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Que cache le plan américain de cessez-le-feu au Liban ?

Le plan américain pour un cessez-le-feu au Liban soulève des questions sur ses implications pour la région et le Hezbollah.

Pourquoi lire cet article :

  • Comprendre les enjeux d'un cessez-le-feu au Liban.
  • Analyser les conséquences potentielles sur la Palestine et la région.

Les négociations indirectes entre le Liban et Israël, sous l’égide du médiateur américain Amos Hochstein, vont-elles déboucher sur une trêve susceptible de mettre fin au calvaire des centaines de milliers de Libanais qui ont fui le sud du Liban, en proie à des bombardements intensifs de l’armée israélienne depuis le 23 septembre dernier ?

Et qu’adviendra-t-il du Liban, de la Palestine et de la région si le plan américain d’une « paix séparée », qui n’a pas encore révélé tous ses dessous, venait à être imposé ?

Selon les dernières déclarations de l’émissaire du président américain pour le Liban, Amos Hochstein, un cessez-le-feu au Liban serait « à portée de main » et pourrait même voir le jour d’ici deux semaines.

Le plan américain qui a été présenté par l’ambassadrice américaine à Beyrouth, Lisa Johnson, au premier ministre libanais, Najib Mikati, contient 13 points à commencer par une trêve de 60 jours et le d »ploiement de l’armée libanaise eau sud du pays.

Le plan américain s’articule essentiellement autour de l’application de la Résolution 1701 du Conseil de sécurité qui avait mis fin à la guerre de 2006 et qui prévoyait le déploiement de l’armée libanise et de la FINUL au sud du Liban ainsi que le retrait des combattants du Hezbollah au-delà du fleuve Litani ainsi que l’application de l’Accord de Taef qui prévoyait le désarmement de toutes les milices libanaises (1)

Le Hezbollah accepte de séparer les deux dossiers du Liban et de Gaza

Même si des points litigieux demeurent concernant l’interprétation que chaque partie fait de certaines clauses comme celle se rapportant à la possibilité pour chacun de répondre à ce qu’il considère être une menace pour sa sécurité, il semble que les gouvernements libanais et israélien aient donné leur accord de principe sur l’essentiel du plan américain.

Il faut savoir que l’essentiel pour le gouvernement israélien et son allié américain est que le Hezbollah ait finalement accepté de découpler la question du cessez-le-feu au Liban de la question du cessez-le-feu à Gaza. (2)

Tous les observateurs sont d’accord pour dire que le changement majeur qui permet désormais de croire à la possibilité d’un cessez-le-feu au Liban est le fait que le Hezbollah ait finalement accepté de dissocier les deux dossiers de Gaza et du Liban.

Contrairement à ce que l’ancien dirigeant du Hezbollah, Hassan Nasrallah, assurait avant son élimination, l’actuelle direction du Hezbollah n’exige plus l’arrêt des hostilités à Gaza pour discuter d’un cessez-le-feu au Liban.

Si le plan américain se focalise sur un cessez-le-feu au Liban, il est devenu clair que l’Administration Biden ne se fait plus aucune illusion quant à un cessez-le-feu à Gaza comme elle vient de le montrer en opposant, une fois de plus, son véto à une Résolution du Conseil de sécurité appelant à un cessez-le-feu à Gaza.

Dans le Haaretz, l’analyste israélien, Amos Harel, a mis en évidence le fait que toutes les parties concernées ont intérêt à un cessez-le-feu au Liban. Malgré ses déclarations va-t’en guerre, le gouvernement israélien se trouve confronté au fait que l’engagement des réservistes de l’armée israélienne au sud Liban rencontre une sérieuse problématique. (3)

L’analyste israélien ajoute que même si le gouvernement israélien reste prudent et n’écarte pas l’éventualité d’une poursuite de la guerre sur le front libanais, il cherche à profiter de la médiation américaine pour en finir avec le front nord en vue de découpler les deux dossiers et concentrer toutes ses forces sur Gaza (4)

L’obstacle qui reste à surmonter

Le gouvernement israélien insiste sur les garanties sécuritaires qu’un éventuel cessez-le-feu devrait assurer pour éviter que le Hezbollah ne constitue à l’avenir une menace pour Israël (5)

De son côté, le gouvernement libanais met au premier plan de ses préoccupations la question humanitaire posée par le retour des centaines de milliers de Libanais obligés de quitter le sud Liban et dont la prise en charge nécessite une intervention conséquente de la communauté internationale (6)

Mais le principal obstacle, à caractère politique, qui reste à surmonter avant la déclaration d’un cessez-le-feu au Liban concerne l’intransigeance du Hezbollah devant la demande d’Israël d’intervenir comme il le souhaite si le mouvement chiite libanais tentait de se réarmer.

Le ministre israélien des Affaires étrangères, Gideon Saar, a affirmé mercredi que tout accord de cessez-le-feu au Liban devrait laisser à son pays une « liberté d’action » contre le Hezbollah.

De son côté, le ministre israélien de la Défense Israel Katz ne dit pas autre chose : « la condition de tout règlement politique au Liban est la préservation de la capacité de renseignement et du droit [de l’armée israélienne] d’agir et de protéger les citoyens d’Israël contre le Hezbollah ».

A cela, le nouveau chef du Hezbollah, Naïm Kassem, a répondu mercredi qu’ « aucun accord de cessez-le-feu ne serait accepté si celui-ci violait « la souveraineté » du Liban, en réponse aux intentions d’Israël de maintenir une « liberté d’action » contre le groupe chiite » (7)

L’intransigeance du Hezbollah sur ce point pourrait s’expliquer par la volonté du mouvement chiite de sauvegarder une capacité de négociation dans le cadre de la refondation politique inévitable au Liban qui suivra cette guerre. Elle peut également être interprétée comme un soutien indirect au gouvernement libanais dans sa difficile négociation en vue de préserver un minimum de souveraineté nationale (8)

De son côté, le principal allié du Hezbollah dans la région, l’Iran, durement éprouvé par les sanctions internationales qui risquent d’être renforcées sous l’Administration Trump,  ne devrait pas s’opposer au plan américain en vue d’aboutir à un cessez-le-feu séparé au Liban (9)

Bien entendu, l’ouverture de l’Iran à l’égard du plan de cessez-le-feu séparé au Liban a des limites. S’il pourrait accepter le cas échéant un recul du Hezbollah sur la future scène libanise, on voit mal l’Iran accepter de son plein gré le désarmement de son allié libanais.

Israël compte sur le rôle de la Russie

A défaut de pouvoir imposer un désarmement total du Hezbollah, le gouvernement israélien espère empêcher son réarmement grâce notamment à l’incursion d’un nouveau larron inattendu sur la scène libanaise : la Russie.

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La chaîne 12 de la télévision israélienne a révélé que le ministre israélien de la Planification stratégique, Ron Dermer, a effectué, début novembre, une visite secrète à Moscou, en vue de discuter du rôle que pourrait jouer la Russie dans l’établissement de la « paix » au Liban (10)

Le voyage du ministre israélien à Moscou a relancé les spéculations sur un éventuel rôle que pourrait jouer Moscou dans la région avec la bénédiction de l’Administration Trump (11)

Dans ce nouveau deal, Moscou, qui a pris sous sa coupe le régime syrien, serait chargé d’empêcher l’acheminement des armes iraniennes au Hezbollah via la Syrie.

Les dangers que fait courir le plan américain à la région

Le retrait du Hezbollah jusqu’au fleuve Litani, qui sera suivi par le déploiement de l’armée libanaise dans le sud du pays, peut être interprété, par ses adversaires, comme une défaite du mouvement chiite. Et dans ce cas de figure, l’armement du Hezbollah perdrait toute signification.

Cependant, il n’est pas dit que le désarmement total du Hezbollah, que continue de revendiquer ses adversaires politiques, ne constitue pas un casus belli pour une nouvelle guerre civile qu’Israël pourrait être tenté d’allumer et d’alimenter à distance.

Est-ce un hasard si le Haaretz, dans son édition du 18 novembre, a eu recours à ce titre spectaculaire pour commenter les tensions engendrées par le déplacement de 1,5 million de Libanais suite à la guerre : « Sommes-nous au bord d’une troisième guerre civile au Liban ? » (12)

Outre qu’elle constituerait une catastrophe pour le Liban, la perspective funeste d’une nouvelle guerre civile ne devrait arranger aucune force libanaise et c’est ce qui explique que toutes les parties libanaises semblent vouloir l’éviter coûte que coûte, et y compris au prix de concessions substantielles de la part du Hezbollah, qui auraient été inimaginables il y a quelques années.

Un cessez-le-feu séparé au Liban ne fera qu’accentuer la terrible solitude de Gaza. Mais aucune voix sensée ne pourra reprocher quoi que ce soit aux Libanais qui ont payé -pratiquement seuls- le tribut de la solidarité du sang avec leurs frères palestiniens de Gaza pendant que les autres pays arabes -certains impuissants et d’autres complices -, assistaient au spectacle mortifère sans bouger le petit doigt.

Les Palestiniens de Gaza continueront d’affronter seuls leur bourreau, dont tout indique qu’il ne compte pas arrêter sa guerre génocidaire avant de nettoyer complètement le nord de l’enclave de sa population qui a désormais un seul choix : mourir par les bombes ou mourir par la faim et la maladie.

Notes

(1)Le Figaro 19/11/2024

(2)Le Monde 20/11/2024

(3)Haaretz 17/11/2024

(4)Haaretz 17/11/2024

(5)Radio France 18/11/2024

(6)Al Jazeera 21/11/2024

(7)L’Orient-Le-Jour 20/11/2024

(8)Liban News, 20/11/2024

(9)Haaretz 17/11/2024

(10)Top War 10/11/2024

(11)L’Orient-Le-Jour 12/11/2024

(12)Haaretz 18/11/2024

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