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Une patiente voilée refoulée par une femme médecin en Isère : retour sur une discrimination islamophobe inqualifiable

L’année qui s’est écoulée a paru une éternité à celle l’on appellera sous le pseudo de Myriam, depuis ce jour tristement mémorable du 16 juin 2015 où cette mère courage qui élève seule ses quatre enfants, en leur transmettant de belles et nobles valeurs puisées aux sources mêmes de l’humanisme de l’islam, a subi de plein fouet une terrible humiliation. Une humiliation d’autant plus inacceptable qu’elle lui a été infligée par une femme en blouse blanche : un médecin généraliste.

Comment aurait-elle pu imaginer que l’impensable se serait produit dans un cabinet médical de l’Isère, là où, affaiblie par une chute de tension, elle était en droit d’attendre du Docteur L., comme n’importe quel autre patient d’ailleurs, une écoute attentive et les meilleurs soins, et non un rejet d’une extrême violence en raison de son hijab ?

A peine la praticienne, qui pour couronner le tout n’était qu’une simple remplaçante, est-elle apparue dans la salle d’attente que Myriam, revêtue ce jour-là d’un voile rose fuschia, a immédiatement vu son visage se durcir, lisant dans le regard noir qu’elle lui jetait une animosité qui ne laissait rien présager de bon. Mais de là à s’attendre à une consultation dépassant l’entendement, il y avait un monde !

Pourtant, dès les premiers instants, cette mère de famille dynamique, sportive, férue de course à pied et très investie dans différentes associations depuis plus de vingt ans, notamment de parents d’élèves, qui n’est pas du genre à se laisser facilement impressionner, ni abattre, a senti son sang se glacer dans les veines devant l’indifférence, pleine de mépris, avec laquelle le Dr L. l’a traitée. Il convient de souligner qu’elle avait pris soin de retirer son hijab lors de son auscultation, ne conservant que son petit bandeau sur la tête.

Comble de l’inconcevable dans cette visite médicale en tout point ahurissante, la généraliste lui a prescrit le médicament « Heptamyl », préconisé pour l’hypotension, que Myriam connaît bien pour ne pas le tolérer, comme elle le lui a précisé en pure perte, se heurtant à un mur d’incommunicabilité.

« Je ne vous donnerai rien d’autre ! », lui a lancé furieuse le Dr L, drapée dans sa supériorité de médecin, avant toutefois, devant l’insistance de sa patiente, d’ajouter un deuxième médicament pour annuler les effets du premier sur son ordonnance effarante…

C’est à partir de ce moment-là que les choses se sont envenimées. Myriam, atterrée, a fini par l’interpeller en ces termes « C’est quoi cette consultation ? », sans se douter que sa légitime interrogation allait faire entrer la praticienne dans une colère noire, jusqu’à déchirer l’ordonnance sous ses yeux médusés. « Je n’aime pas les femmes voilées, je n’aime pas les musulmans, je ne veux pas de femmes voilées en France. Sortez maintenant ! », s’est-elle emportée en se dirigeant droit vers la porte, révélant une islamophobie viscérale bien dans l’air du temps, affichée crânement sans craindre de bafouer les règles d’or de la déontologie médicale.

A la fois meurtrie et scandalisée, Myriam, estimant que l’incident était en train de dégénérer gravement, a réussi à surmonter ses vives émotions pour s’emparer de son téléphone portable et réaliser sa première vidéo prise sur le vif, non sans avoir préalablement demandé l’accord du Dr L. Elle n’était pas encore au bout de ses surprises, car la généraliste a non seulement accepté que la scène soit filmée, mais a appelé avec force à ce qu’elle soit médiatisée. Proprement sidérant !

« Il se passe des choses graves dans ce cabinet. Vous êtes médecin, comment pouvez-vous agir ainsi, que faites-vous du serment d’Hippocrate ? », s’est indignée Myriam, tout en filmant la réaction de son interlocutrice qui lui a rétorqué de manière cinglante et vulgaire « J’en ai rien à foutre du serment d’Hippocrate ! », la laissant sans voix.

Elle finira par quitter les lieux, bouleversée, sans avoir reçu la moindre marque de soutien de quiconque, se précipitant vers la gendarmerie pour porter plainte. En proie à une crise d’angoisse en arrivant sur place, elle sera conduite aux urgences de l’hôpital le plus proche où elle finira, alitée mais cette fois-ci efficacement soignée, une journée cauchemardesque.

Un an plus tard, et alors que le parquet de Chambéry a classé l’affaire sans suite, Myriam, plus combative que jamais, veut croire que le Conseil régional de l’Ordre des médecins de Rhône-Alpes reconnaîtra son statut de victime et la gravissime faute professionnelle commise à son encontre par une femme médecin.

Encore hantée par la petite phrase abjecte prononcée avec une moue grimaçante par le Dr L. « Vous devez avoir des substances pas normales dans le sang », et par ses accusations délirantes la faisant passer pour « une terroriste » en puissance, « habillée d’une robe noire informe et la toisant du regard », voire « étant sous l’emprise de stupéfiants », « se dopant au Gutron », cette mère de famille n’est pas prête d’oublier non plus l’instant glaçant où la généraliste a concédé avoir « bâclé la précédente consultation de son fils de 15 ans asthmatique », parce qu’elle était voilée.

Défendue par Me Hosni Maati, Myriam s’est présentée à ses côtés, samedi 3 septembre, devant la  commission de discipline du Conseil de l’Ordre des médecins de la région Rhône-Alpes, au cours de laquelle le Dr L., égale à elle-même, a campé sur ses positions sans le moindre état d’âme, persistant à proclamer une énorme contre-vérité : « le voile est un signe ostentatoire religieux interdit en France », a-t-elle martelé. Cette praticienne a tort de prendre ses désirs pour des réalités, car hormis le temple scolaire où il est proscrit, et ce, depuis la loi du 15 mars 2004, le port du voile est autorisé partout ailleurs, dans l’infiniment grand de l’espace public hexagonal.

Joint au téléphone, Me Maati nous a expliqué qu’il s’est appuyé sur l’article 7 du code de déontologie médicale, suffisamment éloquent pour démontrer à quel point cette femme médecin a trahi le serment d’Hippocrate. Devant l’aréopage de sages du Conseil de l’Ordre, il a fait part de  « sa profonde tristesse d’être là devant eux » pour dénoncer l’attitude intolérable du Dr L. qui nuit considérablement à l’image de sa profession, d’autant plus qu’elle ne correspond nullement à « l’image que l’on se fait et que l’on veut avoir d’un médecin » digne de ce nom.

Selon l’article 7 du code de santé publique« Le médecin doit écouter, examiner, conseiller ou soigner avec la même conscience toutes les personnes quels que soient leur origine, leurs moeurs et leur situation de famille, leur appartenance ou leur non-appartenance à une ethnie, une nation ou une religion déterminée, leur handicap ou leur état de santé, leur réputation ou les sentiments qu'il peut éprouver à leur égard. Il doit leur apporter son concours en toutes circonstances. Il ne doit jamais se départir d'une attitude correcte et attentive envers la personne examinée ».

Alors qu’il lui faudra encore s’armer de patience avant de connaître, d’ici à quatre semaines, l’arbitrage du Conseil de l’ordre des médecins de Rhône-Alpes, Myriam, cette femme et mère profondément blessée, s’est livrée à cœur ouvert lors de notre entretien téléphonique.

« J’ai été terriblement humiliée par ce médecin ! C’est inacceptable de s’entendre dire que l’on n’est pas une femme libre et que l’on est une honte, parce qu’on porte un voile ! Je suis une femme libre, je l’ai toujours été, mon père, qui devait être en avance sur son temps, m’a éduquée dans cet état d’esprit- là », s’est-elle exclamée, avant de renchérir : « Mon mari n’était pas d’accord pour que je porte le voile. C’est donc ma décision personnelle. M’accuser de prosélytisme religieux et d’appartenir à une mouvance terroriste, c’est totalement faux et insensé ! L’injustice me révolte, je me suis toujours dressée contre toutes les discriminations, quelles qu’elles soient, et je défends la cause des femmes, de toutes les femmes, de toutes religions et de toutes cultures. ».

A l’évocation du ressenti de ses enfants, sa réponse est empreinte de gravité : « C’est très difficile pour mes enfants d’être confrontés ainsi, à travers leur mère que l’on insulte, que l’on humilie, que l’on rejette, à la discrimination et à l’islamophobie. Je les élève dans de belles valeurs, conformes à ma religion, je leur ai appris à respecter les autres, les animaux, la nature. Je leur répète constamment qu’ils sont français, que je suis française, que nous sommes ici chez nous, qu’il faut lutter et s’unir contre le racisme anti-musulmans et sous toutes ses formes. Mon fils asthmatique de 15 ans, dont la consultation a été  bâclée par le Dr L., comme elle l’a reconnu elle-même dans la vidéo, en est ressorti très affecté ».

Envahie par l’inquiétude face à l’avenir, source d’anxiété quand elle songe au devenir de ses enfants, Myriam nourrit cependant l’espoir que le refoulement discriminatoire dont elle a été victime sera puni comme il se doit, dans un climat ambiant pollué par une islamophobie qui peut frapper à tout moment, même là où on s’y attend le moins. « La sanction contre cette femme médecin serait un signal fort envoyé au reste de la société, qui servirait d’exemple mais aussi de rempart contre l’islamophobie pour tous les musulmans, pour les enfants, pour nos enfants », a-t-elle conclu avec une émotion dans la voix très perceptible.

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