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Nouzha Guessous : Une femme au pays des fouqaha-l’appel du houdhoud

Nouzha Guessous est une marocaine, biologiste médicale et chercheure en droits humains et bioéthique, qui a été professeure à la faculté de médecine, Université Hassan II de Casablanca pendant un quart de siècle, en même temps qu’elle militait dans de nombreuses organisations nationales et internationales luttant pour la promotion des droits humains. Elle est co-auteure de plusieurs ouvrages collectifs dans ce domaine.  

Son ouvrage “Une femme au pays des fouqaha” (1), publié en 2021, est une sorte d’autobiographie de son enfance et de sa jeunesse à Fès, un essai littéraire mené avec beaucoup de talent, qui débouche, dans un deuxième volet, sur une analyse des conflits idéologiques qui ont marqué les travaux de la commission chargée de la réforme de la moudawana (code de statut personnel) au Maroc au début du 21è s., une commission dont elle a fait partie. 

Une femme se penche sur son passé

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Dans la première partie de son ouvrage, l’auteure raconte avec un grand talent sa vie à Fès dans les années 1950 et suivantes, immédiatement après l’indépendance du Maroc. Elle décrit son enfance et le mode de vie de sa famille, dans un très vieux quartier où elle a passé l’essentiel de sa jeunesse. A tour de rôle, son père, sa mère, ses frères et soeurs ont leur moment de vérité. Le lecteur se sent littéralement vivre dans la vieille ville, circule dans ses rues, passe à côté de ses hauts lieux historiques, voit les habitants à l’oeuvre, chacun dans son quartier et dans son métier. Au-delà du récit autobiographique, il y a là une oeuvre littéraire de grande qualité. 

La famille avait des ressources financières très modestes. Néanmoins, ses trois frères sont allés faire des études aux Etats-Unis et en France, grâce à des bourses. Son frère ainé devint un sociologue éminent au Maroc, après avoir fait des études à Princeton. Elle-même fit ses études médicales en France. Elle explique à cette occasion qu’elle aurait pu faire des études médicales au Maroc, à l’université de Rabat, mais elle voulait à tout prix s’éloigner de sa famille et de son environnement marocain où elle se sentait dominée, écrasée par les hommes et les traditions, dans un milieu où l’homme avait toujours le dernier mot sur absolument tout. 

On est frappé par la violence du ton utilisé par l’auteure quand elle parle de cette problématique, comme s’il s’agissait d’un combat dans lequel elle représentait et défendait les droits du genre féminin, contre l’oppression du genre masculin.

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Le discours est d’autant plus étonnant qu’elle décrit son père comme un homme d’une extrême gentillesse avec tout le monde, qui avait un esprit extrêmement ouvert dans tous les domaines et laissait sa femme et ses enfants, garçons et filles, mener leur vie à leur guise, dès leur plus jeune âge. Elle ajoute que c’était sa mère qui faisait la loi dans le foyer, vis-à-vis des enfants entre autres, mais toujours avec la plus grande bienveillance. C’était également la mère qui gérait tout ce qui touchait à la vie du foyer, ce que le père semblait considérer comme allant de soi.

Pourquoi l’auteure a-t-elle senti le besoin de se rebeller avec une telle violence contre le genre masculin, puisqu’il ne lui était rien arrivé dans sa vie qui justifiait cela ? Mais, l’auteure semble considérer que toute la société marocaine, telle qu’elle la voit jusqu’à ce jour, est basée sur un postulat patriarcal qui donne tous les pouvoirs aux hommes et aucun aux femmes. C’est contre cela qu’elle se révolte. Elle aimerait que les femmes marocaines s’organisent, réclament leurs droits, contestent le statu quo. Elle voudrait que la société change, qu’on établisse l’égalité des droits entre les hommes et les femmes. Elle n’a pas été personnellement opprimée, mais les femmes qu’elle a vues pendant toute son enfance et son adolescence l’étaient, à son avis. Elle est décidée à oeuvrer pour ce changement, à lui consacrer sa vie. 

Toujours est-il qu’au cours de ses années d’études en France, à l’université de Caen, elle se lie rapidement avec un groupe de défense des droits des femmes, relevant du Mouvement de Libération des Femmes, où elle fait ses premières expériences de lutte pour ces droits. 

A cette époque, à l’âge de 20 ans, voici comment elle se décrit : “Je tanguais et vacillais en quête de compromis viables entre la modernité et la tradition, l’amour libre et le mariage, l’égalité assumée et la répartition sexuée des rôles, l’illusion de protection de la soumission et la difficulté du bras de fer pour avoir droit de vivre et de s’exprimer en tant que femme et citoyenne à part entière…”

L’auteure a vécu 8 ans en France où, parallèlement à ses études, elle a été “de toutes les luttes féministes, pour le planning familial, l’interruption volontaire de la grossesse, le rejet de la marchandisation du corps des femmes.” Elle fut aussi “de tous les autres combats : pour la démocratie et les libertés politiques au Maroc”…”sans oublier les grandes causes internationales : Palestine, Iran, Vietnam, lutte des Noirs américains, etc.” Elle se maria en France avec un marocain qui luttait pour les mêmes causes qu’elle, “consécration d’une rencontre amoureuse, mais aussi un mariage de raison, grâce à l’harmonie idéologique et militante” qu’il y avait entre son époux et elle.

Après son retour au Maroc, elle devint chef de service au Centre Hospitalier Universitaire de Casablanca et enseignante à l’Université Hassan II, tout en continuant à promouvoir les droits des femmes marocaines en toutes occasions et dans tous les forums. Ce n’est donc pas étonnant qu’elle ait été choisie par les autorités marocaines pour faire partie de la commission établie en 2001 pour étudier les différents points du droit de la famille que les organisations spécialisées souhaitaient réformer.

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Au sein de la commission pour la réforme de la moudawana (Code de la famille) 

La commission se composait de 12 hommes et 4 femmes, en plus du Président. Elle représentait l’éventail des partis politiques et des forces sociales du pays. Sur chaque point à l’étude, les avis étaient extrêmement divergents. Mais, une chose devint rapidement claire à l’auteure. L’attitude au sein de la commission était patriarcale, les us et coutumes hérités de la culture nationale étaient eux-mêmes présentés comme des données inaltérables qu’il fallait maintenir et respecter. Chaque fois que quelqu’un remettait quelque chose en cause, il se trouvait confronté à un barrage de critiques qui lui expliquaient que cela relevait du champ religieux, même si cela ne relevait que de simples traditions séculaires. Le camp se réclamant de la défense de la religion expliquait ainsi aux participants qui n’étaient pas des théologiens de métier, des oulémas ou fouqahas, qu’ils ne devaient pas se mêler de remettre en question des choses auxquelles ils ne pouvaient rien comprendre, puisqu’ils n’avaient pas de formation en la matière. Il recommandait à chaque membre de la commission de limiter ses avis à ce qui relevait de son métier, un médecin pouvant parler de manière utile de médecine, par exemple, mais pas de l’interprétation des règles coraniques traitant de la polygamie, qui relevaient du champ exclusif des fouqahas.  

L’auteure passe ainsi en revue chacun des points fondamentaux du droit de la famille qui était à l’étude. Elle présente la substance des points de vue exprimés par les membres de la commission, qui étaient extrêmement conservateurs et ne comportaient que des modifications de détail, sans grandes conséquences.

Il en fut ainsi pendant trente mois de discussion. Le rapport de la commission qui fut alors présenté aux autorités reflétait, évidemment, les points de vue de la majorité dominante, loin des idées défendues par l’auteure sur les questions d’égalité des genres, l’égalité des droits entre les hommes et les femmes, que l’auteure voulait promouvoir dans tous les aspects de cette réforme. L’auteure explique qu’elle fut “traumatisée” par les débats qu’elle écouta au cours de sa participation à cette commission, au point que ce n’est qu’une quinzaine d’années plus tard qu’elle se sentit en mesure d’en parler dans ces mémoires. 

Quant aux autorités marocaines, ayant pris note du rapport de la commission, elles en tinrent compte dans certains aspects et préparèrent un projet de réforme beaucoup plus progressiste sur de très nombreux points, qui constitua la base de la “moudawana” (Code de la famille) de 2004.

On se rend compte, en lisant ce récit, à quel point il est difficile aux sociétés musulmanes contemporaines de progresser, du fait que les forces les plus conservatrices utilisent l’argument religieux avec la plus grande liberté d’interprétation pour freiner ou bloquer tout changement dans la société. 

(1) Nouzha Guessous : Une femme au pays des fouqaha, Editions La Croisée des Chemins, Casablanca, 2021  

Un commentaire

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  1. Les femmes marocaines n’ont aucun droit et aucune considérations.
    Je prends les femmes mulets ? Quand vous voyez cela c’est le retour du moyen-âge et pire ces femmes travaillent pour nourir leur enfants mais aussi leur maris.
    Un autre exemple du malheur de la femme Marocaine si elle a le malheur de se faire violer elle doit impérativement épouser son agresseur !
    Un truc de dingue quoi ! L’oppression dans toute sa violence patriarcale et limite sauvagerie dans un monde moderne.
    Et c’est pas fini la femme Marocaine femme tres brave se voit encore spolier dans ses droits.
    Notamment celles toujours elles qui travaillent vont en Arabie Saoudite et vivent un vraie calcaire.
    Combien de fois ais je vu sur YouTube les cris de detresse de ces Marocaines battues, enfermés et parfois malheureusement violés par leur employeur Saoudiens.
    Quans elles demandent de l’aide a leur pays elles sont littéralement chassés du consulat de leur pays voir pire ramenée par les autorités Marocaines chez leur bourreaux Saoudiens
    Malheureusement cela ne choque pas l’opinion Marocaine qui elle se sent plus choqués par les actes terroristes du Hamas palestiniens ou du Hezbollah qui est vu au Maroc légalement comme un groupe terroriste.
    Je m’arrête la car je pourrais allez plus moins mais deja cela suffit.

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