire. 7 novembre 2009
Didier a dit :
A Mortalla, J’aimerais bien que vous régissiez sur ce que j’ai écrit : "Sur le plan de l’amour homme-femme, cela (la polygamie) ne tient pas la route. Ou alors comment on peut aimer d’amour deux femmes ou deux hommes en même temps ? J’en suis et j’en ai été strictement incapable" Je pense que lorsqu’on parle d’union entre une femme et un homme, à mes yeux c’est plus un acte d’amour qu’un acte social ou sexuel. Quand on parle de polygamie, le mot "amour" n’est jamais cité, sans doute parce que ces deux mots ne sont pas dans la même catégorie. Quant à l’évolution des sociétés, dont nous parlions, il faut aussi admettre que la polygamie est un usage social depuis longtemps récessif, c’est à dire que les conditions qui la justifiaient ont disparu, ce qui conduit inexorablement à sa récession. 7 novembre 2009
mortalla a dit :
Didier dit "Mais la difficulté vient de ce que les sociétés évoluent et l’ont fait parfois de façon hétérogène les unes par rapport aux autres, de sorte qu’aux points de rencontre, il y a des incompréhensions voire certaines incompatibilités." Je dis : Pourquoi l’évolution différenciée des sociétés devrait-elle être une difficulté ? Y’aurait-il un modèle standard vers lequel tendraient toutes les sociétés ? A mon avis, la difficulté vient plutôt du fait de ne pas vouloir ou de ne pas faire l’effort de comprendre et d’admettre la différence, la diversité qui devrait être une richesse. La société islamique prône la diversité parce que les humains ont été créés en nations différentes afin qu’ils se connaissent (Coran). Pour revenir à la polygamie, ce n’est pas un droit accordé à l’homme comme semble le comprendre Hayat. La femme peut parfaitement aspirer à "ce projet de vie épanouissant" parce que le mariage est un contrat privé entre des personnes qui peuvent convenir, devant témoins, de clauses parmi lesquelles il est envisageable que la femme demande à être l’unique épouse de son mari. Elle pourra être en position de tirer toute conséquence qu’elle juge utile du non respect de ces clauses. 6 novembre 2009
Reno a dit :
Et si les gens vivaient tout simplement sans s’occuper de ce qui est permis ou pas permis par l’Islam ? Pas d’étouffement de l’esprit critique, laissons à chacun le libre choix de ce qu’il fait dans la mesure où il n’entrave pas la liberté d’autrui. Très vaste programme. On appelle cela la tolérance... Parfois ce n’est pas connu.
6 novembre 2009
Reno le Dhimmi a dit :
""On est libre à l’intérieur d’un cadre prescrit par la société" Et si les murs (selon les époques et les conditions d’infortune), étaient plus ou moins présents, c’est à dire qu’ils varieraient selon les conditions de vie et de mentalité ? Pourrions-nous être plus libres à une époque où cela est possible, Mortalla... ? 6 novembre 2009
Didier a dit :
A Mortalla, Vous avez dit : "On est libre à l’intérieur d’un cadre prescrit par la société" Je comprends votre position, et j’agrée cette phrase qui indique des limites spécifiques à la liberté individuelle, qui n’est pas je fais ce que je veux quand je vous et où je veux. Mais la difficulté vient de que les sociétés évoluent et l’ont fait parfois de façon hétérogène les unes par rapport aux autres, de sorte qu’aux points de rencontre, il y a des incompréhensions voire certaines incompatibilités. L’exemple de la polygamie peut être de ce domaine. Effectivement, dans la plupart des pays, la polygamie a été abolie par la société dans le cadre prescrit par elle. Il n’est donc pas étonnant que dans ces pays, un débat pour ou contre la polygamie est purement virtuel, avec le risque néanmoins de rendre le cadre encore plus strict par réaction. Et ceci est valable pour pas mal de choses dans ce domaine. Ne croyez-vous pas ? 6 novembre 2009
mortalla a dit :
A Didier, L’Homme (la femme) dans sa société n’est pas libre dans l’absolu sauf celui qui n’a aucune pudeur comme dit un Hadith. On est libre à l’intérieur d’un cadre prescrit par la société. L’Islam exclut certaines pratiques de la société qu’elle propose : la polyandrie en fait partie et toute pratique qui peut retourner l’Homme vers les profondeurs de la bassesse (asfala saafilîne dit le Coran). Un adage de chez nous dit "Le remède de l’Homme (son salut) est dans ce qui fait son humanité" : L’humanité de l’Hommme, n’est-ce pas sa raison ? 6 novembre 2009
Hayat a dit :
Salam à tous, Merci Tariq, c’est vraiment intéressant. On mesure le renversement social qui s’est opéré avec la venue de l’islam dans la société arabe.. Didier vôtre réponse soulève pour moi une autre question : nos sentiments, nôtre façon d’aimer n’est elle pas elle même culturellement conditionnée ? Je n’ai sûrement pas vôtre expérience mais j’ai eu la grande chance d’avoir pu vivre dans de nombreux pays et il ne me semble pas, de par mon vécu, que l’on envisage l’amour de la même manière à Aden qu’à Cambera, à Cochin qu’aux Iles Tongas.. Je crois que l’erreur de nous autres occidentaux est d’aborder l’Autre en lui appliquant nôtre grille de lecture, et ce y compris dans le domaine psychologique, et sentimental pourquoi pas. Je ne sais pas à ce sujet si vous avez lu l’excellent et très drôle livre de Paul Rabinow "un ethnologue au Maroc" ? Cordiales salutations, Salam 6 novembre 2009
Didier a dit :
A Hayat, Vous avez la bonne démarche en vous posant des questions. A mon sens, on progresse quand on se pose des questions, pas quand on se contente d’à-priori. Concernant la polygamie, vous avez aussi parfaitement raison en évoquant l’aspect culturel pour ou contre. Ceci dit, monogamie, polygamie, polyandrie, en dehors de toute considération sociale ou religieuse dont ce site nourrit souvent les débats, sont des schémas unissant les hommes et les femmes dans la sphère sentimentale. Sans qu’il soit question de culture, je ne crois pas qu’une personne puisse en aimer (au sens amour d’un homme et d’une femme) plusieurs autres, tout au moins en même temps. Je ne suis pas loin de penser que ceux qui prétendent le contraire se mentent ou mentent. L’homme qui a une maîtresse ou la femme qui a un amant, soit n’aiment (au sens précité) plus leur conjoint, soit assouvissent des besoins personnels justifiés ou non. Sur le plan de l’amour homme-femme, cela ne tient pas la route. Ou alors comment on peut aimer d’amour deux femmes ou deux hommes en même temps. J’en suis et j’en ai été strictement incapable. 6 novembre 2009
Tariq a dit :
Réponse à Hayat concernant la question de la polyandrie : Cette pratique était courante en Arabie avant l’Islam. Les femmes d’une certaine catégorie pouvaient avoir plusieurs hommes, dont aucun n’avait formellement le titre de mari, mais qui tous exerçaient, à toutes fins utiles, les fonctions et responsabilités afférentes à un mari attitré et jouissaient des droits correspondants. Quand cette femme était enceinte, et donnait naissance à un enfant, elle réunissait tous ses maris, les informait de l’événement, et désignait, selon son propre choix (selon son bon plaisir), celui qui serait le père de l’enfant. Le père ainsi désigné ne pouvait se récuser, et assumait toutes les responsabilités afférentes au statut de père de cet enfant. Cette pratique est discutée en détail dans tous les livres qui traitent de la vie en Arabie avant l’Islam. 6 novembre 2009
Hayat a dit :
Est il envisageable que au delà du droit de l’homme à vouloir vivre un mariage polygame, la femme puisse également aspirer à ce modèle familial comme projet de vie épanouissant ?? C’est une question que je me pose sérieusement sans avoir de réponse, étant très culturellement conditionnée à penser "non", mais très volontaire à me détacher de ce conditionnement. Quant à la question de la polyandrie Didier, sans vouloir répondre à la place de Mortalla, il me semble quand même qu’elle déstructure le principe de filiation. Mais là encore, peut être que celà dépend de comment on envisage la filiation dans l’imaginaire collectif, n’est-ce pas ? Il existe des ethnies himamalyennes pratiquent la polyandrie, il serait intéressant de comprendre leur façon d’aborder la paternité (d’ailleurs si quelque anthropologue en herbe (ou pas)a des connaissance sur le sujet, ça m’intéresse). Salam et belle journée à tous. 6 novembre 2009
extrait de l’entretien avec Françoise Hériter, sur Sciences humaines.com, actuellement en ligne sur ce site : "C. Lévi-Strauss a également été l’objet des attaques des mouvements féministes qui l’ont accusé de réduire les femmes à la condition d’objets d’échange. À cela, il a répondu que s’il avait inversé les positions des hommes et des femmes, sa théorie et ses modèles auraient été les mêmes. Cela n’aurait pas changé ses idées sur l’importance de l’échange comme moteur des sociétés." Permuttons en Islam polygamie avec polyandrie, grâce aux possibilités offertes par le SI et son conditionnel, eh bien cela "cela ne changerait pas l’importance de la liberté comme moteur de l’existence humaine." L’Islam, en esprit, garantit la liberté de chaque être humain à l’intérieur du cadre que la religion définit. Le cadre peut être contraignant, mais si l’homme et de la femme sont convoqués par la Loi pour donner leur avis, et que la Loi garantit par son esprit que cet avis soit respecté, cela veut sire, in fine, qu’Allah laisse le dernier mot à Sa créature. Mais , semble-t-il, il n’y a pas qu’en Islam que la femme a le dernier mot.... Bon, avec un peu plus de sérieux, la liberté en Islam prime le droit à la polygamie. Dans l’esprit de cette religion dont on ne mesurera jamais assez la profondeur, la liberté de la femme prime le droit de l’homme. 4 novembre 2009
Didier a dit :
A Mortalla, Je veux bien comprendre (sans forcément admettre) tous les raisonnements, mais si la polygamie est conforme au principe de liberté (votre raisonnement), je suppose que le même principe de liberté autorise de la même façon la polyandrie. Ou alors comme disait Coluche : "tout le monde est égaux, mais il y en a qui sont plus égaux que les autres ..." Pouvez-vous détailler ce point ? Merci 4 novembre 2009
mortalla a dit :
L’Islam est une religion établie pour libérer l’homme de tous les liens qui peuvent l’enserrer : c’est pourquoi le "tawhîd", la soumission à Allah seul (Islam) à l’exclusion de toute autre soumission, en est le fondement essentiel ; parce que Allah a déjà ennobli toute la descendance d’Adam (l’Humanité entière) qu’Il a dotée de raison en créant l’Homme libre de toute entrave. Le Coran rappelle à longueur de versets qu’il s’adresse à des gens doués de raison ... C’est pourquoi Allah enjoint à l’Homme de s’instruire (premier verset révélé) parce qu’il doit se libérer des attaches qui l’enserrent dans les ténèbres de l’ignorance : le bon musulman est celui qui est instruit. C’est pourquoi, je suis persuadé pour ma part et je me crois musulman intransigeant, que la règle en Islam est la liberté et l’interdiction est l’exception. Al Mâwardi, intellectuel des Xe et XIe siècles chrétiens, qadi dans plusieurs régions irakiennes, a pu dire : "Il faut suivre la raison en tout ce que la Loi ne défend pas et accepter la Loi en tout ce que la raison ne défend pas, car la Loi ne saurait rien prescrire qui soit défendu par la raison ni la raison rien commander de ce que défend la Loi" La polygamie n’est pas une prescription, ce serait absurde et déraisonnable, elle est conforme au principe de liberté. 4 novembre 2009
sinne a dit :
Etre religieux signifie avoir fait un choix personnel et observer des règles qui ne s’appliquent qu’à soi.Toute autre forme d’application de ces règles est un abus de droit des religieux envers les laïcs et les non croyants.La Charia ne devrait pas exister car chacun décide en son âme et conscience ce qu’il doit faire .Le seul pouvoir juridique et pénal reste le pouvoir laïc de l’Etat de résidence.Tous les pays qui appliquent la Charia tendent vers l’intégrisme et l’intolérance et ceux qui veulent l’appliquer en Europe sont des fous dangereux incultes intolérants et pervertissant les fondements de notre religion de paix et de respect du prochain.
4 novembre 2009
vigilant a dit :
La charia ne peut être une source d’inspiration et une règle de vie que pour le musulman. Il ne saurait être question de soumettre l’ordre politique à l’ordre religieux. Attention aux articles qui sont publiés ici. J’espère qu’ils n’incitent pas à ce que la loi islamique s’impose un jour en France. |
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