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Ratko Mladic, le “boucher des Balkans”, condamné à perpétuité

Incarnation de la barbarie à visage humain, Ratko Mladic, le sanguinaire « boucher des Balkans » reconnu coupable de génocide, crimes de guerre et crimes contre l’humanité, a été condamné ce mercredi à perpétuité par le Tribunal pénal international (TPI) pour l’ex-Yougoslavie.

Dernier accusé du trio de l’horreur qu’il formait avec les deux autres visages du mal, Karadzic et Milosevic, l’ancien chef militaire des Serbes de Bosnie, reconnaissable à son physique trapu et à son regard hautain glaçant le sang, devait répondre à onze chefs d’inculpation.

Responsable du siège de Sarajevo, long de 44 mois, qui a coûté la vie à 10 000 personnes, des civils pour la plupart, Ratko Mladic était également accusé d’avoir commis l’insoutenable massacre qui a cruellement endeuillé la ville martyre de Srebrenica (nord-est de la Bosnie) en juillet 1995, au cours duquel 8 000 Bosniaques musulmans furent séparés de leurs proches, torturés et abattus comme des chiens, avant d’être jetés dans des fosses communes, parfois éloignées d’une vingtaine de kilomètres.

« Les crimes commis se classent parmi les plus haineux connus du genre humain », a martelé le magistrat, considérant que les circonstances atténuantes évoquées par la défense, dont sa capacité mentale affaiblie, « avaient peu ou pas de poids » dans le jugement.

A l’image des nazis qui, droit dans leurs bottes, furent dans le déni de leur fureur criminelle et de leurs atrocités, Ratko Mladic a dû être évacué de la salle, après s’être dressé devant ses juges pour leur hurler qu’ils mentaient. Son fils a annoncé qu’il allait faire appel de ce jugement.

Nous vous proposons de lire ou relire l’article que nous avons consacré, en juillet 2017, à la négation de ce génocide par les Serbes de Bosnie, suivi à la fin de la vidéo poignante « Le Tribunal pénal international (TPI) pour l’ex-Yougoslavie se souvient ».

22 ans après l’extermination de 8 000 musulmans à Srebrenica, les Serbes de Bosnie nient le génocide

Seulement deux décennies se sont écoulées depuis l’horreur du génocide contemporain qui a fait de la ville martyre de Srebrenica un immense charnier, frappant en plein cœur un Vieux Continent qui se targuait, depuis les heures funestes du nazisme, d’avoir éradiqué en son sein la barbarie. Et déjà le déni de cette effroyable épuration ethnique et de son long cortège de victimes musulmanes (8 000 hommes) fait son chemin dans les esprits, au point d’être taraudé par une question angoissante : une telle abomination commise à nos portes, froidement et méthodiquement, pourrait-elle à nouveau survenir dans une Europe gangrenée par la résurgence des nationalismes et la propagation de l’islamophobie ?

Depuis ce mois de juillet 1995 macabre, planifié et orchestré par les bouchers des Balkans, Slobodan Milošević, Radovan Karadžić et Ratko Mladić, au cours duquel 8 000 musulmans bosniaques, jeunes et moins jeunes, furent emprisonnés, torturés et exécutés sommairement, avant d’être jetés dans des fosses communes, la force dévastatrice du racisme anti-musulmans a rechargé ses accus en Serbie et contamine la Republika Srpska. Cette région semi-autonome du nord et de l’est de la Bosnie-Herzégovine est passée aux mains des Serbes de Bosnie.

Placée sous le joug des Serbes de Bosnie dont l’écrasante majorité affiche fièrement son négationnisme, récusant la qualification officielle de génocide qui, aux yeux du Tribunal Pénal International pour l’ex-Yougoslavie, est pourtant la seule désignation appropriée à la monstruosité de ce crime de masse, Srebrenica pleure toujours ses morts après 22 ans d’un interminable deuil, rendu longtemps impossible par la recherche désespérée des dépouilles.

« Le déni du génocide nous fait mal », a confié Mejra Dzogaz, submergée par l’émotion, aux journalistes Alastair Sloane et Peter Oborne venus enquêter sur « L’histoire macabre de la dissimulation de Srebrenica ». Pour cette femme arrivée au soir de sa vie, le temps n’apaise nullement la douleur d’avoir perdu ses deux fils, assassinés dans les collines entourant Srebrenica.

« Nous espérons toujours que les négationnistes finiront par revoir leurs positions et par penser à nous et à toutes les autres mères. Mais tout ce qu’ils veulent faire, c’est nier. Si vous allumez la télévision, tout ce que vous entendez, ce sont ces personnes en train de nier. Nous pleurons encore et toujours et ils continuent de nier », s’indigne cette mère dont le cœur saigne depuis cet été mortifère de 1995. Elle décrit l’effroi qui la saisit à chaque fois qu’elle croise, au détour d’une rue, des Serbes qui ont perpétré ces massacres et qui se drapent désormais dans leur respectabilité de notables, siégeant au Conseil municipal ou occupant de hautes fonctions au sein de la police locale.

Alors que, chaque année, la ville martyre de Srebrenica se rappelle à nos mémoires lors de la commémoration, poignante et solennelle, des atrocités qui l’ont à jamais marquée de leur empreinte sanglante, il se pourrait que les actuels préparatifs soient fortement perturbés par le nouveau maire de la ville Mladen Grujičić. Ce nationaliste serbe nie, en effet, de toutes ses forces le génocide anti-musulmans, allant jusqu’à refuser d’employer le terme qui lui écorche la bouche.

« C’est une ironie cruelle de constater que l’élection à Srebrenica d’un maire qui nie le génocide n’a été rendue possible qu’en raison du nettoyage ethnique de sa population musulmane », fait observer le docteur Waqar Azmi, président de Remembering Srebrenica, une association caritative britannique.

En 2015, une enquête d’opinion terriblement édifiante révélait que 54% des personnes interrogées en Serbie reconnaissaient la brutalité du crime commis en juillet 1995, mais que 70% d’entre elles réfutaient l’idée même du génocide.

Parmi les nombreuses sources d’inquiétude nées de leur pérégrination au cœur de la Serbie d’aujourd’hui, les reporters Alastair Sloane et Peter Oborne ont dévoilé, non sans crainte, les liaisons dangereuses entre l’administration Trump et les nationalistes Serbes de Bosnie, farouches tenants des thèses négationnistes.

En effet, le premier magistrat de Srebrenica, Mladen Grujičić, a eu l’insigne honneur d’être invité au grand rituel du petit-déjeuner national de prière à Washington, deux semaines après l’investiture du 45ème président des Etats-Unis, se réjouissant de l’opportunité qui lui était offerte de « nouer des contacts avec des personnes importantes ».

L’inquiétude est à son comble quand on découvre la noirceur de la pensée de Milorad Dodik, le président de la Republika Srpska, au sujet du massacre génocidaire de Srebrenica : « c’est la plus grande supercherie du XXème siècle ! », assène-t-il sur un ton glacial qui trahit une haine anti-musulmans implacable.

De là à imaginer que le scénario du pire pourrait se répéter dans une Europe frappée d’amnésie et agitée par les vieux démons du passé, il n’y a qu’un pas que les deux journalistes britanniques ont franchi avec une extrême anxiété.

 

16 commentaires

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  1. La prison à perpétuité ça sera le club med à côté de ce qui l’attend dans la tombe et après le Jugement d’Allah.

    A moins qu’il se repente, et qu’Allah agrée son repentir.

    • Mak, je ne comprends rien aux religions et surtout à celle de Mahomet. Ainsi on pourrait commettre les pires atrocités imaginables et il suffirait de s’excuser pour être pardonné? Même à mon égard, je ne demande aucun pardon ! Pas étonnant que la religion de Mahomet finisse en vrille…

      • Comme l’a dit la personne au dessus, le personnage de Mahomet n’existe pas.

        Notre Prophète s’appelle Mohammed, que la paix et la bénédiction soit sur lui.

        Ensuite le pardon, Allah, Dieu l’unique, l’accorde à qui il veut, et ce n’est pas du ressort des créatures de savoir si untel est pardonnable ou pas.

        Je pense que cet homme est un monstre et qu’il mérite de rejoindre pharaon en Enfer, mais je ne décide pas de son destin, de plus ça m’étonnerait qu’il se repente et se mette à croire en Allah un jour.

        Après Allah fait ce qu’il veut et il n’a de comptes à rendre à personne.

        Vous dites vous même ne rien y comprendre comment pouvez vous donc juger que notre religion part en vrille ?

        Avez vous lu le Coran une seule fois dans votre vie ou bien vous fiez vous aux dires de gens qui sont soit franc-maçons (donc lucifériens) soit des soldats d’Israel tous déguisés en journalistes ?

        Est ce que vous savez pourquoi vous êtes sur Terre ? Pourquoi êtes vous né ? Quel est le but de votre existence ?

        Comment pouvez comprendre quelque chose si vous ne vous renseignez pas vous même ?

  2. Ce que je trouve de plus lâche, chez ce Ratko Mladic, c’est qu’il n’ait plus le courage de ses opinions. Il n’a plus le courage d’avouer les motivations de son geste.
    Les motivations de son geste sont connues de tous, elles sont les mêmes que celles de Hitler mais à l’égard d’une autre religion. Il a de la chance que ces pays concernés aient signé le Protocole européen pour l’abolition de la peine de mort en toutes circonstances, sans quoi il aurait fini pendu haut et court !

    • “…..l’égard d’une autre religion. Il a de la chance que ces pays concernés aient signé le Protocole européen pour l’abolition de la peine de mort en toutes circonstances, “.

      Comment expliquez vous qu’on ai liquidé ( assassiné) le leader Libyen Kadafi au vue et su de tout le monde!!!!!!
      Elles sont curieuses et bizares ces démocraties occidentales, non!

  3. Ce massacre avait eu lieu au coeur de l’Europe, sous la supervision de l’ONU.
    Au moment où on “découvre” les conséquences terribles des opérations pseudo humanitaires de l’OTAN en Libye, au moment où le Yemen subit un génocide avec la complicité des occidentaux, il serait bon de ne pas accuser le seul Mladic pour les horreurs qui se sont déroulées en ex-Yougoslavie.

  4. Les choses sont rarement noires et blanches et les musulmans ne doivent pas considérer l’islam comme une appartenance tribale, identitaire, mais comme une obligation éthique et spirituelle. Que les musulmans aient des ennemis et qu’il faille les combattre bien sûr, mais sans exagérer et en restant juste. Et quand un musulman d’apparence commet des crimes contre un non musulman, c’est le non musulman qui a l’appui de Dieu. En Yougoslavie, on (les puissances occidentales qui aiment tant l’islam n’est-ce pas ?) a tout mis sur le dos de Serbes essentialisés alors que pas un seul cheveu de la tête d’un Musulman du Sandjak appartenant à la Serbie de Milosevic n’est tombé et que les crimes au
    Kosovo se sont avérés pratiquement tous faux ou exagérés depuis. En Bosnie, on attend toujours un jugement équitable pour les crimes commis par Karadzic, par Mladic mais aussi ceux qu’on attribue à Izetbegovic (le pilonnage du marché de Sarajevo par sa propre armée par exemple) ou à Naser Oric (ex garde du corps de …Milosevic, ayant selon de nombreuses sources participé à des crimes contre des civils dans les villages serbes entourant Srebrenica avant le massacre des musulmans de Srebrenica) …sans parler des crimes commis par des Croates contre des Serbes mais aussi des Musulmans et eux-aussi tus. Bref, les choses ne sont pas si simples, et les deux poids deux mesures devraient être dénoncés sans égards, en particulier par les musulmans à cause de l’éthique qui doit caractériser l’islam. Cet article parmi des centaines d’autres mérite d’être lu car il relativise les infos uniformes : http://www.defenddemocracy.press/icty-karadzic-judgement-milosevic-victims-fascist-justice/

    • drweski
      Au lieu d’essayer de nous revendre votre intenable philosophie du “2 poids – 2 mesures” dans le cas avéré du génocide anti-musulman aux mains des Serbes, soyez honnête, allez au bout de votre sentiment: ce qui vous agace au plus au point est que l’OTAN ait choisi de défendre les musulmans contre l’agression serbe, en Bosnie comme au Monténégro.

      Votre approche est faussée par votre obsession marxisante dont vous vous faîtes un devoir d’appliquer partout comme un gentil porteur de valises. Même la référence que vous proposée est un site téléguidé par Poutine et quelques larbins universitaires et journaleux pour essayer d’apporter un contre-discours (ce qui serait en effet bienvenu) au ramassis d’idioties de la presse dite libérale.

      Attention, la guerre froide est terminée (sauf pour Poutine), et le marxisme politique n’a apporté que le malheur à l’humanité. On s’attendrait de votre part à un esprit un peu plus vif.

      • Bonjour ATT. Vous indiquez que “la guerre froide est terminée (sauf pour Poutine)”. Ne s’agirait-il pas plutôt de la guerre froide contre Poutine, et contre ceux qui ne sont pas alignés sur l’OTAN et sur les multinationales occidentales ? Si l’on en juge par les conflits tièdes ou chauds en Afrique, au Moyen-Orient, en Amérique et, en matière économique, au coeur de l’Europe, ce n’est pas vraiment terminé. La chasse aux sorcières aux USA et chez nous me dit que justement cette guerre froide bat son plein, avec des répercussions au sein même de l’ultrapuissance US.
        Quant à votre autre jugement, un poil trop vif, “le marxisme politique n’a apporté que le malheur à l’humanité”, j’ai l’impression que son ennemi le capitalisme politique n’est pas en reste pour ce qui est d’assurer du malheur, tout spécialement depuis la chute du mur de Berlin.

        • chb
          Libre à vous de croire que Poutine est une victime ou un modèle. Pire encore, si vous croyez qu’il est un ami sincère du dictateur Assad.

          Enfin, il faut arrêter de construire des arguments en faux mode binaire: on peut et on doit dénoncer l’autoritarisme poutinien, cela ne signifie pas qu’on embrasse le modèle américain. C’est un peu comme le régime israélien qui, dès qu’on le critique, nous parle de l’Iran…

          Quant à votre apologie du modèle du marxisme politique: savez-vous que le nombre de ses victimes, entre l’URSS, la Chine maoiste, le Vietnam, et Pol Pot, arrive à environ 80 millions? Est-ce un détail de l’histoire dans votre morale?

          • Mais non, “le tsar” n’est pas un modèle. En ce qui me concerne, je penche à gauche, et lui pas ! Son amitié éventuelle (non plus que son inimitié) pour tel ou tel ne me semble pas rentrer en ligne de compte, si j’en juge par ses rapports officiels avec tous les autres chefs d’états, “partenaires” quoiqu’il en coûte.
            En matière de massacre, je ne nie pas que des rouges en ont commis, mais j’observe que les USA et alliés ont aussi beaucoup tué depuis un siècle, sans oublier le génocide (revendiqué) des amérindiens. Leur propagande tient lieu d’histoire et d’information, tant sur l’actualité que sur l’avenir de la planète ! Ainsi les européens ont-ils globalement oublié la part prépondérante de Moscou dans la déconfiture du nazisme ; et ils gobent la diabolisation éhontée puis la destruction de pays que l’OTAN n’aime pas.
            Qui observe que Pol Pot lui-même a fait moins de victimes au Cambodge que le Pentagone en Corée ?
            Mladic est typiquement un bouc émissaire : très pratique pour évacuer notre responsabilité pourtant patente (des “erreurs” aux dommages collatéraux rarement comptabilisés), et pour laisser dans l’ombre des intérêts inavouables. Trouvez-vous objectif le TPI, pourvoyeur de la “justice” des vainqueurs ?

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