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Une conseillère municipale voilée quitte l’Italie après avoir reçu des menaces de mort

Parmi les spécificités italiennes, plus terrifiantes que savoureuses, qui laissent cet arrière-goût amer incitant à aller voir ailleurs si l’herbe est plus verte, la Ligue du Nord et ses tribuns néo-fascistes et islamophobes n’ont pas leurs pareils pour faire trembler dans les chaumières musulmanes et faire fuir celles ou ceux qui auraient des velléités de s’illustrer dans la gestion des affaires de la Cité, autant dire La perspective cauchemardesque !

Piétinant tout sur leur passage avec perte et fracas, l’intelligence comme le vivre-ensemble, ces dangereux semeurs de trouble en ordre de bataille n’ont pas hésité à briser la douce quiétude de la ville de Rovereto, située au Nord-Est de la péninsule italienne, dans la province de Trente, en s’en prenant à une proie de prédilection : l’infortunée Aïcha Mesrar, 45 ans, première conseillère municipale voilée de la commune de 38 000 âmes, dont la promotion politique, les racines marocaines et l’apparence extérieure ont déchaîné une fureur raciste inextinguible, il y a deux ans de cela.

Estimée de tous et son hijab adopté par l'ensemble de la collectivité, avec en tête le maire démocrate Andrea Miorandi, son soutien de la première heure, qui a su dépasser les préjugés délétères pour apprécier à leur juste valeur ses qualités humaines et ses précieuses contributions, cette mère de famille, installée à Rovereto depuis 23 ans, a été contrainte, la mort dans l’âme, de renoncer à sa mission d’élue locale dont elle s’acquittait avec passion et rigueur, et pire encore de faire ses bagages, craignant pour la sécurité de ses proches.

Il faut dire que les éminences grises de la Ligue du Nord, manifestement en ébullition, n’ont laissé aucun répit à Aïcha Mesrar au cours de ces derniers mois, l’inondant de courriers d’insultes ordurières, usant d’intimidations et de menaces qui sont montées d’un cran lorsque des menaces de mort glaçantes lui sont parvenues, la pétrifiant sur place. Anonyme, ce déchaînement de haine pathologique était toutefois signé, atteignant en plein cœur la conseillère municipale de Rovereto, connue pour sa solidité à toute épreuve, à travers des lettres laissant présager le pire pour ses enfants.

C’en était trop pour Aïcha Mesrar, qui supportait difficilement de vivre sous escorte policière, se sentant de surcroît coupable d’imposer ces conditions de vie extrêmement pesantes et perturbantes à sa famille, et la décision de jeter l’éponge s’est imposée à elle comme une nécessité vitale. "Je ne peux plus vivre toujours sous escorte en permanence. Je n'ai pas peur et ce n'est pas la faute des gens de Rovereto, mais uniquement de certains. Je pars avec fierté et la satisfaction du devoir accompli, je suis heureuse de tout ce que j'ai entrepris ici et je suis pleine de gratitude pour tout ce que j’ai reçu", a-t-elle déclaré à la presse locale ainsi qu’au journal britannique The Independent.

Triomphant d’une femme remarquable et de sa carapace réputée invincible tant son courage et son opiniâtreté face à l’adversité forçaient l’admiration, l’islamophobie violente a eu raison d’Aïcha Mesrar, plongeant Rovereto et sa province dans la consternation. L’édile, Andrea Miorandi, qui s’était attiré les foudres de la Ligue du Nord pour avoir défendu les projets de construction d'un cimetière musulman et d’une mosquée locale, est très affecté par le départ de la mairie et du territoire de son adjointe et administrée, tout comme l’est Bruno Dorigatti, le président du conseil régional, qui voit là le signe alarmant que le fléau du racisme est loin d’être endigué dans l’Italie du Nord.

Tout à sa joie d’avoir réussi à bouter hors de Trente une élue voilée et sa famille, La Ligue du Nord n’a pas le triomphe modeste, et c’est à visage découvert qu’elle savoure le fruit d’une campagne ignominieuse, élaborée et assénant ses coups dans l’ombre.

"Nous n'acceptons pas les leçons de tolérance de Aicha Mesrar. Certes, elle ne nous manquera pas, pas plus que les étrangers qui, comme elle, sont venus dans cette province en tant qu'invités et ont exploité les services sociaux du Trentin sans scrupules, poignardant dans le dos nos concitoyens par leur ingratitude", a tempêté Maurizio Fugatti, le fulminant secrétaire général de la Ligue du Nord, imperméable à l’indignation générale et n’ayant cure des lois, qui a convaincu d’une chose les esprits tourmentés et apeurés de Roverato : ses coups de semonce fielleux le desservent plus qu’ils ne le servent, en rendant crédibles les menaces de morts proférées contre Aïcha Mesrar et les siens.

Par la rédaction

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