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Une lycéenne interdite d’entrée dans son établissement scolaire pour cause de jupe trop longue

Et revoilà venu le temps, non pas des cerises, mais de la crispation laïciste, nettement moins juteuse et franchement plus amère, sur la longueur d’une jupe qui, si elle était raccourcie de plusieurs centimètres, ne susciterait aucun émoi dans le temple scolaire, car comme chacun sait : l’émancipation des femmes, jeunes et moins jeunes, se mesure à l’aune de bouts de tissus qui ne dissimulent rien ou si peu, la pudeur étant suspecte dans un Hexagone qui serait pourtant bien avisé d’exiger un peu de tenue sur ses bancs d’école…

Alors que la chasse aux voiles est ouverte toute l’année et comme si la loi liberticide de mars 2004 ne suffisait pas, l’ostracisme envers les élèves portant une jupe désormais considérée comme un « signe religieux ostentatoire » défraye la chronique au mois de mai, à l’heure où fleurit le muguet, comme ce fut le cas l’année dernière avec les deux affaires d’exclusion au fort retentissement qui frappèrent deux collégiennes mortifiées, l’une de Charleville-Mézières, l’autre d’Orléans (voir photo de la jeune Sarah ci-dessus).

Un an plus tard, au moment où la nature reverdit, la laïcité sectaire et répressive sévit de nouveau contre une lycéenne en 1ère STMG, au lycée Flora-Tristan à Montereau-Fault-Yonne (Seine-et-Marne), qui n’a pas pu franchir, mardi dernier, le seuil de son établissement scolaire en raison de sa jupe à la longueur qui fâche, et fait perdre pied et la raison aux responsables de cette interdiction arbitraire.

Des responsables qui se murent dans un silence éloquent face à l’incompréhension de la jeune fille de 16 ans, bannie brutalement sans autre forme de procès.  « C'est injuste, je ne fais pas de provocation », se désole-t-elle, en précisant qu’elle s’est convertie à l'islam il y a un an et qu’elle retire son voile pour se rendre en cours, comme le relate le Parisien

« On ne sait pas si c'est la jupe ou l'attitude de l'élève qui est à l'origine de cette décision », a indiqué le rectorat de Créteil, en assurant qu’elle sera « reçue lundi par la direction ». 

Parmi les polémiques paroxystiques qui ont l’art d’enflammer la République laïque jusqu’à sombrer dans le grotesque, les cris d’orfraie poussés par la bien-pensance hexagonale contre une jupe jugée un peu trop longue quand elle est revêtue par certaines adolescentes ont été fustigés par le New York Times en 2015, en ces termes sans fioritures : « Cela devient ridicule quand les professeurs se permettent d'émettre un jugement en considérant que tel ou tel habit est une prise de position religieuse. Plus largement, les officiels français doivent cesser de se cacher derrière la laïcité quand leur unique but est en réalité d'imposer leur identité et leurs codes à des personnes aux racines différentes des leurs. (…) Aucune religion ne menace sérieusement la laïcité en France aujourd'hui, et invoquer un principe aussi noble contre une jeune fille ne fait que le dévoyer ».

La France farouchement anti-voile, qui revendique sa préférence pour les mini-jupes à dessein, ne réalise-t-elle pas que son islamophobie institutionnelle a contribué à ce que ses valeurs cardinales se soient, elles aussi, réduites comme peau de chagrin ?

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