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Quand Marianne fait passer Kamal M. pour un des “petits caïds de Bobigny”

« Comment la droite confie Bobigny à des petits caïds »Ce titre choc, à faire frémir dans les chaumières, notamment celles de Bobigny, en Seine-Saint-Denis, était mis en exergue sur le sommaire du magazine Marianne, n°900, en date du 18 juillet, instillant la suspicion sur la nouvelle équipe municipale au pouvoir, avec cette petite dose de sensationnalisme dont nos médias usent et abusent sans état d’âme.

Sur la sellette, l’édile UDI Stéphane De Paoli, grand vainqueur des urnes lors des dernières municipales et tombeur d’un bastion historique du communisme depuis près d’un siècle, ainsi que certains de ses proches lieutenants, dont Christian Bartholmé, son premier adjoint, ont fait l’objet d’un article diffamatoire, se basant sur les allégations d’une employée de la mairie, connue pour sa fragilité psychologique, qui affirme avoir été menacée en interne, ce que dément catégoriquement le premier magistrat de la cité, après avoir été aperçue distribuant un tract calomnieux, fin juin, dans les boîtes aux lettres des Balbyniens.

Une séance du conseil municipal présidée par le maire, Stéphane De Paoli, aux côtés de son premier adjoint Christian Bartholmé, à droite.

Alors que cette affaire montée en épingle par Marianne devrait connaître un rapide dénouement judiciaire, le magazine a décidé de livrer à la vindicte celui qui a ravi les clefs de Bobigny à la mairesse sortante, Catherine Peyge, et infligé une claque cinglante à l’Union de la gauche (PC et PS), grâce à une liste citoyenne, réflétant la France plurielle, qui aspirait fortement au changement.

Si Stéphane De Paoli, dont nous rappelons qu’il a eu maille à partir avec les fervents militants de Catherine Peyge, qui tentèrent de le discréditer pour avoir mis sur sa liste une jeune femme voilée en position éligible, et son proche collaborateur, chargé des finances, sont accusés par Marianne d’avoir noué des liaisons dangereuses, les fameux « caïds », on l’aura compris, ont le faciès un peu trop typé et des noms à consonance maghrébine… 

A voir ou à revoir, la vidéo ci-dessous de l'altercation tristement édifiante qui a ponctué une campagne polluée par un climat délétère et islamophobe.

Bref, dans le rôle des méchants, on retrouve immanquablement des arabes, des musulmans, dont le seul tort est de s’impliquer un peu trop activement dans la vie de la cité… Il est vrai que tous les bien-pensants, les donneurs de leçon et autres éditocrates du parisianisme préfèrent des Français issus de l’immigration post-coloniale abstentionnistes qu’engagés politiquement, ou que fondant leur propre mouvement, leur déniant toute autonomie politique.

Anaïs Leleux, journaliste free-lance, s’intéressant aux questions sensibles de l’islam en France et de l’islamophobie, et Etienne Maury, photographe et journaliste multimédia, ont alerté notre site sur la publication d’une des prises de vue réalisées, en mars dernier, dans le cadre de leur reportage sur « Bobigny, une campagne à couteaux tirés » et sur l’Union des Démocrates Musulmans Français (UDMF), en guise d’illustration du papier de Marianne. Petit hic : la photo, publiée sans légende, a été détournée par la rédaction du magazine, nuisant gravement à l’image des deux hommes qui y figurent au premier plan : Christian Bartholmé, premier adjoint de Bobigny, et Kamal Moumni, 29 ans, ex-tête de liste de l'UDMF. 

 

Kamal Moumni, ex-tête de liste de l'UDMF et futur chargé de mission à la mairie de Bobigny, assimilé par Marianne à un petit caïd local

Quelle ne fut pas la stupeur d’Anaïs Leleux et d’Etienne Maury de constater l’usage fallacieux fait de la rencontre, devant une permanence électorale, entre Christian Bartholmé et Kamal Moumni, lequel, au moment de la prise de vue, était ex-tête de liste de l’UDMF, suite à la fusion de son mouvement avec l’UDI dans la perspective de soutenir la candidature de Stéphane De Paoli.

Comme on l’observe ci-dessous, entre le titre du sommaire particulièrement anxiogène, et le verbatim percutant positionné en haut à droite de l’article « On bombarde Directeurs des mecs qui, il y a quelques semaines, dealaient dans les quartiers. Tout le monde est tétanisé », l'assimilation de Kamal Moumni à l'un de ces fameux "petits caïds de Bobigny" est inévitable.

  

 

  

 

  

Voici la photo originale et parfaitement légendée par son auteur, Etienne Maury, sur Pixpalace (la plateforme dédiée aux photojournalistes qui mettent ainsi leurs travaux à la disposition des rédactions). 

  

Supris et consterné par « l’erreur de Marianne » invoquée, au téléphone, par la responsable du service photo de l’hebdomadaire, Etienne Maury a accepté que l'on publie le courrier qu’il avait préalablement adressé à la rédaction pour exiger des explications et rappeler, au passage, quelques fondamentaux. 

 " Bonjour,

Suite à la publication de certaines de mes photographies dans l'hebdomadaire Marianne n°900 en illustration de l'article "Comment la droite confie Bobigny à des petits caïds", je souhaite vous faire part d'un communiqué que je diffuserai prochainement. En effet, un des protagonistes de mes photos s'y retrouve potentiellement présenté comme l'un de ces "petits caïds". Il s'agit en réalité de Kamal Moumni, ancien n°5 de la liste présentée par l'UDMF aux municipales de Bobigny, comme l'indique la légende que j'ai fournie avec l'image lors de sa mise en ligne sur le site l'agence me représentant, Hans Lucas, et sur Pixpalace. L'usage de mes photographies est régi par les conditions d'utilisation de Hans Lucas, qui stipulent que "toute image doit être reproduite avec ou dans l'esprit de sa légende". Je m'astreins à la plus grande honnêteté et rigueur journalistique dans les sujets que je traite, ainsi qu'auprès des personnes que je photographie, et je regrette profondément que votre rédaction ait choisi de donner un sens aussi différent à une de mes images. Cela ne porte que des conséquences négatives. Pour l'image de M. Moumni avant tout, mais également pour mon travail, et pour notre profession.

Cordialement
Etienne M."

 

Kamal Moumni étant actuellement en vacances, nous avons contacté Najib Azergui qui est le co-fondateur, avec Emir Magherbi, du parti politique l’Union des Démocrates Musulmans Français (UDMF), porté sur les fonts baptismaux fin 2012 et qui a déjà essaimé en Bourgogne et en Auvergne.

Atterré, comme l’ensemble des 50 cadres et des 647 adhérents qui composent le mouvement en Ile-de-France, ce chef de projet dans les télécoms déplore vivement les lourdes conséquences de cet article en termes d’image et de réputation, au premier chef pour Kamal Moumni, mais aussi pour l’UDMF sur laquelle elles ont inéluctablement rejailli.

"Kamal Moumni est tout sauf un caïd ! C’est quelqu’un de très estimé localement, qui a travaillé comme chauffeur de taxi pendant un certain temps, et qui s’est fait connaître par son engagement politique dans nos rangs. C’était la tête de liste de notre parti pour les municipales, avant que nous décidions de fusionner avec Stéphane de Paoli. Ce détournement d’image est extrêmement préjudiciable pour lui. Il en a été profondément affecté, ses proches également. Son honneur a été sali, alors même qu’il se verra confier par le maire de Bobigny, à la rentrée, le poste de chargé de mission pour superviser le projet du premier musée dédié à la colonisation en France. Les répercussions de cet article ont rejailli également sur notre parti l’UDMF. Nous n’avions pas besoin de cela, car nous avons subi de violentes campagnes de dénigrement lors des municipales par la gauche au pouvoir, nous traitant de Frères musulmans, venus pour instaurer la charia, faire du prosélytisme dans des tracts odieux", a déclaré Najib Azergui.

Et de poursuivre : "Notre parti est laïc, c’est même le tout premier parti laïc en France à se baser sur les valeurs de l’islam. Ce n’est pas incompatible, contrairement à ce que certains prétendent. Dans notre charte, nous préservons la liberté de conscience, de culte, en insistant sur le fait qu’aucun citoyen n’a un devoir de neutralité. Le choix de Bobigny s’est imposé car c’est là qu’en 1935, le premier hôpital franco-musulman a vu le jour, suivi en 1937 de la création du premier cimetière franco-musulman", avant de conclure : "Kamal Moumni envisage de porter plainte, et l’UDMF également pour détournement d’image".   

Joint par téléphone, Stéphane De Paoli, maire de Bobigny, nous a fait part de sa vive indignation : "Ces méthodes journalistiques sont scandaleuses. Le journal Marianne s’est autorisé à mettre gravement en cause des membres de l’équipe municipale, et à travers eux, la Ville elle-même. Une plainte pour diffamation a été déposée, et je suis confiant sur les suites judiciaires. Dès la parution de l’article, j’ai aussitôt adressé un courrier à l’attention du personnel, pour court-circuiter le travail de sape de l’opposition, qui semait la zizanie en interne, ainsi qu’une lettre à tous les Balbyniens, afin de rétablir la vérité odieusement dénaturée et consolider le socle de confiance qui a permis à la liste alternative que je représentais de détrôner l’équipe en place".

"Cette lettre aux administrés s’est accompagnée de visites sur le terrain, et je dois dire que j’ai été réconforté par les marques de sympathie qui ont afflué", s'est félicité Stéphane De Paoli, avant de renchérir sur un ton railleur : "La population locale, qui n’est pas dupe et sait d’où les coups bas viennent, m’a renouvelé toute sa confiance. J’ai été très choqué également par l’article du Monde « Règlements de compte en série à Bobigny ».  A croire que la presse française n’avait rien d’autre à se mettre sous la dent pendant la période estivale."

Aux abonnés absents, nous avons tenté de recueillir la réaction de Marianne, en laissant un message au bureau de Frédérique Briard, en charge du service photo et iconographie.

Alors que la défiance envers les médias hexagonaux s’est accrue au fur et à mesure que les Unes racoleuses, les connivences avec le pouvoir, et la diabolisation outrancière et permanente de l’islam ont transformé des magazines dits sérieux en feuilles de chou de propagande, obsédés par la rentabilité et les petits intérêts particuliers, la faute professionnelle de Marianne et ses répercussions désastreuses ne sont pas de nature à réconcilier le grand public avec sa presse si peu scrupuleuse des salons feutrés du parisianisme.

La rédaction d'Oumma.com.

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