L’Assemblée Nationale vient une fois de plus de s’illustrer en votant, le 12 octobre, une loi portant « reconnaissance du génocide arménien ». S’est illustrée, car cette loi se place dans la droite ligne de celle votée précédemment pour vanter les bienfaits de la colonisation : la tentation de dire l’histoire, à défaut de dire le droit et, surtout,à défaut de le faire appliquer, restera sans doute la caractéristique majeure de cette législature.
L’Assemblée
Nationale vient une fois de plus de s’illustrer en votant, le 12 octobre, une
loi portant « reconnaissance du génocide arménien ». S’est illustrée,
car cette loi se place dans la droite ligne de celle votée précédemment pour
vanter les bienfaits de la colonisation : la tentation de dire l’histoire,
à défaut de dire le droit et, surtout,à défaut de le faire appliquer, restera
sans doute la caractéristique majeure de cette législature.
Avant
d’examiner plus au fond la question dont il s’agit, je souhaiterais faire
quelques remarques préalables.
Tout
d’abord, il n’est pas question pour moi de dénier la réalité des massacres, du
génocide : effectivement, des preuves existent qui rendent les faits
indiscutables. La question des responsabilités mérite cependant d’être examinée
attentivement, j’y reviendrai.
Une
deuxième remarque préalable est relative aux honorables parlementaires qui ont
pris la parole au cours des débats qui ont précédé l’adoption du texte. Nul ne
peut douter que cette séance n’ait été soigneusement préparée : quarante
et un parlementaires sont intervenus, à des titres divers il est vrai, les
prises de parole allant de l’interjection au discours élaboré. Sur ces quarante
et un, dix sept d’entre eux sont membres du groupe d’amitié France – Arménie.
Il
me parait intéressant d’observer cependant les choses de plus près : ce
groupe est répertorié, sur le site de l’Assemblée Nationale, sous la rubrique
« Russie et autres pays de la C.E.I. » ; si l’on excepte la
Russie, dont le groupe d’amitié comprend 78 membres, les autres groupes, soit
11 au total, ont une moyenne de 18 membres. Le groupe France – Arménie se
détache nettement du lot avec 49 membres, soit plus du double du groupe
d’amitié avec l’immense Kazakhstan : l’Arménie est donc une cause bien
défendue à l’Assemblée Nationale, apparemment l’une des plus populaires parmi
celles des pays issus de l’ex Union soviétique.
En
comparaison, le groupe d’amitié France – Turquie, avec 33 membres, et un seul
intervenant au cours des débats, fait pâle figure…
Si
l’on retient précisément les parlementaires qui se sont exprimés au cours des
débats préalables à l’adoption de la loi, 41,46 % des intervenants étaient donc
membres du groupe d’amitié France – Arménie, le seul membre du groupe d’amitié
France – Turquie à l’avoir fait a été Hervé de CHARRETTE.
Est-ce
ce déséquilibre entre les engagements respectifs des uns et des autres qui a
donné aux débats la coloration particulière qu’ils ont prise ? Je
l’ignore.
Une
autre remarque pourrait consister à regrouper les élus qui sont intervenus par
régions d’origine : 39 % d’entre eux viennent de la Région Ile de France,
31 % de la Région Provence, Alpes, Côte d’Azur, 14,5 % de la Région Rhône –
Alpes ; au total, plus de 85 % des orateurs sont députés des trois régions
qui concentrent les plus forts taux d’immigration d’origine arménienne en
France. Mais loin de moi l’idée de croire que seuls des arguments
électoralistes aient pu guider les élus de la République, qui n’avaient, dans
cette affaire, que de nobles principes de droit et de justice en tête.
Certains,
néanmoins, pourraient être tentés de penser qu’il y a eu là conjonction d’un
lobbying efficace et de préoccupations électorales à court terme : si
c’était le cas, ce qu’à Dieu ne plaise, cette loi pourrait donc avoir pour
effet secondaire de donner par exemple à d’autres groupes des idées
d’organisation plus efficace qu’ils n’en ont actuellement, ou le souhait de s’inscrire
sur les listes électorales… pour peser à leur tour sur les parlementaires. Le
seul vainqueur risque donc, à terme, d’être le communautarisme plutôt que les
principes généraux qui fondent la République, contrairement a ce qui a été
affirmé au cours des débats
class=MsoFootnoteReference>
style=';'>[2].
Ce
sont en effet ces débats, plus que la loi elle-même, qui me paraissent dignes
d’intérêt. Ils révèlent la construction d’une altérité fantasmatique dans
l’imaginaire social, qui procède par projection ; cette construction
entraîne un intérêt à la méconnaissance de l’objet qui, contrairement aux
proclamations faites de façon rituelle au cours des débats, a pour conséquence
un déni du droit.
Je
ne reviendrai pas sur les sempiternelles accusations de
« communautarisme » dont sont régulièrement accablés les musulmans,
les responsables d’associations musulmanes plus précisément, lorsqu’ils
s’adressent aux pouvoirs publics : tout y passe, les femmes et leurs
voiles, la nourriture dans les cantines scolaires, les jours d’absences pour
les fêtes religieuses, le souhait de construire des lieux de culte, etc… Les
lieux de culte, précisément, sont vus comme des enclaves dangereuses dans la
patrie des droits de l’homme : cela va du « village turc », tel
que j’ai entendu qualifier une mosquée, aux soupçons sur les activités dans les
locaux des associations, probablement liées au terrorisme international… Et les
auteurs de tels propos n’hésitent pas alors à nous citer l’exemplarité d’autres
« communautés » - ici le terme réapparaît avec une connotation au moins
neutre sinon positive – comme la « communauté asiatique » (ce qui ne
veut rien dire) qui « s’intègrent », qui « ne font pas parler
d’elles »…
Songeons
un peu au XIII° arrondissement de Paris et à son paysage urbain :
existe-t-il, dans aucune ville de France, un quartier dont l’architecture, les
enseignes commerciales, soit aussi « islamisé » d’aspect que ce que
cet arrondissement est « asiatique » ? Je n’en connais pas.
Il
en est de même pour le communautarisme : alors qu’il est l’abomination de
la désolation pour les élus de la République dès que, de près ou de loin
l’islam est concerné, il semble en aller différemment dans d’autres cas. En
l’occurrence, l’existence d’une « communauté arménienne » sera
affirmée tout au long des débats et cette « communauté a des exigences
qu’il convient de satisfaire : ainsi, pour Richard MAILLE
name="_ftnref3" title="">
class=MsoFootnoteReference>[3]
« La reconnaissance du génocide était certes attendue de longue date
par la communauté arménienne française… »
name="_ftnref4" title="">
class=MsoFootnoteReference>[4] ;
« La communauté arménienne n’a pas été épargnée au cours du XX°
siècle », ajoutera-t-il peu après ; son collègue
Jean-Pierre BLAZY
class=MsoFootnoteReference>
style=';'>[5], qui
confondra Montaigne et Pascal au cours des débats, procède, lui, par
dénégation : « Il ne s’agit pas de conforter ou de flatter une
communauté particulière : cela fait un siècle que les Arméniens sont en
France et ils se sont parfaitement intégré. Il ne s’agit donc pas de cultiver
je ne sais quel communautarisme de la mémoire », ce qui dessine en
creux le portrait d’autres « communautés », présentes depuis moins
longtemps et donc moins bien intégrées.
On
est souvent rattrapé par son imaginaire. Ce sont sans doute ces dernières
communautés qui sont des fauteurs de troubles, comme le suggère Geneviève LEVY
href="#_ftn6" name="_ftnref6" title="">
class=MsoFootnoteReference>[6] :
« […] la France est un Etat garantissant la paix civile, dont un des
éléments fondateurs est le rejet des affrontements communautaires ».
Un cran au dessus, on peut placer la déclaration de Sylvie ANDRIEUX
href="#_ftn7" name="_ftnref7" title="">
class=MsoFootnoteReference>[7] :
« Je serai heureuse une nouvelle fois, avec mon supplément
(sic !), Garo Hovsepian, maire des 13° et 14° arrondissements de
Marseille, d’annoncer aux Français d’origine arménienne que nous avons tous
ensemble contribué à protéger de façon définitive la mémoire de nos
martyrs. » La palme revient cependant à Rudy SALLES
name="_ftnref8" title="">
class=MsoFootnoteReference>[8]
qui interpelle directement la « communauté arménienne » : « […]
je le dis à la communauté arménienne de Nice […] » !
Le
reproche de communautarisme à l’encontre de l’islam est donc bien la projection
d’un pré supposé, sans nécessaire rapport à la réalité de l’objet observé.
Si
l’on a des « gentils », il faut des « méchants » : les
Turcs tiennent là un rôle idéal. Les efforts qu’a accomplis ces dernières
années la Turquie pour rapprocher ses normes juridiques des normes européennes
sont balayées par un « On s’en fiche » de Richard
MAILLE ; « Aujourd’hui la Turquie est bien mal placée pour donner des
leçons » dit François ROCHEBLOINE
title="">
style=';'>[9] au
moment où la France, qui a du mal à regarder son passé algérien, s’apprête à le
faire pour d’autres ; « La Turquie doit effectuer un travail de
mémoire sur son passé » précisera Catherine COLONNA, ministre déléguée
aux Affaires européennes – ce qui est d’ailleurs vrai ; l’histoire
est donc appelée à la rescousse, mais de façon nauséabonde, avec ses
comparatifs obligés en la matière ; après Nasser, après l’ex rempart de l’Occident
contre la barbarie islamique – tout le monde aura reconnu Saddam Hussein – les
Turcs sont assimilés aux nazis : « Comme beaucoup d’entre nous,
mes chers collègues, j’attache une importance toute particulière à la question
du génocide arménien. On dit qu’il a servi de modèle à Hitler pour organiser la
Shoah » affirme apparemment sans broncher Philippe PEMEZEC
href="#_ftn10" name="_ftnref10" title="">
class=MsoFootnoteReference>[10],
à qui fait chorus Lilian ZANCHI
class=MsoFootnoteReference>
style=';'>[11] :
« Ce génocide a été un sombre modèle pour tous les autres génocides qui
ont suivi au XX° siècle, notamment la Shoah. »
Que
peut-on dire après cela ? Qui ne condamnerait le nazisme ? Tout cela
est très bien, sauf que ces références sont historiquement fausses : les
Ottomans n’ont pas servi de modèle aux Nazis dans la mise en place de la
solution finale. Mais il aurait fallu pour savoir cela, lire, par exemple, les
ouvrages de Ian KIRSHAW sur le sujet.
class=MsoFootnoteReference>
style=';'>[12] Ils
sont sans doute trop gros…
Ces
propos sont exemplaires du processus de construction d’un Autre imaginaire,
auquel il est reproché d’être ce que l’on est ou ce que l’on aime, l’existence
d’une communauté protectrice contre les agressions du monde extérieur par
exemple, comme peut l’être une famille : André SANTINI
name="_ftnref13" title="">
class=MsoFootnoteReference>[13]
disant que « … le groupe U.D.F. votera aujourd’hui pour nos frères
arméniens. » Alors qu’il ne devrait connaître que des citoyens - mais
au moins ces « frères » là ne sont pas musulmans… Une communauté qui
protège contre les agressions du monde extérieur, disais-je, car ces agressions
sont à notre porte : Patrick DEVEDJIAN
title="">
style=';'>[14],
après avoir pourtant soutenu un amendement intelligent sur la recherche
universitaire, s’est cru obligé d’ajouter : « … c’est une loi de
paix civile, destinée à permettre la paix en France. » Serions nous en
guerre ? Contre qui ?
La
construction d’un Autre imaginaire conduit à prendre des facilités avec
l’histoire et à éviter de se poser des questions sans doute gênantes. Là
encore, que l’on ne me fasse pas dire ce que je ne dis pas : je ne suis
pas entrain de nier l’existence du génocide arménien. Ce n’est pas pour autant
que les députés semblent savoir de quoi ils parlent.
Selon
un processus que l’on pouvait croire plus proche des méthodes de l’extrême
droite que de la droite dite « intelligente » ou de celles des
« intellectuels de gauche », les parlementaires commencent par
délégitimer les universitaires : « Rappelons-nous Bernard Lewis et
Gilles Veinstein ! » s’écrie en début de séance René ROUQUET
href="#_ftn15" name="_ftnref15" title="">
class=MsoFootnoteReference>[15],
mettant ainsi sur le même plan, l’interview que B. LEWIS avait donnée au
journal Le Monde en novembre 1993 avec ses travaux d’historien – tel son
ouvrage Islam et laïcité – La naissance de la Turquie moderne
href="#_ftn16" name="_ftnref16" title="">
class=MsoFootnoteReference>[16],
ainsi que l’article de Gilles VEINSTEIN dans la revue L’histoire, en
1995, qui a servi à nourrir une campagne ignominieuse contre ce remarquable
universitaire alors qu’il devait intégrer le Collège de France. Alors que G.
VEINSTEIN, véritable maître des études ottomanes, a su donner à des générations
d’étudiants, qui ont suivi ses enseignements ou qui l’ont simplement lu, le
goût de l’histoire ottomane et dont je ne citerai que le dernier ouvrage :
Le sérail ébranlé. Essai sur les morts, dépositions et avènements des
sultans ottomans (XIV° - XIX° siècles)
title="">
style=';'>[17],
écrit avec Nicolas VATIN, qui est un véritable régal de lecture.
L’exemple
est caractéristique, de façon presque caricaturale, du choix qui est fait de la
rapidité de l’information, qui va de pair avec de l’à peu près, plutôt que de
la connaissance.
Si
la palme du communautarisme devait aller à Rudy SALLES, celle de
l’anti-intellectualisme pourrait être attribuée à Muriel MARLAND-MILITELLO
href="#_ftn18" name="_ftnref18" title="">
class=MsoFootnoteReference>[18]
qui a déclaré froidement : « Je ne dénie pas les compétences des
spécialistes, mais ils sont dans leur bureau, sans débat. Ici il y a débat
public. N’est-ce pas la plus grande gloire du Parlement français ? Le
Parlement français est donc le seul lieu légitime pour parler d’une cause qui
est nationale. » Que signifie ce galimatias ? En quoi le fait
d’être dans un bureau rend-il les compétences nulles ? Les spécialistes ne
débattent-ils pas ? Depuis quand ? Appliquons ces principes aux
parlementaires : un député est il moins compétent quand il est dans son
bureau que quand il est dans l’hémicycle ? En quoi le fait de débattre
d’un sujet donne-t-il la compétence pour en parler ? L’onction du
suffrage universel donne-t-elle des compétences universelles ? Faut-il
aller se faire arracher les dents par le garagiste et aller acheter son pain
chez le coiffeur ?
Précisons
que le compte rendu des débats indique que les propos de la parlementaire ont
été accueillis par des « applaudissements sur de nombreux bancs du
groupe de l’Union pour un mouvement populaire et sur les bancs du groupe Union
pour la démocratie française. »
Délégitimer
ainsi les « spécialistes » permet cependant d’éviter de se poser des
questions gênantes. Seul Patrick DEVEDJIAN a eu sur l’histoire un propos
intelligent quoi qu’incomplet : « Cela fait quatre-vingt dix ans
que la Turquie, dont j’ai suivi de près l’évolution, refuse énergiquement de
reconnaître le génocide arménien, alors même que le gouvernement de Ferid
Pacha, dans une Turquie alors démocratique, l’avait fait en 1919 – le
gouvernement actuel l’a oublié, et certains d’entre nous aussi – en faisant
condamner les auteurs du génocide par une cour martiale de
Constantinople. »
C’est
là l’un des points essentiels que révèle ce débat : en effet, hélas pour
les Arméniens, il semble qu’ils n’aient été qu’un prétexte pour permettre à une
représentation nationale qui ne représente plus grand-chose quand la majorité a
perdu toutes les élections depuis qu’elle a été élue, de nous dire son refus de
l’entrée de la Turquie dans l’Union Européenne, Turquie dont on ne sait nous
dire seulement qu’elle exerce des pression sur les milieux d’affaire « pour
nous empêcher de légiférer »
class=MsoFootnoteReference>
style=';'>[19],
pressions « innommables »
title="">
style=';'>[20]
qu’elle ne fait pas assez vite de réformes : « Il est temps
qu’elle les fasse ! »
class=MsoFootnoteReference>
style=';'>[21],
dont l’attitude sur la question arménienne est « rédhibitoire »
href="#_ftn22" name="_ftnref22" title="">
class=MsoFootnoteReference>[22]
et dont la reconnaissance « est un préalable nécessaire et non
négociable. »
class=MsoFootnoteReference>
style=';'>[23],
la Turquie « […] bien mal placée pour donner des leçons. Il existe
de grandes différences entre nos deux pays, notamment dans la manière dont les
tribunaux répressifs interprètent le droit pénal et mettent en œuvre les
libertés publiques »
class=MsoFootnoteReference>
style=';'>[24] et
dont les ressortissants sur notre sol pratiquent, bien entendu, le « double
langage », qualificatif obligé des musulmans contemporains…
Consulter
les spécialistes aurait pu cependant être utile : ils auraient pu
apprendre au législateur, à l’exception remarquable de Pierre LEQUILLER
href="#_ftn25" name="_ftnref25" title="">
class=MsoFootnoteReference>[25]
qui sera le seul à le dire, que pour la première fois de l’histoire de la
République, le gouvernement turc avait créé une commission paritaire
d’historiens turcs et arméniens et s’était d’ores et déjà engagé à en
reconnaître les conclusions. L’annonce en avait été faite dans Le Monde
le 26 septembre dernier, par Abdullah GÜL, Vice-premier ministre et ministre
des affaires étrangères de Turquie. Je le cite : « Pour dégager
enfin les principes d’une réconciliation sur un conflit de mémoires entre deux
peuples qui ont partagé près de dix siècles de vie commune en harmonie, notre
gouvernement propose, avec l’appui unanime du Parlement turc, de créer une
commission mixte d’historiens turcs et arméniens dont les travaux seront
ouverts aux contributions des historiens de pays tiers qui le souhaiteraient.
L’objectif de cette commission sera de faire toute la lumière, d’une façon
objective et impartiale, sur les évènements tragiques de 1915, causes de tant
de souffrances pour les Arméniens et les Turcs. Nous nous engageons d’avance à
accepter les conclusions des experts et à y répondre par des initiatives
appropriées. Le respect scrupuleux de l’histoire est la condition d’un
authentique exercice du devoir de mémoire. »
La
commission n’a pas encore rendu ses travaux, mais le Parlement français est
compétent pour légiférer sur le fond du sujet, retrouvant ainsi l’art de la
conversation de nos grands-mères qui consistait à parler pour ne rien dire.
Mais elles, au moins, avaient assez de classe pour ne rien dire de désagréable…
Consulter
les spécialistes aurait permis d’interroger plus finement « l’histoire
ottomane », invoquée à tort et à travers. Pourquoi ne pas dire tout
d’abord qu’en 1916, sous le règne du Sultan Mehmet V Reshad le pouvoir n’est
plus entre les mains de la dynastie ottomane ? que le Sultan, enfermé au
palais de Dolmabahçe, ne fait alors plus que de la figuration et que le
véritable pouvoir appartient au Comité Union et Progrès, qui a pris le pouvoir
en 1908 en déposant le Sultan Abdulhamid ; dans ses Mémoires
href="#_ftn26" name="_ftnref26" title="">
class=MsoFootnoteReference>[26]
Aïche Sultanı décrit ainsi la situation : « Les gens d’Union
et Progrès avaient progressé à tous points de vue. Leurs ordres pénétraient
même au Harem Impérial. Mon oncle
class=MsoFootnoteReference>
style=';'>[27]était
un homme très bon et très faible. Bon gré mal gré, il se voyait obligé de se
conformer aux ordres de ces gens là. »
title="">
style=';'>[28]
L’opinion
« éclairée » se félicite généralement de la déposition du
« Sultan rouge », pour vanter les mérites du Comité, dont on semble
oublier aujourd’hui, je veux dire dans l’enceinte du Palais Bourbon, qu’il
voulait s’inspirer de l’Europe, et notamment du nationalisme qui y était
florissant alors, pour moderniser l’Empire. Modernisation et européanisation
étaient la devise des Pachas Enver, Talaat et Djamal, noyau du Comité. Que ce
soient les tenants de cette idéologie qui aient perpétrés les massacres et non
la vieille et glorieuse Maison ottomane, dont je rappelle qu’elle a été
longtemps garante d’un pluralisme confessionnel unique autour de la
Méditerranée, personne ne semble y penser. L’image que nous renvoie le miroir
est sans doute trop grimaçante pour que l’on veuille la regarder.
Que
l’on ne s’interroge pas sur le fait, comme l’a bien dit Patrick DEVEDJIAN, que
ce soit un gouvernement ottoman qui ait fait juger les responsables du génocide
et que ce soit la République laïque qui ait interdit d’en parler, comme elle a
réprimé l’usage du kurde, ne semble pas non plus soulever de
difficultés pour nos députés ; comme l’écrit Hamit BOZARSLAN
href="#_ftn29" name="_ftnref29" title="">
class=MsoFootnoteReference>[29] :
Tout au long des décennies 1960 – 1990, l’élite néokémaliste, en effet,
puisait sa légitimité dans la violence fondatrice exercée par le passé. » pour
ajouter un peu plus loin que le nationalisme « [..] légitimait le
principe du recours à la violence contre les « autres » comme
condition d’existence de la communauté nationale et de son homogénéité. […] le
projet même de construction nationale allait de pair avec le déploiement d’une
violence massive contre toute communauté marquée du sceau d’une différence,
supposée ou réelle. »
class=MsoFootnoteReference>
style=';'>[30]
Ces réflexions, ces questions seraient-elles inconvenantes ?
Pourraient-elles nous amener à nous interroger sur le fonctionnement de notre
propre République, dont l’assimilation au souverain bien fait hélas de plus en
plus figure de pétition de principe ?
Consulter
des spécialistes, enfin, aurait permis de relativiser les différences qui
existent entre la France et la Turquie en matières de libertés publiques.
Certes, elles me paraissent mieux assurées en France. Cependant, sait-on bien
que les entraves à la liberté religieuse sont légion et leurs auteurs rarement
condamnés par les tribunaux ? Le rapport de la Commission de réflexion
juridique sur les relations des cultes avec les pouvoirs publics dit
« rapport Machelon », fait pourtant expressément référence aux
détournements répétés du droit de l’urbanisme par les collectivités locales
pour empêcher la création de lieux de culte musulmans, avec, il faut le dire,
la complicité passive des responsables associatifs
name="_ftnref31" title="">
class=MsoFootnoteReference>[31]…
Ce
bricolage intellectuel est grave car il conduit à un aveuglement sur soi, dont
la conséquence est un déni du droit pour ceux qui précisément vivent au
quotidien la frustration des lois accordant des droits toujours bafoués mais
jamais sanctionnés, comme le déplore d’ailleurs Thierry MARIANI
name="_ftnref32" title="">
class=MsoFootnoteReference>[32],
qui se voient opposer des fins de non recevoir lorsqu’ils veulent consulter les
archives, comme J.-L. EINAUDI à propos de son enquête sur les crimes du 17
octobre 1961
class=MsoFootnoteReference>
style=';'>[33] ;
il conduit à de bien étranges contorsions : alors que, dans son immense
majorité, la classe politique a communié dans la défense de la liberté de
parole, qui serait en ce cas absolue, à laquelle il serait porté atteinte dans
« l’affaire Redeker », ici François ROCHEBLOINE peut déclarer : En
démocratie, tout n’est pas permis, tout ne doit pas être autorisé, et la
liberté d’expression n’est pas sans limites. » ; Sylvie
ANDRIEUX peut poursuivre : « Si la liberté de conscience et
d’expression est totale, la liberté ne peut être absolue. C’est le socle même
de toute démocratie. » et Philippe PEMEZEC de conclure : « […]
nous sommes ici face à des réalités qui dépassent le simple exercice de la
liberté d’expression et méritent un traitement particulier. »
Comment,
après de tels écarts selon que les uns ou les autres sont concernés porter
encore une parole publique crédible ?
René
ROUQUET a déclaré, à l’ouverture des débats : « Il s’agit de
voter, au nom de la justice, au nom de l’honneur et du courage. » ; Philippe
PEMEZEC a ajouté que la France avait officiellement et « courageusement »
reconnu le génocide en 2001. Il est sans doute extrêmement courageux
effectivement, de reconnaître en 2001, en France, un génocide qui a eu lieu en
1916 en Turquie, et de vanter, comme au bon vieux temps, les vertus de la
France pacificatrice, qui empêchait les sauvages de s’entretuer en les colonisant.
Il serait certes plus modeste, mais sans doute plus efficace, de chercher à
appliquer « tout simplement », comme le dit René ROUQUET, les
lois de la République sur le territoire national, aux citoyens et étrangers qui
y vivent. L’effectivité de la loi et le crédit du Parlement y gagneraient. Pour
cela, il faudrait cependant croire tout simplement aux valeurs que l’on dit
défendre : c’est sans doute le plus difficile.
class=MsoFootnoteReference>
style='font-size:10.0pt;font-family:"Times New Roman"'>[1]
Le mot est de Georges CLEMENCEAU, lors de la Première Guerre Mondiale.
name="_ftn2" title="">
class=MsoFootnoteReference>[2]
Cf. Frédéric DUTOIT : « La proposition de loi […] envoie un signal
clair à toutes les ferveurs communautaristes qui cherchent à manipuler des
femmes et des hommes – souvent des jeunes, parfois des enfants – avec des
idéologies racistes et négationnistes. »
class=MsoFootnoteReference>
style='font-size:10.0pt;font-family:"Times New Roman"'>[3]
Député U.M.P. des Bouches du Rhône
name="_ftn4" title="">
class=MsoFootnoteReference>[4]
Toutes les citations qui suivent sont extraites du « Compte rendu
intégral » des débats de l’Assemblée Nationale, que l’on peut trouver sur
son site officiel : www.assemblee-nationale.fr
class=MsoFootnoteReference>
style='font-size:10.0pt;font-family:"Times New Roman"'>[5]
Député P.S. du Val d’Oise
class=MsoFootnoteReference>
style='font-size:10.0pt;font-family:"Times New Roman"'>[6]
Députée U.M.P. du Var
class=MsoFootnoteReference>
style='font-size:10.0pt;font-family:"Times New Roman"'>[7]
Députée P.S. des Bouches du Rhône
class=MsoFootnoteReference>
style='font-size:10.0pt;font-family:"Times New Roman"'>[8]
Député U.D.F. des Alpes Maritimes
class=MsoFootnoteReference>
style='font-size:10.0pt;font-family:"Times New Roman"'>[9]
Député U.D.F. de la Loire
class=MsoFootnoteReference>
style='font-size:10.0pt;font-family:"Times New Roman"'>[10]
Député U.M.P. des Hauts de Seine
class=MsoFootnoteReference>
style='font-size:10.0pt;font-family:"Times New Roman"'>[11]
Député P.S. des Bouches du Rhône
class=MsoFootnoteReference>
style='font-size:10.0pt;font-family:"Times New Roman"'>[12]
Cf. entre autres, son Hitler, 2 vol., Flammarion, 1999 et 2000, 1159 et
1632 pp.
class=MsoFootnoteReference>
style='font-size:10.0pt;font-family:"Times New Roman"'>[13]
Député U.D.F. des Hauts de Seine
class=MsoFootnoteReference>
style='font-size:10.0pt;font-family:"Times New Roman"'>[14]
Député U.M.P. des Hauts de Seine
class=MsoFootnoteReference>
style='font-size:10.0pt;font-family:"Times New Roman"'>[15]
Député P.S. DU Val de Marne
class=MsoFootnoteReference> style='font-size:10.0pt;font-family:"Times New Roman"'>[16] lang=EN-GB> Ed. Fayard, 1988, 520 pp.
class=MsoFootnoteReference> style='font-size:10.0pt;font-family:"Times New Roman"'>[17] lang=EN-GB> Ed. Fayard, 2003, 523 pp.
class=MsoFootnoteReference>
style='font-size:10.0pt;font-family:"Times New Roman"'>[18]
Députée U.M.P. des Alpes Maritimes
class=MsoFootnoteReference>
style='font-size:10.0pt;font-family:"Times New Roman"'>[19]
Propos tenus par René ROUQUET
class=MsoFootnoteReference>
style='font-size:10.0pt;font-family:"Times New Roman"'>[20]
Propos tenus par Richard MAILLE
class=MsoFootnoteReference>
style='font-size:10.0pt;font-family:"Times New Roman"'>[21]
Propos tenus par Bernard DEFLESSELLES, député U.M.P. des Bouches du Rhône
class=MsoFootnoteReference>
style='font-size:10.0pt;font-family:"Times New Roman"'>[22]
Propos tenus par Richard MAILLE
class=MsoFootnoteReference>
style='font-size:10.0pt;font-family:"Times New Roman"'>[24]
Propos tenus par François ROCHEBLOINE
class=MsoFootnoteReference>
style='font-size:10.0pt;font-family:"Times New Roman"'>[25]
Député U.M.P. des Yvelines
class=MsoFootnoteReference>
style='font-size:10.0pt;font-family:"Times New Roman"'>[26]
OSMANOĞLU (Aïché), Avec mon père le Sultan Abdulhamid – De son palais à
sa prison, éd. L’Harmattan, coll. Comprendre le Moyen-Orient, 1991, 313 pp.
class=MsoFootnoteReference>
style='font-size:10.0pt;font-family:"Times New Roman"'>[27]
Le Sultan Mehmet V
class=MsoFootnoteReference>
style='font-size:10.0pt;font-family:"Times New Roman"'>[28]
OSMANOĞLU (Aïché), op. cit. p. 192
class=MsoFootnoteReference>
style='font-size:10.0pt;font-family:"Times New Roman"'>[29]
In VANER (Semih), (sous la direction de), La Turquie, Fayard, 2005, p.
235
class=MsoFootnoteReference>
style='font-size:10.0pt;font-family:"Times New Roman"'>[30]
Idem, p. 237
class=MsoFootnoteReference>
style='font-size:10.0pt;font-family:"Times New Roman"'>[31]
Cf. les pp. 13 et16 à 36 du rapport
class=MsoFootnoteReference>
style='font-size:10.0pt;font-family:"Times New Roman"'>[32]
Député U.M.P. du Vaucluse
class=MsoFootnoteReference>
style='font-size:10.0pt;font-family:"Times New Roman"'>[33]
Cf. NORDMANN (Charlotte) et VIDAL (Jérôme), « 45ème
anniversaire des crimes du 17 octobre 1961 : l’oubli de la mémoire »,
Oumma.com, 16.10.2006
Commentaires
Félicitations pour cet article. La France à l’art de légiférer sur tout. A quand une loi imposant une version unique de l’Histoire de France puisque désormais l’Etat français dicte et assène une vérité historique absolue digne des états les plus totalitaires !!!!
Vu de Bruxelles, la question de la pénalisation du négationnisme vis-à-vis du génocide arménien est toute différente.
Ici, et aux Pays-Bas, des politiciens d’origine turque ont fait du négationnisme une arme électorale : chacun se profile comme plus négationniste, plus acharné contre le "lobby arménien", afin de recueillir les voix de ses compatriotes nationalistes dont la majeure partie est naturalisée et dispose donc d’un poids électoral non négligeable dans certaines communes ou circonscriptions (Bruxelles, ou la circonscription nationale aux Pays-Bas).
Comparer cette loi de pénalisation à celle vantant les soi-disant "bienfaits de la colonisation", c’est faire preuve d’une vision des choses étroitement francocentrée, sans avoir la capacité d’observer ce qui se passe dans les pays voisins et qui se profile en France. Ignorez-vous qu’il y a quelques mois des autocars ont été affrétés un peu partout en Europe occidentale par des organisations nationalistes turques (il y en a peu d’autres ici, hélas) sous l’égide des ambassades de Turquie afin d’emmener des manifestants à Berlin pour un grand rassemblement "à la mémoire de Talaat Pasha", un des plus importants responsables du génocide commis par le gouvernement ottoman contre les Arméniens, les Assyriens, les Grecs et autres gêneurs sur la voie du pantouranisme ?
L’Algérie a du mal à panser les plaies infligées par la France.Les torturés algériens ont perdu le goût de vivre,les cadavres de Sétif et Guelma sortent des placards.Les victimes algériennes du 17 octobre 1961 hantent les eaux de la Seine,et pourtant la France a le culot de faire la morale à la Turquie.
Un pays(la France) qui n’est pas capable de reconnaître ses propres crimes(guerre d’Algérie)ne peut faire une loi éclairée et juste.Celle-ci obeît forcément à d’autres motivations(lobbys arméniens,Turquie musulmane)
Le parlement algérien devrait user de même à l’égard de la France !
Au rythme où ça va, à quand une loi pour sancionner ceux qui ne reconnaissent pas les massacres de Setif ou le drame d’octobre rouge à Paris en 1961 ?
Avant que la Turquie reconnaisse le génocide des arméniens, il faudrait quand même que la France qui se montre en bonne donneuse de leçon reconnaisse ses erreurs et fasse des excuses.
En réalité, à chacun son tabou.
Ce qui se joue là, ce n’est pas tant la reconnaissance du génocide arménien, mais la non acceptation de la Turquie dans l’Union Européenne.
Que la France balaye devant sa porte et le monde fatigué des ses leçons de morale à deux sous s’en portera mieux !
Je souscris à cette brillante analyse, il n’est pas en effet exagérer d’affirmer que derrière cette loi transpire une islamophobie réfoulée, la Turquie musulmane constitue la bonne tête de turc pour certains politiciens avides et mercantiles.
Cet article est biaisé Dommage qu’Oumma.com n’a pas eu le courage d’aller aussi voir du côté des concernés par cette loi. Je parle des Arméniens de France. L’auteur oublie de noter que les français d’origine arménienne sont victimes du négationnisme sur le sol français. Cette loi est prévue pour les citoyens français et elle n’a rien avoir avec la Turquie. Les monuments profanés, les manifestations négationnistes, les travaux de recherches frauduleuses et honteuses dont le seul but est à nier le génocide, tout cela se passe en France. L’auteur oublie de noter dans sa comparaison ô combien facile, entre la France et la Turquie qu’en France parler des crimes de colonisation et de crimes de guerre commis en Algérie personne ne risque d’aller en prison, alors qu’en Turquie on poursuit ceux et celles qui osent juste de soulever le thème du génocide arménien. Puisque l’auteur aime les comparaisons, pourquoi ne precise-t-il pas qu’en France les musulmanes composent une communauté de 5 mln de personnes, alors qu’en Turquie (qui comptait à l’époque du génocide plus de 2 millions de chrétiens arméniens) il ne reste aujourd’hui que 45.000. Je rappelle qu’il y a 70 mln de d’habitants en Turquie et l’ecrasante majorité est musulmane. Quel pays est propice aux minorités religieuses ? La France ou la Turquie ? Quel est le véritable but de cet article ? beaucoup de rescapés Arméniens chassés par les turcs ont trouvé refuge dans les pays arabes, majoritairement musulmanes. Les Arméniens vivent très bien avec les musulmans.
Salam à tous
Il y a un proverbe arabe qui dit si les murs de votre maison sont faits de verres vous ne devez pas jeter des caillous sur les maisons des autres et c’est le cas de la France qui écrit l’histoire de la Turquie et refuse de réconnaitre son passé sombre en Algérie (pour ne citer que ce pays) ou il y’a eu plus d’un million des morts "réduits "à quelques milliers par l’histoire officielle française
eh oui dans le cas Turquie_Arménie il faut prendre en considération le chiffres donnés par les Arméniens les victimes et dans le cas de l’Algérie_France il faut croire aux chiffres donnés par les civilisateurs Français (donc on est toujours dans la logique de ’c’est permis pour nous interdit pour vous’, les deux poids et les deux mesures).
Si la France avait les mains propres j’aurais applaudi.Reconnaître le génocide arménien,c’est bien.Mais il faut d’abord reconnaître tous les génocides,en commençant par les premiers de l’histoire:Celui des incas par les conquistadors espagnols,celui des natives d’amérique par les anglais,celui des aborigénes par les anglais.
Plus proche de nous le génocide du Rwanda.On dit que certaines puissances occidentales sont impliquées.A moins que les noirs soient considérés comme des victimes non méritantes ! La France fait preuve d’hypocrisie.
Commentaire de Philippe,
Malheureusement, la possibilité de lobbying préélectoral, fait de certains membres influents bien que méconnus de la communauté arménienne est plus que vraissemblable. De telles pressions ont déja eu lieu lors du conflit Arménie-Azerbadjan de 1990 : lettres aux députés demandant une question écrite au gouvernement, se terminant par "Le communauté Arménienne de France peut-elle compter sur ses élus ? lettres signées... Quelque soit la justesse de la Cause, de tels procédés sont injustifiables
Philippe
Salam,
Je me permets de laisser un petit message non pour commenter l’article mais pour vous donner une simple opinion d’un simple citoyen musulman. La turquie se grandirait de reconnaître le génocide des arméniens. Il est plus de grandeur à demander pardon qu’à renvoyer sur les fautes et les crimes de ses voisins...
Quant aux élus, leur comportement n’est pas une surprise. le clientélisme est ce qu’il est. Il suffit de vivre dans un territoire où les communautés sont fortes et organisées pour s’en rendre compte...
Kamel75
Il y a ici une analyse avec une approche politico-politicienne et franco-hexagonale. Il serait intéressant d’avoir aussi un texte de sensibilité franco-maghrébine.
Voici la page sur les relations historiques et culturelles arméno-arabes du XX siècle créée par le CRDA :
http://www.crda-france.org/armenie/monamie3.htm
Au sujet de l’Algérie, suite à sa récente visite officielle à la fin du mois de mai, Recep Erdogan, Premier Ministre turc, y reçut le soutien manifeste du Président algérien Abdelaziz Bouteflika. Le Président algérien cherchant en effet appuyer sa demande de reconnaissance des crimes coloniaux pendant la période de l’Empire français, se met en parallèle avec la revendication franco-arménienne et croit bien faire en s’alliant avec l’Etat turc.
Dans sa revendication historico-politique légitime sur la destructuration coloniale, l’Algérie aurait-elle trouvé une alliée avec la Turquie négationniste en ricochant sur l’Arménie ? La Turquie qui consacre un budget d’Etat pour réécrire l’Histoire ? Un pays dont le négationnisme officiel bétonné sert de socle symbolique d’impunité concernant ses exactions à l’encontre des Kurdes et ses violations contre les droits de l’Homme ? Si une telle démarche diplomatique officielle est éventuellement avantageuse dans le registre commercial avec la Turquie, elle semble relever cependant d’un amalgame mal conseillé.
En réponse à une telle myopie, nous invitons le Président algérien à s’éclairer par la lecture du très bon album de bandes dessinées du dessinateur franco-algérien Farid Boudjellal sur une enfance autobiographique attachante -dont la grand-mère, "Mémé d’Arménie", est porteuse d’un grave secret...
http://www.crda-france.org/fr/breligion/islam/3farid_boudjellal.htm
Nil Agopoff
http://www.crda-france.org/fr/home.htm
Alors qu’il y a des communautarismes respectés (même craints) avec pignon sur rue, on ne cesse de nous agiter sous le nez l’épouvantail du communautarisme des citoyens issus de l’immigration. N’est-ce pas là le meilleur moyen d’annhiler et rendre coupable, à l’avance, toute velléité d’organisation susceptible de peser sérieusement sur la vie politique. Si le communautarisme respecte les lois de la république, pourquoi le craindre ?
Je vous félicite, Mr Cros, d’avoir ainsi lucidement et avec franchise mis le doigt sur les contorsions outrageantes auxquelles se plient les élus de la république quant leur propre imaginaire, ou leurs intérêts de groupe et de classe leur font oublier ce pour quoi ils siègent au parlement. Ce qu’il faut craindre le plus c’est le dévoiement ou l’instrumentalisation qui peut être faite dans la surenchère à la victimisation. Mais il est vrai, comme le dit si bien Chomsky, que les crimes de nos "ennemis officiels" sont toujours plus odieux que les nôtres.
Certains hommes politiques n’ont pas peur du ridicule ni de la mauvaise foi en affirmant qu’Hitler se serait inspiré du génocide arménien !!Hitler,pour élaborer sa théorie,s"est davantage inspiré du français Joseph De Gobineau.Les anglais n’ont pas attendu les turcs pour exterminer les amérindiens et les aborigénes.
L’attitude de la France devrait encourager les victimes de génocides à exiger reconnaîssance et réparation.Le génocide de Sabra et Chatila ou celui du Rwanda,pas si lointains,attendent toujours d’être abordés.Que cela serve à tous les génocidaires potentiels:La vérité est difficile à cacher.La Turquie aurait dû reconnaître et tourner cette page sombre de son histoire.Elle ne l’a pas fait laissant à ses détrateurs la possibilité d’une instrumentalisation.
Le mot d’ordre à été lancé par Giscard d’Estaiing quand il a dit que l’europe a toujours été un Club Chretien, tout circule autour de cette phrase, on fera passer toutes les lois possibles et imaginables et même inimaginables pour l’idée même par l’absurde, on vera des personnalités vendre leur intégrités sans scrupule, même le Pape s’y mouille, ...50 000 convertis en 2005 rien qu’en France ca fait peur, ouvrir les portes pour 100 millions de musulmans trurcs c’est la fin du club chretien,...le masque de la laicité est tombé laissant apparaître les vieux démons des croisades..., Je me demandes pourquoi les turcs s’obstinent à vouloir entrer dans le club ?....
Encore et encore... Rien à ajouté si ce que le non relais des médias classiques de ce genre d’informations ne fait qu’augmenter le discrédit que nous avons à leur égard !
Ensuite, ils viennent se plaindre que la presse est en déclin, etc... Et pour cause, les citoyens se rendent compte qu’il croulait sous la désinformation...
Continuons à ne plus les acheter ces torchons faiseurs de représentations erronées et finalement tellement idéologiques dans leur approche de la liberté d’expression.
Ma conclusion : si vous voulez savoir ce qu’ils racontent lisez les sur internet, mais boycottons leurs versions papiers et évitons tout click de souris sur la publicité qu’ils diffusent sur leur site. Et surtout faites vivre les sites d’informations "alternatives" et finalement tellement plus justes comme celui-ci !
Ce problème me met mal à l’aise. Le génocide arménien a bien eu lieu. Ceci est un fait historique et scientifiquement établi. En Turquie, des gens extraordinairement courageux se sont levés pour défendre la mémoire des victimes et défier la propagande honteuse de l’Etat turc. Le dernier prix nobel en est un exemple. C’est à eux que je lève mon chapeau. Alors, certes, le vote de l’assemblée nationale est opportuniste a bien des égards. Certes, il vise à mettre encore plus de barrières à l’entrée de la Turquie dans l’UE. Certes, ce n’est pas à l’Etat de légiferer sur ce que doit être l’Histoire officielle, dans un cas comme dans l’autre. Mais essayons d’être prudent. Il y a derrière ceci une tragédie épouvantable. Soyons clair. Les Arméniens furent les victimes du nationalisme turc avant tout. Le nationalisme est né au XIXe. Il est le poison du siècle passé et il a de beaux jours au siècle présent. Nous devons nous en souvenir pour éviter que de telles horreurs ne sombrent dans l’oubli. Ce génocide, d’après ce que les historiens sérieux en disent, reste exemplaire par son atrocité et son ampleur. Evitons donc de manipuler les victimes pour des enjeux politiques actuels, ce qui est actuellement le cas il me semble.
Légiférer sur sa propre histoire et sur l’histoire des autres : voilà un sujet qui ne va pas réconcilier les français avec les hommes politiques et le bulletin de vote.
Merci pour cet article :)
La France avec les génocides algériens et vendéens, la Belgique avec le génocide congolais, et encore bien des pays d’Europe avec leur vilaineries innombrables, loin même de se pencher sur leur Histoire, statuent historiquement, juridiquement et définitivement sur une page de l’Histoire ottomane.
En se donnant l’image de Justes ou de Saints Protecteurs de faibles -ce qui est évidement faux...- c’est un moyen facile et efficace de couvrir ses propres crapuleries.
Le Président Chirac va s’excuser pour la Turquie en Arménie et la semaine suivante se rend en Chine pour faire des affaires : le génocide tibétain, la colonisation du Xinjiang, les presque 2000 exécutions par peine de mort tout ça évacué par la trappe à bagage d’un joli Airbus.
Aujourd’hui le refus de l’adhésion turque à l’Union (chrétienne) par les forces conservatrices, le fait qu’elle soit à majorité musulmane, le chantage électorale de la communauté arménienne (ce qui en dit long sur l’état du principe d’égalité donc de la République), tout cela concourt à stigmatiser, par tous et n’importe quels moyens, les Turcs en France.
Le jour où la justice succédera à l’instrumentation on en reparlera.
Ces votes mémoriels sont par ailleurs et par essence anti-démocratiques :
"Va-t-on voter pour savoir si la Terre tourne autour du Soleil, ou s’il y a eu des chambres à gaz à Auschwitz ? La vérité n’obéit à personne, fût-ce au peuple souverain. Elle ne relève pas de la démocratie. Mais aucune démocratie, sans elle, ne serait possible. [...]
La démocratie n’est possible qu’à la condition d’accepter ses propres limites, sa propre finitude, sa propre incomplétude, comme diraient les logiciens. Sans quoi ce n’est plus démocratie, mais sophistique et nihilisme. Si tout se vote, rien n’est vrai et rien ne vaut. C’est au contraire parce qu’il y a des choses qui ne se votent pas - spécialement ce qui relève de la connaissance et de la morale - que l’on peut voter sur les autres, qui relèvent de la politique."
André Comte-Sponville, philosophe, dans le magazine Psychologies du mois d’Avril 2002.
"Depuis les années soixante la politique africaine de la France a coûté plus de six millions de morts sans jamais être remise en question. Alors que tous les faits sont sous nos yeux, nous refusons toujours d’admettre l’étendue de la responsabilité française dans un des actes les plus barbares du siècle : le génocide des Tutsi du Rwanda. Pourquoi ? Il est grand temps d’examiner sans concession cette politique criminelle et ses motivations - afin d’y mettre un terme."
http://www.amazon.fr/g%C3%A9nocide-sur-conscience-Michel-Sitbon/dp/2844050654/sr=1-114/qid=1162406822/ref=sr_1_114/402-8508232-8404153 ?ie=UTF8&s=books
Essalem alaykoum
Merci pour cet article. On se demande ce qui peut motiver ce genre de décision aujourd’hui, le texte apporte des pistes. Il faudra peut-être un peu plus de recul pour comprendre (quoiqu’au pays des vessies ya petet pas grand chose à comprendre).
Je trouve les remarques de Martine et Xavier (entre autres) très pertinentes.